‹ Anne de GravilleChapitre 105 sur 154 · Sully · texte numérisé non relu

Sully

2. Bibl. nat., ms., fr. 10206, fol. 4. — Cette promesse a déjà été bien souvent publiée : si je la reproduis une fois de plus, c'est que je me propose d'en examiner la valeur juridique.

3. Cette dissolution — cette annulation, dirions-nous aujourd'hui — fut prononcée le 17 décembre 1599.

218 LA POSTÉRITÉ d'aNNR DE GRAVILLE

écrivait-il. Puis il arriva que Sully, au cours d'une scène célèbre, déchira le précieux papier. Le roi le refit tout aussitôt, et courut le remettre en mains propres, à Malesherbes, où enfin il fut heureux (première quinzaine d'octobre 1599).

Henriette ne devait pas tarder à devenir enceinte ; mais, pour remplir la condition à laquelle était subordonnée la promesse de mariage, il fallait qu'elle eût un fils. Elle fit un vœu dans ce but à Notre-Dame de Cléry, et, en guise d'ex-voto, offrit au sanctuaire un enfant d'argent1. Cependant, Henri IV avait autorisé ses ministres (ceux-ci ne redoutaient rien tant que l'élévation au trône d'une maîtresse) à presser les négociations, depuis longtemps commencées, en vue de son mariage avec Marie de Médicis, la nièce du grand-duc de Toscane. Henriette, informée, eut beau récriminer, et, faisant valoir la promesse qu'elle avait entre les mains, crier au parjure, le roi tint ferme ; et même, pour se mieux dégager, il réclama la fameuse promesse à la fois à François de Balsac et à sa fille 2,

4. L. Jarry, Henriette d'Entragues et son vœu singulier à Notre-Dame de Cléry (Mémoires de la Société d'Agriculture, Belles- Lettres et Arts d'Orléans, t. XXXVI, année 1897). — C'était la coutume autrefois d'offrir des ex-voto de ce genre. « Le 19 juillet 1814, on fît encore, à Nîmes, le vœu d'offrir un enfant d'argent du poids de celui dont accoucherait la duchesse d'Angoulême. »

2. Lettres du 21 avril 1600. — « Mademoiselle, écrit le roi à Henriette,... je vous prie de me renvoyer la promesse que sçavez ; et ne me donnés point la peine de la ravoir par aultre voye. » Et il écrit, à la même date, au père : « Monsieur d'Entragues, je vous envoyé ce porteur pour me rapporter la promesse que je vous baillay à Malesherbes »... — Notons qu'à cette date du 21 avril, le contrat de mariage d'Henri IV avec Marie de Médicis était sur le point d'être signé. Il le fut le 25.

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qui se gardèrent bien de la rendre. Sur ces entrefaites, Henriette, alors grosse de sept mois, fit une fausse couche (commencement de juillet 1600). Elle eut une crise de désespoir, mais bientôt se ressaisit et, en octobre, partit pour Lyon, à la suite de son royal amant, appelé en Dauphiné par les affaires de Savoie. De Lyon, elle alla le rejoindre à mi-chemin de Grenoble, puis revint seule à Lyon et regagna Paris. C'est alors (novembre 1600) qu'apprenant l'arrivée prochaine de Marie de Médicis, elle écrivit au roi une curieuse lettre, dont la copie nous est parvenue, où elle paraissait accepter le fait accompli : « Ma douleur, lui disait-elle, est le prix des joyes publiques que la France reçoit en vostre mariage » ; et elle ajoutait ce mot pathétique : « Vos noces sont les funérailles de ma vie 1». En somme,

1. Bibl. nat., ms. fr. nlles acq. 7787, copie. — « Il ne me reste, continuait-elle, que ces te seule gloire d'avoir esté aymée du plus grand monarque de la terre; d'un roy qui s'est voulu tant abaisser de donner le tiltre de maîtresse à sa servante et subjecte; d'un roy de France, dis-je, qui ne recognoist que celluy des cieulx et qui n'a rien icy bas égal à luy... Me semble que ce m'est une prospérité imaginaire d'avoir eu autresfois quelque part en vostre bienveillance. Toutes fois je suis par trop frappée au vif par vos dernières volontés pour m'arrester par cette fausse erreur... Cette faveur, qui a esté et n'est plus, en mourant a estouffé l'espérance que je nourrissois sur vostre parolle. Que si c'est une action familière aux roys de garder la mémoire de ce qu'ils ont aymé, souvenez-vous, Sire, d'une damoiselle que vous possédez avec ce qu'elle vous doibt naturellement, ce qu'elle ne pouvoit faire qu'en vostre unique foy, qui a eu autant de pouvoir sur mon honneur que vostre Royalle Majesté en a sur la vie, Sire, de vostre très humble et très obéissante servante et subjette. »

