L'innocence reconnue
Un fils unique, soutien de sa vieille mère, eut une dispute un dimanche avec un voisin ; par malheur, le feu prit à l'habitation de celui-ci, la nuit même qui suivit la querelle. Il s'empressa d'accuser ce jeune homme de l'y avoir mis. Celui-ci fut, quoique innocent, arrêté et mis en prison ; il n'avait pour tout témoin à sa décharge, que sa vieille mère, chez laquelle il avait passé la nuit. Dès qu'il fut en prison, il pria son gardien de venir me dire de prier saint Joseph pour lui ; que rien au monde ne le sauverait, que le bon Dieu et ce grand Saint. Aussitôt, je fis prier tous les enfants de la classe, il resta trois jours en prison dans une anxiété difficile à décrire. A tous les interrogatoires que le procureur impérial lui fit subir, il montra néanmoins tant de calme, de résignation et de piété, que ses juges convinrent, au grand étonnement de tous, que ses sentiments étaient trop religieux pour qu'il fût incendiaire, et il fut immédiatement acquitté. En sortant de la prison, ce jeune homme vint directement à notre maison pour nous remercier ; il entra dans l'oratoire, et là, se jetant aux pieds de saint Joseph, il rendit grâces à son libérateur. Ce sont là des faits les plus marquants, mais je ne vous dis rien du nombre de familles qui se sont réconciliées, des grâces de tout genre obtenues, et spécialement des ménages devenus heureux de désunis qu'ils étaient, avant que cette pieuse
confiance en notre bon Père saint Joseph fût solidement établie.
UiNE RELIGIEUSE DE SaINT-JoSEPU DE CLUM .
4. — Un curé poitrinaire abandonné par les médecins et g-uéri par saint Joseph.
M. le curé de Saint-André, àParnie, était atteint depuis plusieurs années d'une maladie de langueur qui le miaait sourdement et donnait les plus vives inquiétudes pour sa poitrine. Toujours plus souffrant, il ne remplissait le* devoirs de son ministère qu'à force de dévouement et de charité. Mais le premier mars dernier, malgré lui, ses forces l'abandonnèrent, et il dut garder le lit. Les médecins déclarèrent que tous les remèdes efficaces avaient été épuisés, et qu'il était désormais inutile de le fatiguer en vain.
M. le curé se sentait mourir; il pensait que le Seigneur, ayant compté le nombre de ses jours, voulait l'appeler à lui et que saint Joseph, auquel il était trèsdévot, allait lui faire célébrer sa fête en paradis. Mais il ne devait pas en être ainsi, et il aurait pu dire comme saint Martin : Seigneur, s'il vous plaît de m'appcler à vous, soyez-en béni; mais je ne refuse pas le travail, et, si vous jugez bon de me laisser encore sur la terre, que votre adorable volonté soit faite !
Les douleurs du pauvre malade devenaient tellement aiguës, qu'il ne pouvait plus bouger et restait couché d'un côté, sans oser l'aire le moindre mouvement; le mal empirait, les jours et les nuits s'écoulaient dans la souffrance, et pourtant la fête de saint Joseph approchait. On avait espéré obtenir sa guérison, et tout allait de mal <mi pis.
ANNKK S. J. îl
Tout à coup, pendant la nuit du 18 au 19 mars, les douleurs diminuent, se calment, disparaissent. Y croyant à peine, le bon curé essaye de faire un petit mouvement ; il ne souffre pas. Il se retourne de l'autre côté et s'endort paisiblement. A son réveil, il n'éprouve aucune douleur et se lève pour aller remercier saint Joseph qui l'avait guéri. Notre bon Père s'était bien un peu fait prier ; mais s'il n'avait pas répondu pendant longtemps, laissant le mal s'aggraver, ce n'était que pour mieux faire éclater sa puissance et nous dire encore une fois de plus que la prière persévérante obtient des miracles.
5. — Un petit agneau offert pour l'entretien de la lampe de saint Joseph.
Nous avons eu occasion plusieurs fois de faire remarquer à nos lecteurs quels sentiments délicats et généreux l'éducation religieuse inspire aux enfants des pays infidèles, qui, sans la grâce du baptême, seraient de véritables sauvages et souvent même des anthropophages. Le trait suivant démontre une fois de plus cette consolante vérité, méconnue après dix-huit siècles de christianisme par les libres-penseurs qui expulsent, au mépris de toutes les lois divines et humaines, les Frères et les Sœurs des écoles communales.
Dans une lettre au rédacteur des Annales de la Sainte- Enfance, Mgr Bardou , évêque-missionnaire au Coï'mbatour (Indes-Anglaises), raconte ce beau trait : « Pour engager les orphelins à se bien conduire, le missionnaire directeur d'un orphelinat que je viens de visiter, donne un petit agneau à ceux qui n'ont pas eu de punitions à subir. L'un d'eux, appelé Michel, avait eu cette
récompense et son agneau prospérait de jour en jour Au bout d'un an, une personne étrangère à la maison proposa de l'acheter. Michel alla demander la permission de le vendre. Elle lui fut accordée. Ainsi l'enfant, quoique avec une vive peine, céda son agneau au prix de 3 francs 50 centimes. Ce bon petit Michel courut aussitôt à la chapelle et jeta cet argent dans le tronc de la lampe.
» Je le vois faire et je l'appelle : « Pourquoi, lui disje, donnes-tu tout cet argent? Donncs-en un peu, et avec le reste achète-toi un autre petit agneau. — Je ne puis faire cela, répondit-il; il y a six mois, j'avais à la jambe une plaie rebelle à tous les remèdes ; j'étais chagrin, j'avais peur. Je demandai ma guérison à saint Joseph, lui promettant de donner à l'église le prix de mon mouton, s'il daignait m'exauccr. Il m'a guéri; il faut donc que je tienne ma promesse, n