Lot-et-Garonne, arr. de Villeneuve-sur -Lot
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La déchéance du comte d'Armagnac paraissait définitive, lorsqu'il trouva un allié inattendu en la personne de Charles de France, duc de Guyenne. Celui-ci, sur le conseil de quelques intrigants, appela le rebelle auprès de lui et lui rendit ses domaines. Mais une armée royale, commandée par Gaston du Lyon, sénéchal de Toulouse, par Rauffet de Balsac et par les autres sénéchaux du Midi, ne tarda pas à occuper l'Armagnac. Jean V se jeta dans sa place de refuge, Lectoure. Les sénéchaux en firent le siège, bientôt soutenus par Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu. Jean fut réduit à capituler (juin 1472), mais il obtint des conditions avantageuses, et recouvra, d'autant plus complète, la liberté de ses mouvements, que Rauffet de Balsac avait reçu l'ordre de courir sans retard au secours du roi, qui tenait tête aux Bretons 1 , tandis que Robert se rendrait devant Beau vais, assiégée par Charles le Téméraire. Profitant de ce que Lectoure était à la merci d'un coup de main, Jean y rentra par surprise et fit prisonnier le sire de Beaujeu (octobre 1472).
Louis XI ne pouvait rester sous le coup d'un pareil échec ; aussi se hâta-t-ilde conclure, avec les, Bretons et les Bourguignons, une trêve de quelques mois, après quoi il prescrivit aux sénéchaux de Toulouse, de Beaucaire et d'Agenais de se porter d'urgence avec leurs milices sous les murs de Lectoure. Dès le commencement de janvier (1473), les
i. Lettres de Louis XI, t. V, p. 33.
deux Balsac commencèrent le blocus de la place. Ils furent rejoints en mars par le cardinal Jean Jouffroy, probablement investi du commandement en chef de l'armée royale1, en tout cas chargé de présider aux négociations qui venaient de s'engager entre assiégés et assiégeants. Le 4 mars, on tomba d'accord. Le comte d'Armagnac obtenait son pardon ; ce pardon s'étendait à ses gens de guerre et à tous ses sujets ; moyennant quoi il s'engageait à rendre immédiatement la ville. Le 6 au matin, il alla entendre la messe à l'église Saint-Gervais ; c'est là que, suivant un chroniqueur 2, la capitulation aurait été jurée « sur le corps du Seigneur distribué par le cardinal, qui en prit une partie et donna l'autre au comte ». A l'issue de cette messe, les
1 . Cet ancien moine bénédictin, ambitieux et prodigieusement actif, prétendit à tout, même, comme on le voit, au rôle de chef militaire, et fut mêlé à toutes les grandes affaires de son temps, dont il reste un des types ecclésiastiques les plus curieux. Il avait pris part, en 1438, au concile de Ferrare et avait été l'un des pères du rit latin désignés pour travailler à l'union des Églises orientale et grecque avec l'Église romaine. Ce fut lui qui, en 1460, plaida en consistoire pour Jean V, convaincu d'inceste (sur cette curieuse plaidoirie, voir Samaran, op. cit., p. 135). Cardinal en 1461, il négocia à Rome l'abolition de la Pragmatique sanction, et remplit plusieurs missions diplomatiques en Espagne.
Il était l'un des fidèles de Louis XI, qu'il avait assisté de ses conseils et de sa bourse pendant la guerre du Bien public. Lafaille, l'annaliste de Toulouse, le qualifie d'Éminence turque, à raison de son rôle dans le drame de Lectoure. Mais ce rôle n'a pas été nettement tiré au clair, et ses responsabilités restent douteuses. — Cf. Ch. Fierville, Le Cardinal Jean Jouffroy et son temps. Coutances, 1874.
2. Belleforest, Les grandes annales et histoire générale de France. Paris, 1579.
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portes de la ville furent ouvertes et l'armée royale y pénétra.
C'est ici que le drame commence. Une troupe de gens d'armes, conduite par Guillaume de Montfaucon, lieutenant du sénéchal de Beaucaire, passait devant la maison où s'était retiré Jean V, avec sa femme Jeanne de Foix * et quelques familiers. Une querelle s'éleva entre les gens du sénéchal et ceux du comte. Celui-ci, descendant au bruit, fut poignardé par l'un des francs archers de Montfaucon, nommé Pierre Le Gorgias 2. Quant à la comtesse, on lui arracha ses bijoux et on la traîna au château, tandis que la soldatesque, se ruant à travers les rues, brûlait et massacrait tout sur son passage.
Quelques jours plus tard, la veuve de Jean V fut transférée au château de Buzet, dans le Toulousain. Et l'on raconte qu'une fois là, le seigneur de Castelnau de Bretenoux et maîtres Macé Guernadon et Olivier Le Roux, secrétaires du roi, s'étant assurés qu'elle était enceinte, la forcèrent d'avaler un breuvage qui la fit avorter. Elle se retira depuis à Rodez, et y vécut plusieurs années d'une pension que lui assigna Louis XI.
On ne saura jamais — tant les récits sont peu d'accord entre eux — dans quelle mesure exacte les Balsac, et en particulier Robert de Balsac, doivent être rendus responsables de l'assassinat de Jean V.