‹ Anne de GeiersteinChapitre 86 sur 246 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

des jouets d'enfant... Et puis , si vous appelez toute notre garnison à l'attaque, à qui Votre Excellence con fiera- t-elle la défense des autres portes et le tour des murailles? — fermez, barrez et enchaînez les portes et qu'on m'apporte les clefs ici. Personne ne sortira de la place avant que cette affaire soit terminée. Faites prendre les armes à quelques vingtaines de citoyens pour garder les murs, et veillez à ce qu'ils remplissent bien ce devoir, ou je les condamnerai à une amende qu'il leur faudra bien payer. — Ils murmureront. Ils disent que, n'étant pas sujets du duc, quoique la place soit provisoirement au pouvoir de Son Altesse, ils ne doivent pas être soumis au service militaire. — Ils mentent, les lâches esclaves ! Si je ne les ai pas employés jusqu'à présent, c'est parce que Je méprise leur secours ; et aujourd'hui même, je ne recourrais pas à eux s'il s'agissait de toute autre chose que de regarder tout droit devant eux. Qu'ils obéissent, s'ils tiennent à leurs propriétés, à leurs personnes , à leurs familles ! »

Une voix grave répéta en ce moment derrière eux les paroles emphatiques de l'Écriture : « J'ai vu le méchant fleurir dans sa puissance comme un laurier ; mais Je suis revenu, et il n'était plus. Je l'ai cherché , mais il ne s'est trouvé nulle part. »

Archibald d'Hagenbach se retourna d'un air sombre, et rencontra le regard sévère et sinistre du prêtre de Saint-Paul , portant l'habit de son ordre.

« Nous sommes occupés , mon père , dit le gouverneur , et nous écouterons votre sermon une autre fois. — Je viens mandé par vous , mouilleur le gouverneur, dit le prêtre , autrement je ne serais pas venu de moi-même dans un lieu où je sais que mes sermons , comme vous dites, ne peuvent faire aucun bien. — Oh ! pardonnez, mon révérend père, dit d'Hagenbach. Oui, il est vrai que je vous ai fait appeler pour vous demander vos prières et votre bienveillante intercession auprès de Notre-Dame et de saint Paul , dans certaine besogne qui doit nous arriver ce matin , et dans laquelle , comme dit le Lombard, je pressens roba di guadagno '. — Seigneur Archibald, » répondit tranquillement le prêtre, » je crois et j'espère que vous n'oubliez pas le respect dû aux glorieux saints jusqu'à demander leur bénédiction pour des exploits tels que ceux qui ont été déjà trop souvent par vous accomplis depuis votre arrivée parmi nous... événement qui en lui-même est une preuve de la colère divine. Même permettez-moi de vous dire , si humble que Je sois, que

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le moindre sentiment de décence envers un ministre des autels devrait vous empêcher de m'engager à dire des prières pour la réussite de vos rapines et de vos brigandages. — Je vous comprends, mon père, > répliqua le sordide gouverneur, « et vous verrez si je dis vrai. Tant que vous êtes sujet du duc, vous devez par votre place oflrir au ciel vos prières pour son succès dans ces entreprises qui sont légalement conduites. Je reconnais au signe gracieux que fait votre vénérable tète que vous m'accordez ce point. Eh bien ! alors, je serai aussi raisonnable que vous l'êtes. Quand je dis que nous désirons obtenir l'intercession des bons saints et de vous, leur pieuï interprète, pour une chose qui sort un peu des voies ordinaires , et qui, si vous le voulez, est d'une nature un peu douteuse... est-ce à dire que nous ayons le droit de les prier , eux ou vous , sans récompenser Justement leurs peines ou les vôtre8?Assurémentnon. Je fais donc vœu et je promets solennellement que, si je termine avec bonheur l'aventure de la matinée, saint Paul aura une nappe d'autel et un bassin d'argent, large ou petit, suivant que mon butin le permettra... J\otre-Dame, une pièce de satin assez longue pour rendre sa parure complète, avec un collier de perles pour les dimanches... et vous, prêtre, vous recevrez quehjues vingtaines de larges pièces d'or anglaises pour avoir servi d'intermédiaire entre les bienheureux saints et nous, car nous reconnaissons que nous sommes trop indigne et trop profane pour négocier en personne avec eux. Maintenant, seigneur prêtre, nous comprenons-nous bien? car j'ai peu de temps à perdre Je sais que vous avez mauvaise opinion de moi, mais vous voyez que le diable n'est pas si horrible qu'on le représente. — Nous comprenons-nous bien? » répondit le prêtre noir de Saint-Paul, en répétant la question du gouverneur... « Hélas! non, et j'ai peur que nous ne nous comprenions jamais. A vez-vous jamais entendu les paroles dite» par le saint ermite Berchtold d'OlTringen à l'implacable reine Agnès, qui avait vengé avec une si effroyable sévérité l'assassinat de son père, l'empereur Albert? — Non , répliqua le chevaiitr , je n'ai étudie ni les chroniques des empereuis, ni les légendes des ei^iitcs : c'est pourquoi , seigneur prêtre , si ma proposition ne vous convient pas , n'en parlons pas davantage. Je ne suis pas accoutumé ù faire accepter mes faveurs de force, ni à babiller avec drs prêtres qu'il faut supplier l()r>qu'on leur otfrc des cadeaux. — Écoutez encore les paroles du saint homme : le temps peut venir, et bientôt, où vous désirerez vivement entendre ce que vous rejetez avec dédain. — Parlez, mais

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