‹ Anne de GravilleChapitre 23 sur 154 · Le Roux de Lincy, op. cit., liv. IV, ch. III · texte numérisé non relu

Le Roux de Lincy, op. cit., liv. IV, ch. III

3. Hilarionde Goste. — Voir aussi P. de Vaissière, Une correspondance de famille au commencement du XVIe siècle, Lettres de la maison d'Aumont (1515-1528). Extrait de l'Annuaire-Bulletinde la Soc. de l'Hist. de France, année 1909.

à faire justice de certaine légende calomnieuse qui a couru sur leur compte.

Une publication périodique de la fin du xvnic siècle, la Bibliothèque universelle des romans... avec des anecdotes et des notices historiques et critiques, contient, dans sa livraison de novembre 1782, un article non signé intitulé : Les événements du château de Marcoussis. L'auteur raconte que, parcourant le Dauphiné, il s'arrêta à Grenoble ; qu'il y visita les bibliothèques des maisons religieuses et trouva, dans une de ces bibliothèques, « un gros billot relié de velours violet, avec des agrafes en cuivre », intitulé Admonitions de messire Georges du Terrait, adressées a son neveu. « Ce billot, ajoute l'auteur anonyme, renferme encore un autre ouvrage qui porte aussi l'empreinte du bon vieux temps », les Événements du château de Marcoussis.

Voici l'un des événements en question, tel que le rapporte l'article de la Bibliothèque des romans :

Lorsque Louis XII régnoit encore, son futur successeur, le comte d'Angoulême, bien jeune et bien galant, chassoit souvent dans les bois de Marcoussis. Un jour, au lieu de découvrir le cerf de meute, il ne vit qu'une jouvencelle qu'un chevalier menoit en croupe vers les tourelles du château ; à cette vue, il quitte la trace de son cerf discors (sic) et vole sur les pas de la belle : l'ayant vue rentrer par le pont-levis, il entre et arrive justement pour lui donner la main. Nous ignorons si elle avoit de la beauté, mais M. le comte d'Angoulême étoit jeune, il la trouva charmante. Notre auteur ne la nomme pas et nous n'oserions assurer qu'elle fût ou ne fût pas la fille du châtelain ; mais c'étoit une de ces grandes

dames de par le monde dont parle Brantôme et que François Ier a si souvent séduites et quittées. Ce prince là étoit en usage de brusquer en amour comme en guerre . Le premier instant où il se trouva seul avec la gente demoiselle, il lui peignit son mal extrême avec beaucoup plus de charme que s'il avoit été bien épris. On rougit, il parla de sa constance, égale pour le moins à celle de nos vieux paladins. En donnant cette assurance avec toute l'effronterie convenable, ses yeux étoient si beaux et si animés qu'on le crut aussitôt le plus sincère des princes et le plus loyal des amants.

« Louis XII étant mort, M. le duc d'Angoulême étant devenu François Ier, il continuoit d'aller chasser de préférence dans les bois de Marcoussis... et de perdre la chasse. Un jour cependant il se trouva à la lie (sic) ; il est vrai que c'est parce que le cerf étoit venu se faire prendre dans les fossés du château, précisément au moment que le roi recevoit pour la première fois le guerdon de ses poursuites amoureuses. Le cerf qu'on prit alors étoit monstrueux ; on en garda le bois, qui est encore dans la grand'salle du château, avec le portrait de ce cerf même en grandeur naturelle.

« Au bout d'un an, le roi étant revenu à Marcoussis, on lui montra les trophées de sa chasse ; il sourit, et, se ressouvenant d'un plaisir plus doux qui déjà l'avoit rendu père, il fit ces vers :

Comme on se trompe ! On cuide qu'en ces lieux J'étois venu lancer un cerf dans l'onde. Amour le sait, que je fis mieux, Donnant, avec ma mie, un beau Valois au monde. »

Que François Ier, soit avant, soit après son avènement, ait beaucoup chassé dans les bois de Marcoussis, rien de plus certain. Il est également certain qu'il y prit un jour un cerf monstrueux dont on garda le bois. Boucher d'Argis, qui nous a laissé

50 LA FAMILLE d'aNNE DE GRAVILLE

une description de Marcoussis1, a encore vu, au milieu du xvme siècle, la « figure » de ce cerf dans la « salle de compagnie » du château :

Sur une console, dans le fond de cette salle, dit-il, est la figure en pierre d'un cerf de grandeur naturelle, avec son bois naturel ; ce cerf porte au col un écu aux armes de France, et sur le piédestal sont plusieurs salamandres qui étoient, comme on sait, la devise de François Ier, ce qui fait que cette figure a été mise en mémoire d'un cerf pris par ce prince dans les bois de Marcoussis.

Voilà pour le cerf. Quant à la jeune fille qui aurait été forcée en même temps que lui, on a prétendu la désigner.

« On croit que ce fut l'une des trois filles de l'amiral de Gra ville », déclare l'auteur de Y Extrait de V inventaire général des titres de la chàtellenie de Marcoussis, dressé en 1781 2. Malte-Brun3 ne fait

1! Mémoire historique concernant la seigneurie de Marcoussis et le prieuré des Célestins qui est dans le même lieu : Mercure de France, juin 1742. Cf. Malte-Brun, p. 202.

2. Le comte d'Angoulême, y est-il dit, « s'étant égaré en chassant dans les bois de Marcoussis et s'étant trouvé dans les environs du château, y rencontra la jeune de Graville, pour laquelle il s'enflamma très promptement et à qui sans doute il inspira très promptement aussi les mômes sentiments. La chasse lui servit de prétexte pour revenir bientôt dans ce canton ; sa course n'y fut point inutile. Après avoir lancé le cerf, il se rendit au château de Marcoussis, où il fut complètement heureux. L'histoire rapporte qu'il remporta une double victoire, et sur le cœur de sa maîtresse et sur le cerf, qui vint se faire prendre dans les fossés du château où il triomphait. Le bois de ce cerf, qui se trouva d'une grandeur extraordinaire, fut placé dans le grand sallon, sur un cerf de bois. On l'y voit encore aujourd'hui représenté, portant à son col un écusson aux armes de France. »

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