Samaran, p. 239 et suiv
176 LA POSTÉRITÉ d'ANNË DE GRAVILhK
dettes immenses et furent toute leur vie la proie des créanciers. La marquise du Chastellet avait toujours été bizarre. Son esprit se dérangea tout à fait; on dut l'interdire (1760). Madame d'Urfé la déshérita au profit du jeune marquis du Chastellet, son petit-fils, qu'elle avait recueilli, et qui reçut chez elle l'étrange éducation que l'on peut supposer1. Il fit, en 1779, la campagne d'Amérique en qualité d'aide de camp du marquis de Bouille. Quand la Révolution éclata, il s'enthousiasma pour les idées nouvelles, réclama dans une Adresse aux Français l'abolition de la royauté et servit aux armées du Midi, du Rhin, du Nord et du Centre. Lieutenant-général en 1792, on le vit sur le point d'être nommé ministre de la guerre. Mais il fut arrêté comme suspect et jeté à la Force en septembre 1793. Il y mourut — peut-être s'y empoisonna — le 21 germinal an II (10 avril 1794).
L'histoire de la bibliothèque d'Urfé nous a entraînés jusqu'à la fin du xvme siècle. Il est temps de revenir au xvie, et aux descendants immédiats d'Anne de Gra ville.
1. Cazotte, op. cit., p. 98 : On ne pouvoit y fournir (dans la maison de Madame d'Urfé) que de fort mauvaise politique et le jeune homme y étoit exposé aux plus dangereuses communications. Je ne suis pas surpris qu'au sortir de cette étrange éducation il ait été disposé à donner dans les travers du temps. C'est un initié pour ainsi dire dès le berceau. Il n'a pu faire jusqu'ici que des sottises : le voici en place pour de plus grandes. »...