CHAPITRE II
Sa naissance (vers 1490) ; son portrait physique et moral. — Sa jeunesse : le château de Marcoussis, l'hôtel du Porc-Epic. Son roman d'amour: son enlèvement par Pierre de Balsac (1506). — Son mariage clandestin. L'amiral de Graville engage contre les jeunes époux une instance criminelle. Réconciliation (1509); l'amiral n'en déshérite pas moins sa fille : convention du 20 novembre 1510 ; déclaration du 30 janvier 1512; testaments du 11 avril 1514 et du 26 juin 1516. — Anne, dame d'honneur de la reine Claude : elle écrit, sur son ordre, le « rommant » de Palamon et Ar 'cita. — Elle se retire à Malesherbes. — Ses sympathies pour la Réforme ; elle donne asile à Pierre Toussain : lettre du 26 juillet 1526. — Sa mort et celle de Pierre de Balsac. — Ses goûts ; sa célébrité : l'un de ses rondeaux cité par Geoffroy Tory.
« Vie d'Anne de Graville » est un titre ambitieux. Il serait plus exact d'intituler ces pages : « ce que l'on sait de la vie d'Anne de Graville » L'on en sait fort peu de chose.
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Et, pour commencer, l'on ignore la date de sa naissance. Plus jeune de beaucoup que ses sœurs1, des raisons d'ordre littéraire, qui seront indiquées plus loin2, donnent à penser qu'elle était tant soit peu l'aînée de la reine de Navarre". Peut-être eutelle pour marraine Anne de Bretagne.
A n'en pas douter, elle était jolie. Un historien, M. de Maulde La Clavière 4, l'a dépeinte avec une extrême précision : « blonde et fine, l'œil noir, pétillant, plein de feu ; des sourcils très arqués, le front élevé... des joues rondes, roses, très fraîches, une toute petite bouche au sourire à la fois modeste et spirituel; de la taille et de l'air, et une grâce qui permettait de former les conjectures les plus agréables... » — L'on admettra difficilement que M. de Maulde ait pu distinguer tant de charmantes particularités dans certaine miniature d'un manuscrit conservé à la bibliothèque de l'Arsenal5, le seul document iconographique qu'il paraisse avoir consulté sur notre poétesse 6. Aussi bien est-ce à la poé-
4. La miniature du Terrier, dont il a été parlé, nous montre une enfant de sept ou huit ans jouant aux pieds de grandes jeunes filles (ou jeunes femmes).