Op. cit., p
peser ses soupçons que sur les deux filles aînées, mais se demande laquelle des deux il y a lieu d'incriminer formellement. Le marquis de Gaucourt, dans son essai (manuscrit) sur Y Histoire de Marcoussis, accuse avec plus de précision:
Le comte d'Angoulême, depuis François Ier, dit-il, avait une grande affection pour l'amiral et il venait souvent à Marcoussis... Ayant remarqué Jeanne, Tune de ses filles, il s'y attacha et saisit toutes les occasions delà rencontrer. Un jour qu'il avait fait une longue chasse où il s'était égaré, il arriva fatigué dans le bois de Marcoussis et y rencontra Jeanne, à qui il déclara ses sentiments au moment où il venait de prendre un cerf énorme qui s'était laissé forcer dans les fossés du château. L'amiral, pour perpétuer le souvenir de cette chasse, qui avait pourtant untriste rapprochement (sic) pour Vhonneur de sa famille, fit placer dans son salon octogone un cerf sculpté etc.. — Cette aventure n'empêcha pas Jeanne de trouver un mari dans Charles d'Amboise.
Inutile d'insister sur l'invraisemblance de ce récit, qui tendrait à représenter l'austère et pieux amiral de Graville comme une sorte de « Monsieur Cardinal », empressé à publier le déshonneur de sa fille et fier d'en perpétuer le souvenir. Mais cette invraisemblance ne suffirait pas, à elle seule, à démontrer l'innocence de Jeanne de Graville, non plus que celle, également contestée, de Louise. La démonstration ressort des dates.
François Ier naquit en 1494, et nous savons, grâce à sa sœur Marguerite, l'époque de ses débuts amoureux. Elle nous l'indique dans la nouvelle XLII
de YHeptaméronK François avait quinze ans (4509) quand il s'éprit, à Amboise, d'une « claire brune », élevée dans la domesticité du château. Cette passion resta toute platonique, grâce à la vertueuse résistance de la jeune fille, et l'on ne peut fixer avant 1510 ou 1511 les premiers succès effectifs du prince dans l'emploi de séducteur. Or Jeanne, mariée, en 1510, depuis près de vingt ans, aurait pu être sa mère ; à plus forte raison, Louise, l'aînée de Jeanne. Et il est impossible que l'une ou l'autre de ces deux femmes mûres — qui furent, par surcroît, de saintes femmes — ait été la « jouvencelle » dont nous parle l'auteur des Evénements de Marcoussis.
Si l'anecdote avait quelque chance d'être authentique, elle ne pourrait en tout cas mettre en cause que la troisième fille de l'amiral. Mais, cette authenticité, rien ne la garantit. Anne, qui se maria dans des conditions anormales dont il va être parlé, n'est pas, nous le verrons, sans reproche. Elle eut, dirait Brantôme, « quelque poussière en sa fleute ~ ». Raison de plus pour ne lui pas imputer, sans preuves décisives, un péché de jeunesse qu'elle n'a très probablement pas commis.
i. « En l'une des meilleures villes de Touraine demeuroit un seigneur de grande et bonne maison... Des perfections, grâce et beauté... de ce jeune prince ne vous en diray aultre chose, sinon qu'en son temps ne se trouva jamais son pareil. Estant en Vaage de quinze ans»..., etc. — Cf. de Maulde, Louise de Savoie et François Ier. Paris, Perrin, 1895.
2. Des Dames, seconde partie. — Il applique cette expression à Elisabeth de Valois.