‹ Anne de GravilleChapitre 90 sur 154 · Marguerite de Valois, Mémoires · texte numérisé non relu

Marguerite de Valois, Mémoires

192 LA POSTÉRITÉ d'aNNE DE GRAVILLE

les malcontentemens et querelles qui parurent bienstot après ».

Le 9 janvier, au bal du Louvre, Bussy se prend de querelle avec le seigneur de Grammont. Le lendemain 10, de grand matin, il se rend à la porte Saint-Antoine avec trois cents gentilshommes de Monsieur, bien armés et montés, pour se rencontrer avec un nombre égal de gentilshommes du roi, à la tête desquels se trouvait Grammont. On parvient à séparer les deux troupes. Mais, dans l'après-midi, Grammont va relancer Bussy dans son logis de la rue des Prouvaires, et l'y assiège. Les gardes du roi interviennent, emmènent les deux adversaires au Louvre, où les maréchaux de Montmorency et de Gossé réussissent à les réconcilier (pour la forme), après quoi le roi leur fait « une belle et grave remontrance ». Quelques jours plus tard paraissait une ordonnance très sévère contre les duels. On n'en tint nul compte.

Le 1er février, Quélus, accompagné de Saint-Luc, de François d'O, d'Arqués (depuis duc de Joyeuse) et de Saint-Mégrin, « tous jeunes mignons chéris et favorisez du roy », rencontrent, près de la porte Saint-Honoré, Bussy, qu'escortait un seul gentilhomme. Ils le chargent, et Bussy n'échappe que par miracle. C'est à cette occasion qu'il écrivit au roi cette lettre, souvent citée, où il lui demandait, en termes d'une fierté souveraine, la permission de « se contenter » avec Quélus, « par la voye que les hommes d'honneur tiennent en leur vengeance, encore que l'acte dont il se plaignoit ne l'obligeât à telle raison » .

ENTRAGUET 193

Le 9 février, célébration, en grande pompe, au Louvre, des noces de Saint-Luc et de la demoiselle de Brissac. Au bal du soir, le duc d'Anjou est bafoué et tourné en ridicule par Maugiron, Quélus et les autres mignons du roi. Cinq jours plus tard, accompagné de Bussy et de quelques autres gentilshommes, il s'évade du Louvre par la fenêtre de l'appartement de sa sœur, et se retire à Angers.

Lé 2 avril, querelle entre Souvré l et La Valette2, « pour l'amour des daines ». Souvré était soutenu par a ceux de la maison de Guise », La Valette par les mignons du roi. On réussit, encore cette fois, à prévenir une bataille rangée.

Mais la surexcitation de cette jeune noblesse ardente, divisée en factions irréconciliables, en était venue au point de ne pouvoir s'apaiser que dans le sang. D'autant que plusieurs des mignons de Monsieur — entre autres Maugiron3 — ayant récemment quitté son service pour passer à celui du roi, se montraient d'une insolence insupportable à l'endroit de leurs anciens compagnons. De plus, les mignons du roi, certains de servir en cela les secrets désirs de leur maître, avaient commencé, depuis la fuite de Monsieur, de s'attaquer aux amis du duc de Guise.

Le 26 avril, l'orage éclata. Quélus, dans la cour

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