Dévotion du B. Jean Berchmans à saint Joseph
Le bienheureux Berchmans avait comme belge, comme enfant de Marie et religieux de la Compagnie de Jésus, la plus touchante dévotion à saint Joseph. Voici quelques passages que nous avons extraits, avec l'autorisation de l'auteur, de la Vie si intéressante de ce grand servileur de Dieu.1
De Marie, Berchmans ne séparait point dans son
(1) Nous sommes heureux de profiter da cette occasion pour recommander à nos fidèles Associés, surtout à ceux qui sont en Belgique, la Vir si édifiante du B. Berchmans, par le R. P. Vaudorspeeten, théologal de la Compagnie de Jésus, à Louvain, typographie de C.-J. Fonteyn; grand in-8° de 470 pages, 5 frs. ; — 24 (t. l'es six exemplaires; — 48 fc les treize.
amour ['incomparable ('poux do cette chaste Vierge. La dévotion à saint Joseph n'était pas répandue alors comme elle l'est aujourd'hui; mais le cœur du bienheurcux lui disait assez haut que l'homme ne doit point séparer ce que Dieu à uni. € Un jour que nous nous promenions ensemble, dit le P. Van Schurk, il m'entretient des prérogatives du Père nourricier de Jésus. A sa demande, je convins avec lui de chercher, autant que possible, à enflammer les autres pour le culte de ce grand Saint. Nous nous engageâmes, en particulier, à parler de ses grandeurs chaque fois que l'occasion s'en présenterait, et à ne jamais terminer, s'il était possible, les litanies de la sainte Vierge, sans y ajouter l'oraison de saint Joseph. » Ces deux bons novices ne se doutaient pas alors qu'un jour, la Compagnie entière adopterait leur pieuse pratique, et qu'à deux siècles de distance, des milliers de Jésuites, disséminés par le monde entier, répéteraient chaque soir, après les litanies de la Vierge et des Saints, l'oraison consacrée par l'Eglise au glorieux Epoux de l'Immaculée Mère de Dieu.
Il avait afnoté dans ses écrits les bienfaits que le chaste Epoux de Marie avait accordés à ses clients, le.^ miracles qu'il avait obtenus en leur faveur, et il protestait, à la suite de la séraphique Thérèse, qu'il ne lui avait jamais demandé aucune grâce, sans l'avoir obtenue.
Il ne sera pas hors de propos de dire un mot de son examen en philosophie qu'il eut à subir le 13 mars \ 021 , c'est-à-dire moins de cinq mois avant sa mort. On y verra un modèle de cette parfaite régularité qu'il apportait à toutes ses actions. La tâche d'ailleurs est des plus faciles, puisqu'il n'y a qu'à traduire une page de ses écrits où, selon son habitude, il avait consigné d'afanec jusqu'aux détails les plus minutieux.
« Le patron de cet examen sera saint Joseph ; la très-sainte Vierge en sera la médiatrice. D'abord, à cette intention, je me donnerai la discipline, je m'imposerai une pénitence ou une mortification au réfectoire, je réciterai un chapelet et je demanderai la bénédiction du R. P. Recteur. Si je réussis comme il faut, je dirai trois chapelets en l'honneur de saint Joseph. Le matin, je parcourrai mes notes sur telle et telle manière, et si, grâce au secours de la sainte Vierge et de saint Joseph, je parviens à les revoir toutes, je ferai quelque dévotion en leur honneur. A l'examen même, je me montrerai bien alerte et je répondrai avec vivacité et toujours en forme : Nego, concedo, distinguo, eocplico. Je mêlerai à mes réponses de courtes instances, sous cette forme : JSego et do inslantiam. Dans mes explications, je serai bref et lucide. Je ne répondrai à des arguments longuement développés qu'après les avoir réduits à leurs termes nécessaires, à moins que le professeur ne se charge de ce travail. » Voilà comment le saint jeune homme savait tout prévoir et tout diriger efficacement vers la fin de sa vocation. «
Le jour même de l'examen, il pria le P. Jean Gaudt, son compatriote, de dire la messe à son intention, et, après avoir reçu la bénédiction de son supérieur, il alla se présenter avec confiance aux Pères réunis pour l'examiner. Au jugement de tous, le bienheureux subit cette épreuve de manière à mériter les plus grands éloges, suivis bientôt d'une distinction des plus flatteuses pour lui, celle de défendre en public un grand nombre de thèses embrassant toute la philosophie.
Ce n'était pas ce que le bienheureux avait cherché : aussi consulta-t-il son confesseur pour savoir ce qu'il avait à faire, s'il fallait décliner cet honneur ou le subir
sans nulle excuse. Mais, quand l'homme de Dieu se l'ut prononcé, et que, d'après ses avis, le saint scolastiquc eut paru devant une nombreuse et respectable assemblée, on ne sut ce qu'il fallait le plus admirer en lui, ou l'étendue de sa doctrine ou la noble aisance de sa modestie.
21. — Saint Joseph ne se lasse jamais de secourir ses serviteurs.
Permettez-moi de venir, avec un cœur plein de reconnaissance, acquitter une promesse faite à notre bon père saint Joseph.
Voici le fait : Une de mes petites filles, âgée de huit ans, avait pris mal aux yeux l'année dernière; quelque remèdes lui ont apporté du soulagement; mais, cette année, le mal a empiré de manière à nous donner des craintes très-sérieuses. Pendant deux mois, l'enfant à eu ses deux yeux fermés, sans qu'on pût les ouvrir en aucune façon. Elle avait presque entièrement perdu l'appétit, elle était devenue d'une maigreur extrême. Dans cet intervalle, deux médecins ont été consultés Le premier a dit : « Essayons quelques remèdes; » mais il n'a donné qu'une très-légère espérance, et encore à la longue. Le second médecin n'a pas été plus rassurant. Alors, nous avons promis, ma femme et moi, de faire insérer le fait dans le Propagateur, si saint Joseph daignait venir à notre secours. Une neuvaine a été commencée, et, vers le huitième jour, comme l'on plaisantait reniant, elle a quitté son bandeau et a Ouvert ses deux yeux bleus, qui aujourd'hui sont aussi limpides que si elle n'avait jamais eu de mal. Et lorsqu'on lui demande le
nom du médecin qui l'a guérie, elle répond toujours : C'est saint Joseph! c'est saint Joseph! Amour et reconnaissance lui soient donc à jamais rendus pour sa bonne et tendre protection !