‹ Anne de GravilleChapitre 139 sur 154 · Tarn-et-Garonne · texte numérisé non relu

Tarn-et-Garonne

l'oraison funèbre de CJLYLU8 289

les huguenots, et dont le fanatisme célébra le massacre de 1572. (Il composa, dit-on, une hymne « en forme d'action de grâces » à saint Barthélémy).

Il écrivit de nombreux ouvrages, presque tous de polémique, un notamment, intitulé : Le vray réveillematin des Calvinistes et des Publicains françoys (1575), en réponse au Réveille-matin des Françoys, d'Eusèbe Philadelphe (Nicolas Barnaud).

Il fut, sous les deux derniers Valois, le prédicateur et le panégyriste à la mode. Onze de ses oraisons funèbres nous ont été conservées, entre autres celles de Charles IX, de Gaylus et de Saint-Mégrin.

Ces deux dernières oraisons funèbres lui valurent l'évêché de Nevers (1578). Il résida dans son diocèse, et, de fougueux ligueur qu'il était, devint ardent royaliste, dès qu'Henri IV se fut converti. Il alla avec le cardinal du Perron demander pour lui l'absolution au pape (1595),, et, en 1600, fut l'un des arbitres de la fameuse conférence de Fontainebleau, où du Perron et Duplessis-Mornay argumentèrent l'un contre l'autre.

Il mourut en 1606, — et ce grand faiseur d'oraisons funèbres eut à son tour la sienne. « C'estoit, dit son panégyriste, un fleuve doré d'éloquence, un torrent rapide traînant après soy les rochers les plus durs, un tonnerre duquel ne procédoit pas la gresle et tempeste des divisions, séditions et mutineries, mais bien la douce et agréable pluye des larmes de la pénitence, qui humectait les auditeurs J. »

1. Oraison funèbre de Révérend Père en Dieu Monsieur Arnauld Sorbin, dicl de Saincle-Foy, vivant evesgue de Netiers et prédicateur des Boys très chrestiens Charles IX, Henri III et Henri IV, prononcée en Véglise S. Cire, cathédrale de Nevers, par Pierre Paulet... archidiacre en la dite église. Nevers, Pierre Roussin,

Venons à l'oraison funèbre de Caylus1.

Henri III, en lui confiant l'éloge du mignon, avait imposé à son prédicateur ordinaire un véritable tour de force. Sorbin se tira d'affaire à son honneur.

Son discours s'ouvre par des considérations sur la pensée de la mort. Apaisante et moralisatrice, cette pensée est le meilleur des freins à modérer nos passions, explique-t-il, notamment nos appétits de vengeance. Et, s'adressant à la noblesse française, il lui fait immédiatement l'application de son propos :

Puisque l'expérience joincte à l'humaine condicion nous apprend combien nostre vie est flexible, et en combien peu de tems elle s'écoule, semblable ou à l'ombre qui ne faict que passer, ou à la fleur, dont la beauté est de si petite, qu'on peut presque dire de nulle durée ; puisque la vie de l'homme est vaine, voire a même vanité 2, qu'est-il besoin

1. Oraison funèbre de noble Jaques de Levis, fils de noble A. de Levis comte de Kailus, gentilhomme chambellan ordinaire du Roy, prononcée en V église S. Paul, en Paris, le dernier de mai 1878. Par M. Arnauld Sorbin, dit de S. Foy, prédicateur du Roy. A Paris, chez Guillaume Chaudière, rue S. Jacques; à renseigne du Temps et de l'Homme sauvage. 1578.

Cette plaquette, fort rare, est à la Bibl. nat. (Rés. 27 Ln 12593). L'oraison funèbre y est précédée d'une « épistre » au père du défunt. Sorbin l'encourage à la résignation et lui propose l'exemple de tous les pères de l'Histoire sainte et de l'antiquité classique dont son érudition lui fournit la nomenclature. Et il finit en lui offrant son « oraison », prononcée « par le commandement du Roy ». « Elle sera trouvée, possible, seiche et aride, dit-il. Mais vous scavez qu'à peine ai-je eu un jour entier pour la teistre (tisser), estant occupé, durant les deux jours d'intervalle entre la mort et sépulture (du défunt), à prescher les octaves du Saint-Sacrement en l'église de Saint-Germain de l'Auxerrois ».

Page 1