CHAPITRE XV
par laquelle ils étaient entrés disparut. Ce fait, néanmoins, ne le surprit pas beaucoup, car il pensa que, faite de manière à correspondre en apparence aux corps de bibliothèque qui entouraient l'issue par laquelle ils étaient arrivés , on ne devait pas la distinguer des autres lorsqu'elle était fermée , supercherie parfois alors employée, et qui même l'est encore souvent de nos jours. Il put alors voir complètement son libérateur, qui, à la clarté du jour, n'avait que le costume et les traits d'un ecclésiastique, sans rien conserver de cette horreur surnaturelle que la lumière douteuse et la triste apparence de tous ces objets dans le cachot avaient contribué à répandre sur sa personne.
Le jeune xVnglais respirait alors en liberté , comme s'il se réveillait après un songe effrayant. Et les qualités surhumaines dont son imagination avait revêtu Anne de Geierstein commençant à s'évanouir, il s'adressa ainsi à son libérateur : « Pour que je puisse offrir mes remercîments , saint père , à la personne qui les a si particulièrement mérités, permettez-moi de vous demander si Anne de Geierstein... — Parle de ce qui regarde ta maison et ta famille, » répondit le prêtre aussi brièvement que la première fois. « As-tu sitôt oublié le danger de ton père ? — Par le ciel , non ! répliqua le jeune homme, dites-moi seulement ce qu'il s'agit de faire pour sa délivrance, et vous verrez comme un fils sait combattre pour un père. — C'est bien, car c'est indispensable, repartit le prêtre: endosse ce vêtement , et suis-moi. »
Le vêtement présenté était une robe et un capuchon de novice. " Abaisse ce capuchon sur ta figure, continua le prêtre, et ne réponds rien aux personnes que tu pourras rencontrer. Je dirai que tu exécutes un vœu... Puisse le ciel pardonner à l'indigne tyran qui nous impose la nécessité d'une si profane dissimulation ! Suismoi vite, et de près... Songe à ne pas parler. »
L'affaire du déguisement fut bientôt terminée , et le piètre de Saint-Paul, car c'était lui, se mit en marche; Arthur le suivit à deux ou trois pas en arrière , prenant aussi bien qu'il pouvait la démarche modeste et l'extérieur humble d'un jeune novice. En sortant de la bibliothèque ou salle d'étude, il descendit un court escalier, et se trouva dans la rue de La Ferette, irrésistiblement tenté de tourner la tète. Il n'eut néanmoins que le temps de voir que la maison qu'il venait de quitter était un fort petit bâtiment d'architecture gothique , d'un côté duquel s'élevait l'église de Saint-Paul, et de l'autre la sombre porte noire de la ville, ou tour d'entrée.
m ANNE DE GEIERSTEIN.
« Suis-moi, Melchior, « dit la voix grave^du prêtre; et ses yeux perçants étaient en mùme temps fixés sur le prétendu novice, avec un regard qui rappela aussitôt Arthur au sentiment de sa position.
Ils cheminaient, personne ne faisant attention à eux, sinon pour faire au prêtre une révérence silencieuse, ou murmurer une courte phrase de palatalion. Lorsqu'ils eur. ni traversé environ la moitié de la ville , le guide laissa toiit-à-coup la grande rue , et , enfilant vers le nord une courte ruelle , il arriva au bas d'un escalier, qui , oomme dans toutes les villes fortifiées, aboutissait au rempart, ou à une pioraenade s'étendant derrière et le long d'un parapet flanqué , d'après la vieille mode gothique, de distance en distance et à chaque angle, de tours de formes et de hauteurs différentes.
Il y avait des sentinelles sur les murs ; néanmoins le service , à ce qu'il semblait , n'était pas fait par de véritables soldats, mais par des bourgeois qui tenaient des sabres et des épées dans leurs mains. Le premier près duquel ils passèrent dit au prêtre , à voix basse : « Notre projet va-t-il? —11 va, » répondit le prêtre de Saint-Paul. « Benedicite. — Deo grattas ! * répliqua le bourgeois armé , et il continua sa piomenaiie sur les remparts.
Les autres sentinelles paraissaient les éviter, car elles s'éloignaient à leur approche, ou passaient sans les voir, sans paraître les observer. Enfin le boulevard les conduisit à une vieille tour qui dépassait les murailles , et dans laquelle se trouvait une porte ouvrant sur le rempart. Elle était dans un coin , sé[)arée des autres , et n'était commandée par aucun des angles de fortification. Dans une forteresse bien gardée , un pareil point aurait dû être protégé par une sentinelle particulière; mais i! n'y en avait aucune en faction.
« Maintenant écoute-moi , dit le prêtre , car la vie de ton père , et peut-être celle d'un grand nombre déf personnes en outre , dépend de ton attention, et non moins de ta promptitude... Sais-tu courir?... sais-tu sauter? — Je ne ressens aucune lassitude , mon père, depuis que vous m'avez délivré, répondit Arthur; et les daims que J'ai souvent chassés ne courraient pas plus vite que moi dans cette circonstance. — Observe donc, » répliqua le prêtre noir de Saint-Paul , « que cette tourelle renferme un escalier qui mène à une petite poicrne. Je vais t'y faire passer... car la poterne est barricadée en d'Mluis, mois non ff^rmée à clef. Tu aniveras alors au foi^sé qui et presque entièrement à .«fec. Après l'avoir traversé, tu te trouveras dans l'enceinte des barrières extérieures. Tu pourras