‹ Anne de GeiersteinChapitre 235 sur 246 · CHAPITRE|XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE|XXXIV

sa bouche ou de sa main. Ils crient aussi pour qu'on les paie , ^t le trésorier refuse de les payer sans ordre de Votre Altesse , allégushit qu'il pourrait lui en coûter la tête ; et ils ne veulent consentir a être ni commandés ni contenus par aucun de nous ou de ceux qui composent votre conseil. »

Le duc sourit d'un air sombre , mais fut évidemment satisfait de cette réponse.

'' ^ Ah 1 ah ! dit-il, il n'y a que Bourgogne qui puisse monter ce fougueux chevaux , et contenir ces vaillants soldats. Écoute , Contay... demain je monterai à cheval pour passer les troupes en re- \ue... Des désordres passés oubli seraftiit; la paie aussi sera comptée... mais malheur à ceux qui m'auront manqué trop ouvertement ! Veillez à ce que mes valets de chambre me préparent des vêtements et des armes convenables. J'ai reçu une leçon, •> ajoutat-il en lançant un sombre regard à Oxford, « et désormais on ne m'insultera plus sans que j'aie moyen de faire sentir ma vengeance. Sortez tous deux... Contay, envoyez-moi le trésorier avec ses comptes, et malheur à son âme, si je trouve quelque chose à reprendre! Sortez, vous dis-je, et envoyez-le moi. »

Ils quittèrent l'appartement avec l'obéissance convenable. Comme ils se retiraient , le duc dit d'un ton brusque : < Comte d'Oxford , un mot, s'il vous plaît. Où avez-vous étudié la médecine? dans votre femeuse université, je suppose. Votre remède a opéré un miracle. Cependant, docteur, il aurait pu vous coûter la vie. — J'ai toujours estimé ma vie peu de chose , dit Oxford , quand il s'agissait de secourir un ami — Tu es en effet un ami, et un intrépide ami. Mais éloigne-toi... j'ai été trop fortement troublé , et tu as abusé sans mesure de ma patience. Demain nous causerons plus longuement j en attendant je te pardonne et je t'honore. ->

Le comte d'Oxford se rendit à la salle du conseil où la noblesse bourguignonne, prévenue de ce qui s'était passé, l'entoura aussitôt et le combla de remercîments, d'éloges et de félicitations. Un mouvement général s'ensuivit ; des ordres furent donnés dans toutes les directions. Les officiers qui avaient à remplir des devoirs, et qui les avaient négligés , se hâtèrent de cacher ou de réparer leur négligence. Gelait un tumulte général dans le camp , mais un tumulte de joie ; car les soldats n'éprouvent jamais autant de satisfaction que quand ils peuvent remplir leur service militaire avec régularité; et la licence, la fainéantise, quelque agréables qu'elles puisseut être parfois, ne sont jamais, quand elles se prolongent

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airôsi séduisantes qu'une stricte discipline et la perspective d'occupations.

Le trésorier qui était heureusement pour lui un homme de sens et d'ordre, après avoir passé deux heures en particulier avec le duc revint l'air tout étonné, et avoua que jamais Charles, dans ses jours de plus grande prospérité , ne s'était montré plus pénétrant pour ce qui concernait les finances, partie que le matin encore il paraissait complètement incapable d'entendre ; et le mérite en fut généralement attribué à la visite du comte d'Oxford, dont les réprimandes opportunes avaient , comme un coup de canon , dissipé d'épais brouillards , réveillé le duc de sa noire et bilieuse mélancolie.

Le jour suivant, Charles passa ses troupes en revue avec son attention accoutumée , ordonna des levées nouvelles , fit diverses dispositions pour la répartition de ses forces sur les différents points, et réprima les fautes de discipline par des ordres sévères qui furent appuyés de plusieurs châtiments mérités dont les Italiens mercenaires de Campo-Basso eurent une large part, et en même temps adoucis par le paiement des arrérages de la solde , qui était considérable, pour les attacher à l'étendard sous lequel ils servaient.

Le duc aussi, après en avoir délibéré avec son conseil, consentit à convoquer une assemblée des États de ses différentes provinces , à redresser certains griefs populaires , et à donner certaines garanties qu'il avait jusqu'alors refusées ; et commença ainsi à ouvrir avec ses sujets de nouvelles voies à la popularité , en place de celles que sa témérité avait fermées.

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