‹ Anne de GravilleChapitre 36 sur 154 · Cette lettre est malheureusement perdue · texte numérisé non relu

Cette lettre est malheureusement perdue

héritiers soient comprins, rabattus et déduicts préalablement sur les mil livres de rente et les dix mil escuz dessus ordonnez pour sa porcion, pour les causes dessus dictes et pour le mauvais gouvernement de sa personne, de quoy elle a esté incharitable...

Dans son dernier testament, daté du 26 juin 1516, Graville confirme expressément ses dispositions de 1514. Néanmoins, à l'approche de la mort, son âme s'est adoucie ; il hésite à prononcer une exhérédation définitive et supprime toute la fin du testament précédent à partir des mots : « pour les causes et raisons » etc.. Il la remplace par la phrase suivante, qui succède immédiatement à celle par laquelle il réduit à mille livres de rente et à dix mille écus d'or la part de sa troisième fille :

Si ce n'est que par cy après, pour les bons services que nostre dicte fille noz pourra faire et selon le bon gouvernement que en la dicte Anne pourras veoir, aultrement en disposâmes et disposons par lectres appertes, desquelles deuement il apparoist ; ouquel cas voulions estre tenu ce que en ordonnerons, nonobstant les choses cy dessus mises et couchées.

Il mourut à la fin de 1516. Eut-il le temps, avant sa mort, de rédiger quelque contre-lettre, quelque codicille favorable à sa fille, ou bien celleci se fonda-t-elle uniquement sur la phrase bienveillante qu'on vient de lire, — nous ne savons. Ce qui est sûr, c'est qu'en dépit de la clause pénale insérée dans le testament de 1514, Anne et son mari plaidèrent contre leurs neveux de Vendôme en revendication de part héréditaire. Louis

de Vendôme, vidame de Chartres, et ses frère et sœur mineurs déclinèrent la compétence du Parlement de Paris et prétendirent être jugés à Rouen. L'affaire fut évoquée, en 1518, au Grand Conseil ! ; et les parties aboutirent enfin, le 9 septembre 1518, à une transaction aux termes de laquelle Louis de Vendôme reconnaissait Balsac et sa femme « héritiers pour une tierce partie en tous les biens et succession de deffuns Loys de Graville et damoiselle Marie de Balsac, sa femme, père et mère de ladicte Anne, et ayeul et ayeulle dudict de Vendosme », et les recevait à partage « pour la dicte tierce partie, sauf toutefois les droicts d'aînesse, comme ils pourroient appartenir audict de Vendosme 2».

Le partage définitif entre les héritiers de l'amiral n'eut lieu qu'en 1528 3. Graville, Séez et Bernay échurent aux Vendôme ; Marcoussis, Nozay, Châtres etc.. à Jeanne de Graville, veuve de Charles d'Amboise ; Anne, elle, eut dans sa part Malesherbes, Ambourville, Montaigu en Cotentin et l'hôtel du Porc-Epic 4. Ses enfants devaient, douze ans plus tard, en 1540, hériter de leur tante Jeanne. De sorte qu'il ne subsista rien des dispo-

1. Catalogue des actes de François Ier (dans la Collection des Ordonnances des rois de France), t. I, p. 151, n° 863. — Le Grand Conseil était, comme on sait, la section judiciaire du Conseil du roi, érigée en Cour souveraine en 1497 : une sorte de tribunal supérieur, saisi des affaires par le système des « évocations royales ».

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