‹ Anne de GravilleChapitre 137 sur 154 · LE DUEL DE · texte numérisé non relu

LE DUEL DE

l'abord luy enfonce furieusement un coup d'estoc, lequel, se sentant blessé, recule en arrière le plus viste qu'il peut, poursuivy tousiours par son ennemy, jusques à ce que, tombant par terre, et tendant la pointe de son espée contre l'autre, il mourut : mais, par malheur, Riberac, pensant qu'il ne tomberoit pas si tost, comme il le poursuyvoit avec grand courage, s'enferra luymesme dans les armes de son ennemy.

Mais, pour venir aux principaux querelleurs, Caylus, qui s'estoit porté sur la place avec l'espée seule, voyant Entraguet avec l'espée et le poignard, il luy dit qu'il le devoit quitter. Entraguet luy respondit qu'il commençoit à perdre le sens, et que c'estoient les armes qui avoient esté ainsi accordées entr'eux. Mais cela n'est pas sans dispute, à sçavoir si ce n'estoit pas de la franchise d'un brave courage de le quitter, puisque l'autre n'en avoit point. Toutefois Caylus estant trop généreux pour demeurer en si beau chemin, ou retarder une partie pour cela, ne laisse d'aller à luy, et de luy porter quelques coups, dont il luy perça le bras d'une pointe, mais il en receut trois ou quatre dans le corps, qui le contraignirent de tomber à terre demy mort. 11 est à présupposer que Caylus, n'ayant point de poignard, taschoit de passer sur son ennemy, qui, ayant cet avantage sur luy, larresta de grands coups d'estoc qu'il luy tiroit de pied ferme. Entraguet l'eûst achevé, n'eust été qu'il le pria de se contenter.

Quant aux deux autres seconds, à sçavoir Schomberg et Livarrot, comme ils virent que leurs amis estoient aux mains, Schomberg dit : ils se battent tous quatre, que ferons-nous (comme s'il eust voulu dire : separons-les). Battons-nous aussi pour nostre honneur, respondit Livarrot. Response qui fut trouvée fort estrange en ce temps-là, auquel les seconds n'avoient pas accoustumé

de se battre * ; et en effet quel honneur y pouvoit-il avoir de se battre sans sujet ? Ils commencent donc à s'entrecharger. Schomberg, qui estoit Alleman, d'un coup de taille à la mode de son pais ouvre à Livarrot toute la joue du costé gauche : mais Livarrot, plus adroit, luy donna d'une estocade dans le sein de laquelle il le renversa mort sur la place; et luy de son costé tomba, tout estonné du grand coup qu'il avoit receu, et de l'abondance du sang qui sortoit de sa playe...

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