‹ Anne de GeiersteinChapitre 58 sur 246 · CHAPITRE X. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. m

un devoir que je suis tenu , que je suis obligé de remplir ; autrement il me faudrait renoncer à tout jamais au titre d'homme d'honneur. •>

Ne'anmoins , à peine le jeune homme se croyait-il fixé sur une résolution qui semblait inébranlable , qu'il retomba dans ses premières incertitudes. Il réfléchit qu'Anne pouvait avoir le désir de visiter la ville voisine où son père avait des amis , d'après l'invitation qui lui en avait été faite la veille. C'était , il est vrai , choisir une heure singulière pour un tel dessein ; mais Arthur savait que les jeunes Helvétiennes ne redoutaient ni les promenades solitaires ni les heures indues , et qu'Anne aurait pu parcourir au clair de lune , sur les montagnes de son pays , un espace plus considérable que celui qui séparait le lieu de leur campement de Bàle , pour voir un ami malade ou dans quelque but semblable. La presser alors de le prendre pour confident serait impertinence , non bonté ; et comme elle avait passé devant lui sans remarquer le moins du monde sa présence , il était évident qu'elle ne voulait pas le mettre de son secret , et que probablement elle ne se trouvait engagée dans aucune difficulté où ses secours pourraient lui être utiles. Dans ce cas , le devoir d'un homme délicat était de lui permettre de rentrer comme elle était sortie , sans la voir ni la questionner , la laissant tout-à-fait libre de taire ou de communiquer le motif de son excursion.

Une autre idée particulière à l'époque lui passa aussi par la tête , quoiqu'elle ne fît pas grande impression sur lui. Cette image, d'une ressemblance si parfaite avec Anne de Geierstein , pouvait être une déception de la vue , ou bien une de ces apparitions fantastiques à l'égard desquelles on contait tant d'histoires dans tous les pays , et dont la Suisse , comme Arthur le savait bien , avait sa bonne part ainsi que l'Allemagne. Les sentiments intérieurs et Indéfinissables qui l'empêchaient d'accoster la jeune fille , comme il lui aurait été naturel de le faire , sont aisément expliqués par la supposition que son corps mortel se refusait à une rencontre avec un être d'une nature différente. Les magistrats de Bâle avaient aussi laissé échapper certaines expressions qui pouvaient donner à entendre que le château était hanté par des êtres d'un autre monde. Mais quoique la croyance générale à ces apparitions surnaturelles empêchât l'Anglais d'être positivement incrédule à ce sujet , néanmoins les instructions de son père , homme d'une grande intrépidité et d'un bon sens remarquable, lui avaient appris à être extrêmement réservé,

lorsqu'il s'agissait d'expliquer une chose par l'intervention d'une puissance inconnue , et surtout qu'on pouvait en chercher l'explicalion dans des causes ordinaires : il chassa donc sans peine tout sentiment de crainte superstitieuse , qui se rattachât un instant à son aventure nocturne ; il résolut enfin d'écarter toute conjecture inquiétante à ce sujet , et d'attendre fermement , sinon patiemment , le retour de la belle vision , qui, s'il n'expliquait pas absolument le mystère , semblait du moins présenter la seule chance d'y jeter quelque lumière.

S'en tenant donc à ce dessein , il se mit à parcourir l'espace où il pouvait se promener comme sentinelle , les yeux fixés sur la partie de la forêt où il avait vu la forme chérie disparaître , et ne se rappelant plus pour un moment qu'il avait été mis en faction pour toute autre chose que pour observer son retour. Mais il fut tiré de cette distraction par un son lointain qui retentit dans le bois, assez semblable à un cliquetis d'armes. Rappelé tout-à-coup au sentiment de son devoir , d'où dépendaient la sûreté de son père et celle de ses compagnons de voyage , Arthur se posta sur le pont momentané où la résistance devait lui être plus facile , et il s'appliqua de l'œil et de l'oreille à épier le péril qui approchait. Le bruit des armes et des pas se fit de plus en plus entendre... Des lances et des casques sortirent du feuillage sombre de la forêt, et brillèrent au clair de lune. Mais les formes robustes de Rudolphe Donnerhugel , qui marchait en avant, furent aisément reconnues, et annoncèrent à notre sentinelle le retour de la patrouille. Lorsqu'elle approcha du pont, le mot d'ordre et l'échange de signes et de contresignes usités en pareilles occasions eurent lieu de la manière convenue , et tandis que les hommes de sa troupe défilaient l'un après l'autre dans le clvàteau , Rudolphe leur commanda d'éveiller leurs camarades pour qu'il recommençât une nouvelle patrouille avec eux , et eu même temps d'envoyer une sentinelle relever Arthur Philipson , dont la fection sur le pont-levis était alors terminée. Ce dernier fait fut confirmé par le son retentissant , bien qu'éloigné , de la principale horloge de la ville de Bàle qui , se prolongeant à travers les plaines et les forèls , annoncja qu'il élait minuit.

« Et maintenant , camarade , • continua Rudolphe en s'adressant à l'Anglais, « l'air froid et une longue faction vous ont-ils déterminé à vous en aller prendre de 'x nourriture et du repos , ou avezvous toujours l'intention de partager nos rondes? >

Arthur aurait l)Q«lucoup mm\ aimé rester à la place où U «lait»

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