On voit par les passages soulignés que, même dans cette lettre, où elle semble rendre les armes, Henriette maintient ses droits et son point de vue. C'est en comptant sur la promesse de mariage qu'elle a risqué son « honneur » ; elle a eu, elle a la parole du roi, et refuse de la lui rendre.

après avoir essayé sans succès des récriminations et des invectives, elle jouait, pour se maintenir au moins à titre de maîtresse, la comédie (qui lui réussit fort bien) de la douleur et de la résignation. Mais en même temps ou peu après, elle intriguait à Rome, y envoyait un certain moine, le Père Hilaire, chargé d'y préparer le terrain en vue de l'annulation éventuelle du mariage florentin. Il y eut là toute une obscure négociation à laquelle le roi, qui trompait à la fois sa femme et sa maîtresse, fut probablement mêlé !-,

Son mariage avec Marie de Médicis avait été célébré par procuration, à Florence, le 5 octobre 1600. La reine se mit en route pour la France ; le 9 décembre, le roi la rejoignit à Lyon. Dès lors va commencer pour lui cette existence en partie double où les doléances de l'épouse alterneront avec les récriminations de la maîtresse, et les enfants légitimes avec les bâtards.

Après un court séjour à Lyon, Henri IV reprit le chemin de Paris, où l'attendait la marquise de

1. Cf. Merki, op. cit., p. 78, note. — « Le roi, dit M. de Lescure (Les Amours d'Henri IV. Paris, Achille Faure, 1864), représenta à Mme de Verneuil que, s'il ne pouvait se tirer de son mariage politique, il lui ferait épouser un prince du sang, le duc de Nevers. Le jour môme (19 octobre) qu'il ordonnait aux villes de tout préparer pour l'arrivée de la reine, il accordait à Henriette une lettre de créance pour un agent spécial qu'il envoyait à Rome avec des pièces capables de faire invalider le mariage toscan et d'établir que le roi n'avait pu canoniquement se lier avec la Florentine, étant déjà engagé avec la Française. »

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Verneuil, qui bientôt se trouva enceinte. Le 27 octobre 1601, elle accoucha d'un garçon. Le mois précédent (27 septembre), la reine avait mis au monde le futur Louis XIII : « II me naît un maître et un valet », dit le roi *;

A la suite de sa fausse couche de juillet 1600, Henriette semblait, comme on l'a vu, s'être résignée au rôle de maîtresse. Mais, dès qu'elle fut devenue mère, ses prétentions conjugales, entées sur la promesse de mariage, se réveillèrent, plus vivaces que jamais. Elle trouva un champion dans la personne de son frère utérin, Charles de Valois, comte d'Auvergne. Le comte, que son « humeur d'escroc » "2 prédestinait aux entreprises les plus criminelles, trempa dans la conspiration de Biron, et signa, en 1601, avec lui et le duc de Bouillon, un pacte, renouvelé en 1602, ayant pour objet le démembrement du royaume ; il était de plus convenu qu'à la mort du roi (dont on devait se débarrasser par le fer ou le poison) la couronne serait mise, au détriment du dauphin, sur la tête du fils d'Henriette. Le maréchal, convaincu de haute trahison, subit la peine capitale le 31 juillet 1602 ; quant à Charles de Valois, qui avait été en même temps que lui conduit à la Bastille, il fut, au bout de quatre mois, relâché, grâce aux sollicitations de sa sœur, dont la complicité, pourtant certaine, ne put être démontrée 3.

4. Dépêche de Belisario Vinta, du 29 mai 1601, citée par Berthold Zeller, Henri IV et Marie de Médicis. Paris, Didier, 1877.

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