‹ Anne de GeiersteinChapitre 7 sur 246 · CHAPITRE I. Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. Î

avant que son père vînt le partager. En moins de temps que nous n'en avons mis à raconter cet incident , le jeune homme se trouva derrière Antonio et le mulet, sur une plate-forme de rochers, où la route semblait absolument finir , et de l'autre côté de laquelle se creusait un immense précipice ; le brouillard ne permettait pas de voir à quelle profondeur , mais c'était certainement à plus de trois cents pieds.

La pâleur qui se répandit sur la figure des voyageurs , et l'embarras qu'on pouvait distinguer sur la physionomie de leur bête de somme annonçaient leur crainte et leur désappointement à la vue d'un obstacle inattendu et insurmontable à ce qu'il semblait. Le visage du père, qui arriva bientôt sur la plate-forme , ne leur procura ni espoir ni concolation. Il resta comme les autres à regarder le gouffre rempli de brouillard ouvert au dessous d'eux, et promenant ses regards autour de lui, mais vainement, pour trouver la continuation du sentier , qui certainement ne devait pas n'avoir été jadis pratiqué que pour n'avoir pas d'autre issue. Tandis qu'ils se tenaient incertains de ce qu'ils avaient à faire , le fils tentant d'inutiles efforts pour découvrir quelques moyens de passer outre , et le père se préparant à leur proposer de revenir sur leurs pas, une furieuse bouffée de vent, plus forte qu'ils n'en avaient encore entendu , balaya toute la vallée. Tous voyant qu'ils couraient risque d'être emportés du haut de la station précaire qu'ils occupaient, s'accrochèrent à des broussailles et à des rocs pour se retenir, et le pauvre mulet lui-même sembla chercher à s'affermir pour mieux résister à l'ouragan qui les menaçait. Les tourbillons de vent se succédèrent avec une telle furie , qu'ils semblèrent aux voyageurs ébranler jusqu'au rocher où ils se trouvaient, et qu'ils les eussent balayés de la surface comme autant de feuilles sèches , sans la précaution qu'ils avaient prise de s'y rendre plus solides. Mais comme le vent se précipitait à travers la vallée , il écarta, durant trois ou quatre minutes, le voile de brouillard que les bouffées précédentes n'avaient servi qu'à remuer et entr'ouvrir, et leur montra la nature et la cause de i'obitacle inattendu qui avait arrêté leur route.

Le coup d'œil rapide mais sûr du jeune homme put alors dis- • tinguer que le chemin, après avoir quitté la plate-forme sur laquelle ils étaient arrêtés, avait originairement passé au delà dans la même direction, sur une jetée de terre fort escarpée, qui alorc formait, pour ainsi dire , la couverture d'un lit de rochers à pic. Mais il était arrivé , dans quelqu'une de ces convulsions de la nature qui mt si

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souvent lieu dans ces régions sauvages , où elles se montrent sous une forme si redoutable , que la terre avait glissé , ou même était tombée tout-à-fait du haut des rocs, emportant après elle et le sentier qui était (racé au faite de la plate-forme, et les broussailles, les arbres, enfin tout ce qui poussait dans le lit du torrent : car ils purent alors reconnaître que telle était l'eau au dessous d'eux , et non un lac ni un bras du lac, comme ils l'avaient jusqu'alors supposé.

La cause immédiate de ce phénomène devait probablement avoir été un tremblement de terre, car ils sont assez fréquents dans cette contrée. La jetée de terre, qui n'était plus qu'une masse confuse de ruines entraînées dans la chute , montrait quelques arbres poussant dans une position horizontale , et d'autres qui, après s'être fichés en terre par la tête dans leur descente , avaient été mis eu pièces et brisés , et gisaient au milieu du torrent , jouets de l'onde qu'ils avaient autrefois couverte d'un épais ombrage. Le rocher nu , qui restait par derrière comme le squelette de quelque monstre énorme dépouillé de ses chairs, formait la muraUle d'un effroyable abime, ressemblant à une carrière récemment ouverte, d'un aspect d'autant plus triste , que sa formation peu ancienne le rendait plus stérile , et qu'il n'était encore nullement recouvert de cette végétation dont la nature revêt promptement la surface nue même des rocs et des précipices les plus arides.

Outre qu'il remarqua tous ces signes tendant à montrer que l'interruption de la route était de date récente , Arthur put encore observer de l'autre côté de la rivière , assez haut dans la vallée , et s'élevant du milieu d'une forêt de pins entremêlés de rochers, un bâtiment carré d'une hauteur considérable, ressemblant à une tour gothique en ruine. 11 montra du doigt cet objet remarquable à Antonio , et lui demanda s'il le connaissait , pensant avec raison que cette tour , d'après sa position 'toute particulière , était fort propre à faire reconnaître le chemin , et qu'il était difficile de l'oublier quand on l'avait vue une fois. En conséquence le guide se reconnut promptement et avec joie , s'écriant avec transport que l'endroit s'appelait Geierstein , c'est-à-dire, comme il l'expliqua, le rocker des f" autours. Il n'en pouvait douter, disait-il, en voyant la tour aussi bien qu'une haute pointe de rocher qui s'élevait à côté presque en forme de clocher, au faîte de laquelle le lammer-geier, un des plus grands oiseaux de proie qui existent, avait jadis transporté l'enfant d'un ancien seigneur du chûteau. Il se mit alors à raconter le vœu fait par le chevalier de Geiersteip h JXotrcTDamc

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