CHAPITRE IV. èl
serait difficile dans un pays où il n'y a point de chevaux ; et quand même il y en aurait, point de plaines pour servir de carrière. Mais on va lui donner un arc anglais, puisque par hasard nous en possédons un. Portez-le à ces jeunes gens , ma nièce , avec les trois flèches, et dites-leur de ma part que le drôle qui le bandera fera plus que n'aurait pu faire Guillaume Tell ou le fameux StaufFacher. »
Pendant que la jeune fille allait prendre l'arc en question qui était suspendu au milieu du trophée d'armes que Philipson avait déjà remarqué , le marchand anglais fit observer que, si les ménestrels de son pays avaient à assigner une occupation à une si jolie demoiselle , ils ne la chargeraient de porter d'autre arc que celui du petit dieu aveugle Cupidon. — Je ne veux pas entendre parler du dieu aveugle, de ce Cupidon, » répliqua vivement Arnold, en même temps néanmoins qu'il souriait à demi ; « nous avons été assourdis par les sottises des ménestrels ' et des chanteurs ambulants, depuis le jour où ces maudits vagabonds ont trouvé qu'il y avait quelque argent à ramasser chez nous. Une fille des montagnes devrait seulement chanter les ballades d'Albert Ischudi , ou le joyeux lai qu'on chante pour conduire les vaches au pâturage , ou pour les ramener*. »
Pendant qu'il parlait, la jeune demoiselle avait choisi parmi les armes un arc d'une force extraordinaire, haut de beaucoup plus de six pieds , et trois flèches longues d'une aune. Philipson demanda à les voir, et les examina attentivement. « Voilà un fameux morceau d'if, dit-il , et je dois m'y connaître, puisque j'ai fait commerce de pareille marchandise dans mon temps; mais quand j'avais l'âge d'Arthur, je l'aurais bandé aussi aisément qu'un petit garçon plie une branche de saule. — Nous sommes trop vieux pour nous vanter comme de petits garçons , » répliqua Arnold Biederman en lançant un coup d'œil de reproche à l'étranger. « Porte l'arc à tes cousins , Anne, et laisse celui qui le tendra dire qu'il a vaincu Arnold Biederman. » En parlant ainsi , il tourna les yeux sur les membres grêles , mais nerveux de l'Anglais , puis les reporta sur son propre corps robuste et bien conservé.
« Vous devez vous rappeler, mon cher hôte, dit Philipson , que les armes se manient moins par la force que par l'art et la souplesse de la main. Ce qui m'étonne le plus, c'est de voir en ces