‹ Anne de GravilleChapitre 98 sur 154 · Relation de Miron · texte numérisé non relu

Relation de Miron

cœur de diamant qu'il y portait. Peut-être le cœur donné jadis à Entraguet par la maréchale de Retz, puis par Entraguet à Marguerite de Valois, qui l'aurait elle-même donné à Guise ; et très probablement ce même cœur que, pour le mieux assurer de la nouvelle, « présenta au roi de Navarre, en lui annonçant la mort du duc, le courrier que les amis du Béarnais lui dépêchèrent de la cour ' ».

Enfin, quand un certain nombre de députés du Tiers, tenus pour suspects, seront arrêtés par Richelieu, grand prévôt de l'hôtel, dans leur salle des séances, et menés prisonniers au château, la première personne qu'ils rencontreront à l'entrée du grand escalier, c'est « M. de Dunes » (Entraguet), a botté et esperonné, pasle et défaict » 2, portant sur son visage toute l'horreur du spectacle auquel il venait d'assister.

Il partait à franc étrier pour Orléans, avec la mission d'en défendre la citadelle contre les habitants, qu'on savait déterminés ligueurs, et prêts à se mutiner3. Mais il arriva trop tard. Roscieux, le

1. P. de Vaissière, p. 292. — « Le roi de Navarre reçut de la part du duc d'Épernon un courrier qui lui apprit la mort du duc de Guise. Pour ôter même à ce Prince tout lieu d'en douter, cet homme lui assura qu'il avoit vu lui-même le corps du duc, et lui montra une bague, dont une dame qu'il aimoit lui avoit fait présent, et qu'on lui avoit ôtée, après qu'il eut été assassiné. » (De Thou, Histoire universelle, trad. française de 1734, t. X,

2. Documents historiques, etc. : déposition de Michel Marteau, seigneur de la Chapelle. — Cf. P. de Vaissière, p. 306.

3. De Thou, Mémoires, coll. Michaud et Poujoulat, p. 332 et suiv. — Depuis plusieurs mois, Entraguet, qui commandait à Orléans en l'absence de son frère, prévoyait une mutinerie des

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maire ligueur d'Orléans, l'y avait devancé, et avait soulevé la ville. Entraguet et son frère François, qui le rejoignit, furent assiégés par les Orléanais dans le réduit de la porte Bannier. Quand le maréchal d'Aumont, envoyé à leur secours, parut avec du renfort, ils avaient déjà évacué la place et s'étaient réfugiés à Beaugency (janvier 1589). Elle resta au pouvoir des Ligueurs — avec, pour gouverneur, le maréchal de La Châtre * — jusqu'à ce qu'Henri IV la recouvrât, au commencement de 1594. Les Balsac, somme toute, avaient bien pu la vendre à son prédécesseur, mais ils s'étaient trouvés dans l'impossibilité de la livrer. Et — suprême déconvenue — ils ne parvinrent pas à s'y réinstaller, une fois la paix rétablie : Henri IV confirma La Châtre dans ses fonctions de gouverneur de l'Orléanais2.

Entraguet, à partir du siège d'Orléans, rentre dans l'obscurité, et les renseignements que nous

habitants. Il projetait d'agrandir la citadelle, et, pour payer les frais d'agrandissement, avait essayé d'engager « des perles d'un grand prix » qu'il possédait, et aussi d'emprunter de l'argent au cardinal de Vendôme. La mort du duc de Guise devança l'exécution de son projet.

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