CHAPITRE XV
voir des sentinelles, mais elles ne te verront pas... ne leur parie pas, mais passe par dessus la palissade comme lu pourras. Je pense que tu es capable d'escalader un rempart qui n'est pas défendu. — J'en ai franchi un qui l'était , répliqua Arthur. Que faudrait-il ensuite que je fisse?... tout cela est facile. — Tu verras une espèce de buisson, ou plutôt un massif de taillis épais... dirige-toi en toute hâte vers ce lieu. Quand tu y seras, tourne vers l'est; mais prends garde, en suivant cette route, d'être aperçu par les compagnons libres de Bourgogne, qui font le service sur celîe partie des murs. Une pluie de flèches et une sortie d'un corps de cavalerie pour te pour.^uivre en seraient la conséquence s'ils venaient à l'apercevoir, car leurs yeux font ceux de l'aigle qui épie de loin sa proie. — Je serai prudent, dit le jeune Anglais. — Tu trouveras, continua ie prêtre , de l'autre côté du buisson un chemin , ou plutôt un sentier fait pour les moutons , qui, passant à une certaine distance des murailles, te conduira enfin à la route menant de La Ferette à Bâle. Fais alors diligence pour rencontrer les Suisses qui s'avancent; éiileur que ies heures de ton pèrt; sont corap'ées et qu'ils doivent se presser s'ils veulent îe sauver; dis spécialement à Rudoiphe Donnerhugel que ie prêtre noir de Saint-Paul l'uttend pour lui donner sa bénédiction à la poterne du jNord. Me comprends iu? — Parfaitement, » répondit le jeune homme.
Le prêtre de Saini-Paul poussa alors la porte basse de la tourelle, et Arthur allait déjà se précipiter dans l'escalier qui se déployait devant lui :
« Arrête encore un moment, dit le prêtre, et quitte cet habit de novice qui maintenant ne peut servir qu'à l'embarrasser. »
Arthur s'en débarrassa en moins d'une seconde, et mit le pied sur la première marche.
« Un moment encore , s'il est possible , » continua le prêtre noir. « Cette robe dont je suis revêtu peut nous trahir, arrête-toi donc et aide- moi à la quitter. »
Quoique intérieurement Arthur brûlât d'impatience, il sentit néanmoins !a nécessité d'obéir à son guide; et quand il lui eut ôté sa longue et large robe de dessus, le vieillard so présenta à ses yeux couvert d'une simple soutane de serge noire, convenable à son ordre et à sa profes'-ion, attachée non avec une ceinture telle qu'en portent les ecclésiastiques, mais avec un ceinturon de buffle très peu c.monique , d'où pendait un sabre court qu'on ne maniait qu'à deux mains , capable de tout fendre et pourfendre.
« Donne-moi maintenant l'habit de novice, dit le vénérable père, et par dessus je mettrai ce vêtement de prêtre. Puisque pour le moment je porte certains objets qui tiennent un peu à ce monde, il est convenable que je les recouvre d'un double habit ecclésiastique. ••
En parlant ainsi il souriait amèrement ; et son sourire avait quelque chose de plus horrible , de plus effrayant que l'air sombre qui allait mieux à ses traits et qui en était l'expression ordinaire.
t Et maintenant, dit-il, qu'attends-tu, jeune fou, quand la vie et la mort dépendent de ta vitesse? »
Le jeune émissaire n'attendit pas une seconde admonition , mais descendit d'un seul saut tout l'escalier , comme si ce n'eût été qu'une marche, trouva la poterne, ainsi que le prêtre l'en avait prévenu, barrée seulement à l'intérieur ; et si ces barres n'avaient pas été rouillées, il les aurait levées sans la moindre peine. Il en vint à bout néanmoins, et se trouva au bord du f()ssé, dont l'eau paraissait verte et bourbeuse. Sans s'arrêter à examiner si elle était haute ou basse, et presque sans s'apercevoir de la résistance que lui opposaient les herbes , le jeune Anglais se fraya un passage au travers, et atteignit la rive opposée sans attirer l'attention des deux dignes bourgeois de La Ferette qui gardaient les barrières. L'un d'eux, à la vérité, s'occupait attentivement à lire une chronique profane ou une légende religieuse; l'autre ne mettait pas moins d'attention à examiner le bord du fossé , où il péchait peut-être des grenouilles et des anguilles , car il portait sur son épaule une gibecière qui semblait destinée à recevoir le produit de sa pèche.
Voyant que , comme le prêtre l'avait annoncé, il n'avait rien à craindre de la vigilance des sentinelles, Arthur s'élança contre la palissade, dans l'espérance de saisir le haut des pieux, et alors de la franchir d'un seul saut; mais il s'était trop fié à son agilité, ou bien elle avait été diminuée parles liens dont on l'avait garrotté et par son emprisonnement. Il retomba doucement à terre, et, en se remettant sur pied , il remarqua un soldat vêtu de jaune et de bleu, couleurs d'Hagenbach, qui accourait vers lui en criant aux paresseuses et négligentes sentinelles : « Alarme! alarme!... pourceaux de fainéants ! arrêtez le chien qui se sauve , ou vous êtes tous deux des hommes morts. »
Le pêcheur qui se trouvait le plus rapproché, jeta par terre sa ligne à anguille, tira son épée, et, la faisant tourner sur sa tête, il s'avaui^a vers Philipson sans trop se hâter. Le lecteur fut encore