Conversion d'un grand pécheur mourant
Nous avons obtenu la conversion aussi subite qu'inespérée d'un pauvre mourant qui ne savait que blasphémer contre Dieu, se moquer de la religion, ridiculiser les prêtres et les choses saintes. Il avait poussé la démence jusqu'au point de faire promettre à sa femme qu'il serait enterré civilement, ne voulant pas même, après sa mort, avoir de rapport avec, L'Eglise ni avec les prêtres. Malade depuis deux ans d'un cancer à l'estomac, il ne reçut ma première visite qu'a la condition que je ne lui parlerais pas de confession, élanl trop instruit, me disait-il, pour recourir , comme les ignorants, a ces
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momeries inutiles. Connaissant très-bien cet homme, où plutôt son entêtement dans ses décisions, j'évitai dans mes entretiens de lui parler de ce qu'il méprisait tant, me contentant de prier et de faire prier pour ce pauvre énergumène. tin dimanche, à notre réunion, je le recommandai aux prières des Associés de saint Joseph. Le lendemain, j'allai le voir comme je faisais depuis quelque temps; je voyais le pauvre malade baisser de plus en plus et très- vite, et pourtant j'hésitais à lui parler des sacrements. Quels ne furent pas ma surprise et mon bonheur, quand je l'entendis me dire : « Monsieur le Curé, il m'est venu cette nuit de bonnes pensées. J'ai résolu de me confesser, et si vous voulez, je vais me confesser de suite et tout seul, car je n'ai pas besoin que vous m'aidiez. » Au même instant il se découvre, fait le signe de la croix, et aborde courageusement la confession la plus circonstanciée et la plus édifiante que j'aie peut-être entendue de ma vie. Cela fait, il demanda la sainte communion, que je crus pouvoir différer au lendemain, dans son intérêt spirituel. Il reçut la sainte communion et l'extrême-onction avec un calme et une sérénité de Ggure qu'on ne lui avait jamais connus. Puis il témoigna à ceux qui l'entouraient, que jamais de sa vie il n'avait été aussi heureux et aussi content que dans ce moment. Tout haut, il fit la promesse qu'il serait, si Dieu lui rendait la santé, le chrétien le plus fervent et le plus régulier de la paroisse, aux offices et à la fréquentation des sacrements. Il désavoua aussi tout ce qu'il avait fait et dit contre la religion, assurant que s'il avait été impie en paroles et en actions, il ne l'avait jamais été de cœur; enfin, il protesta que de tout ce qu'il avait débité contre Dieu et contre les vérités de la religion, il n'en avait jamais cru un seul mot. Il vécut
encore quinze jours dans ces bons sentiments, devenant de jour en jour plus doux, plus patient, plus résigné, demandant tous les jours à voir M. In Curé ; enfin, après avoir prononcé une dernière fois les saints noms de Jésus, Marie et Joseph, qu'il répétait souvent dans sa cruelle agonie, il s'éteignit doucement, laissant ses parents et tous les paroissiens consolés, édifiés et heureux d'une mort si sainte, et qu'on ne devait pas espérer, s'il était permis d'avoir encore quelque défiance quand on a invoqué saint Joseph.