‹ Anne de GravilleChapitre 136 sur 154 · LE DUEL DE 1578, D'APRÈS VULSOU DE LA COLOMBIÈRE · texte numérisé non relu

LE DUEL DE 1578, D'APRÈS VULSOU DE LA COLOMBIÈRE

L'occasion de la querelle prit son origine au Louvre, pour un assez maigre sujet, à sçavoir pour une jalousie que le sieur de Caylus conçeut contre Entraguet, l'ayant veu sortir un samedy au soir de la chambre d'une certaine dame, plus douée de beauté que de chasteté ; et pour ce qu'elle estoit aussi aimée d'un des plus grands de la cour, Caylus lui dist en riant qu'il estoit un sot ; l'autre luy respond d'un mesme ton de voix qu'il avoit

1. Sur le héraldiste Vulson de la Colombière et sur son livre, Le'vray théâtre d'honneur et de chevalerie, Paris, 1648, v. Adolphe Rochas, Biographie du Dauphiné. Paris, Charavay, 1860. — Vulson n'a fait que copier, en le rajeunissant, un récit donné par Jean de la Taille (Discours notable des duels, de leur origine en France, etc. Paris. Claude Rigaud, 1607), puis, d'après La Taille, par Vital d'Audiguier (Le vray et ancien usage des duels. Paris. Pierre Billaine, 1617). J'ai reproduit, comme étant plus clair que celui de ses devanciers, le texte de Vulson.

menty. Surquoy ayant pris leurs paroles autrement qu'ils ne dévoient, ils font complot de se vouloir battre, et de se trouver le lendemain dimanche matin à quatre heures au parc des Tournelles (qui alors servoit de marché à vendre les chevaux) avec l'espée et le poignard pour toutes armes, et chacun deux seconds seulement, pour empescher qu'aucun tort ou supercherie ne fust fait à l'un ny à l'autre. Caylus prit pour les siens Maugiron, non moins beau que brave gentilhomme, aussi favory du Roy, et Livarrot ; et quant à Entraguet, il choisit Riberac et Schomberg, plutost toutefois pour y mettre la paix que la guerre. Si bien que les parties s'entrevoyans de loin, Riberac s'avance vers Caylus, et, parlant à Maugiron, luy dit : 11 me semble que nous devrions plutost accorder et rendre amys ces deux gentilshommes que de les laisser entretuer; surquoy Maugiron (que la Furie Alecton possedoit desia) respondit en ces termes : par la mort Dieu, Riberac, je ne suis pas venu icy pour enfiler des perles, et résolument je me veux battre. L'autre, plus modéré, luy repartit : Contre qui te voudrois-tu battre, Maugiron? Tu n'as point d'interest en la querelle, et qui plus est, il n'y a personne icy qui soit ton ennemy. Alors Maugiron, jurant encore plus fort, réplique : C'est contre toy que je me veux battre. Adonc Riberac, qui estoit brave gentilhomme, et qui ne peut endurer l'audace de ce jeune homme, respondit : A moy, et soudain, comme l'autre mit l'espée à la main, il tira aussi la sienne du fourreau et son poignard, et les croisant à terre l'un sur l'autre, dit à Maugiron : Prions Dieu, et puis nous nous battrons, puisque tu le veux. Et lors se jettant à genoux, il fit sa prière assez courte, et toutefois trop longue au gré de Maugiron, qui en jurant encore luy dit que c'estoit trop prié. Alors Riberac prenant son espée et son poignard, s'en alla à Maugiron, et tout à

Page 1