CHAPITRE XX XIV
toujours avide de nouveauté , cupida rerum novamm, s'attendait à trouver quelque chose qui dût avancer ou retarder sa marche dans tous les événements remarquables qui agitaient le monde.
Arthur venait de sortir du lit et s'habillait encore, lorsqu'un galon de cheval attira son attention. Il n'eut pas plus tôt mis la tête à la fenciic; qu'il s'écria : « Des nouvelles! mon père, des nouvelles de l'arz-nôi! » et il s'élança dans la rue où un cavalier qui paraissait avoir couru à franc étrier, demandait les deux Philipson, le père et le fi!?. !i n'eut pas de peine à reconnaître Colvin , maître de l'artillerie hcurguignonne. Son visage pâle trahissait l'accablement de son es[); il ; son équipement en désordre et ses armes brisées, qui semblaiciit rouillées par la pluie ou teintes de sang, annonçaient qu'il avait soutenu avec désavantage un terrible combat; son noble coursiei' é!ait tellement épuisé lui-même, que c'était à peine s'il pouvait so tenir debout. L'état du cavalier n'était guère meilleur. Quand il descendit de cheval pour saluer Arthur, il chancelait tellement qu'il serait tombé si on ne l'eût aussitôt soutenu. Son œil malade avait perdu la faculté de voir; ses membres ne conservaient {f'us qu'imparfaitement celle de se mouvoir , et ce fut d'une voix à demi suffoquée qu'il murmura . « Seulement fatigué... manque de repos et de nourriture. »
Artliur l'aida à entrer dans la maison , et des rafraîchissements lui furent servis ; mais il refusa tout, excepté un bol de vin. Après en avoir bu quelques gouttes, il s'assit, et regardant le comte d'Oxfor;! avec l'air de la plus profonde affliction , il s'écria : « Le duc de Bourgogne!... — Est-il tué? répliqua le comte; j'espère que non ! — Mieux vaudrait qu'il l'eût été; mais le déshonneur est venu avant la honte. — Il est donc vaincu? — Si complètement , si horriblement vaincu , que toutes les défaites que j'ai jamais pu voir ne sont rien en comparaison.
« Mais où et comment? Vous étiez supérieurs en nombre, diaait-on. — Deux contre un au moins ; et quand je vous parle ici de cette bal aille, j'ai bonne envie de me déchirer la peau avec les dents dèii c forcé de vous conter une histoire si honteuse. Nous étions campés depuis une semaine devant cette méchante ville de Morat, ou deMurten, ou de quelque autre nom qu'il vous plaira de l'appeler. Le gouverneur qui est un de ces entêtés montagnards, de «es ours de Berne, nous envoya défier. Non seulement il refusa de nous ouviir ses portes, mais encore nous fit répondre, lorsque nous sommâmes la ville de se rendre, que nous pouvions entrer s'il nous
m ANNE PE (ÎEIERSTEIIN.
plaisait... que nous serions convenablement reçus. J'aurais bien essayé de le mettre à la raison par une salve ou deux d'artillerje , mais le duc était trop irrité pour écouler un bon conseil. Stimulé par l'infùme Campo-Basso , il crut qu'il valait mieux se précipiter avec toutes ses forces sur une place que j'aurais bien pu renverser avec mes canons sur les oreilles de ces Allemands , mais qui était trop forte pour être emportée avec des épées, des lances et des hallebardes. Nous fûmes repoussés avec de grandes pertes, et le découragement se mit dans les soldats. Nous recommençâmes alors plus régulièrement , et mes batteries auraient rendu le bon sens à ces Suisses insensés. Les murs et les remparts tombaient devant les braves canonniers de Bourgogne ; nous étions aussi bien défendus par des retranchements contre l'armée qui , disait-on , venait nous faire lever le siège ; mais le soir du douze de ce mois , nous apprîmes que l'ennemi était près de nous, et Charles, ne consultant que sa témérité , s'avança à leur rencontre , abandonnant l'avantage qu'il pouvait retirer de nos batteries et de notre forte position. P.ir ses ordres, quoique contre mon gré, je le suivis avec vingt lionnes pièces et la fleur de mes hommes. Nous partîmes le lendemain avec le jour, et nous n'avions pas été bien loin lorsque nous vîmes les lances et les masses épaisses de hallebardes et d'épées à deux mains qui couronnaient la montagne. Le ciel aussi y ajoutait ses terreurs .. Une effroyable tempête, avec toute la furie de ces climats orageux, assaillit les deux armées, mais incommoda davantage la nôtre , attendu que les troupes, surtout les Italiens, étaient plus sensibles aux torrents de pluie qui tombaient, et aux ruisseaux qui, grossis et changés en torrents, inondaient notre position et jetaient le désordre dans nos rangs. Le duc vit aussitôt qu'il fallait renou; cer à donner iuimédiatement la bataille. Il vint à moi et m'ordonna de défendre, avec mes canons, la retraite qu'il allait commencer, ajoutant qu'il me soutiendrait lui-même en personne avec les gens d'armes. L'ordre de la retraite fut donné, mais ce mouvement rétrograde inspira un nouveau courage à un ennemi déjà passablement intrépide. Les rangs des Suisses se jetèrent aussitôt à genoux pour prier : pratique qui me paraissait ridicule sur un champ de bataille, mais qui ne me le paraîtra plus. Quand, cinq minutes après, ils se relevèrent et se mirent en marche, avançant d'un bon pas , faisant retentir leurs cornets et leurs cris de guerre avec leur férocité habituelle .. alors, comte, les nuages du ciel s'ouvrirent, laissant tomber sur les confédérés la bienheureuse lu-