Nouvelle preuve de la puissance de saint Joseph
Diocèse de Lyon.
Permettez, mon révérend Père, à une pauvre ouvrière, de venir témoigner toute ma reconnaissance envers notre bon Père saint Joseph.
Je suis dans la vingt-huitième année, et depuis l'Age de quatorze ans j'étais sujette à une infirmité bien douloureuse : chaque année, du mois de février jusqu'en juin, mes jambes enflaient depuis les doigts des pieds jusqu'aux genoux, et se couvraient de tumeurs. Impossible de vous dire les souffrances qui résultaient pour moi de cette infirmité. Et cependant mes bons parents n'ont rien négligé pour me procurer des soulagements. Ils ont même fait venir un savant médecin dont j'ai suivi a la lettre le traitement, sans ressentir aucune amélioration dans mon état: le mal a continue son cours.
Trois ans après, ma triste situation s'est encore aggravée; trois ulcères sont venus s'ajouter à toutes mes misères, ce qui m'a obligée d'abandonner mou métier,
2f)8 JUILLET.
J'ai consulté de nouveau le docteur, et j'ai suivi exactement toutes ses prescriptions. Je me suis trouvée un peu mieux pendant quelques mois, mais bientôt le mal a repris son empire. Quelle triste position pour une petite ouvrière, de tant souffrir et d'être dans l'impossibilité de gagner sa vie 1...
Il y a environ sept ans, je consultai un habile pharmacien, qui, jugeant mon mal très-grave, n'a pas osé me prescrire des remèdes; il m'a demandé si j'avais vu le médecin dont il est question plus haut, si j'avais fait les remèdes indiqués; d'après ma réponse affirmative, il a ajouté que mon infirmité devait être bien grave, puisqu'elle avait résisté aux soins d'un si célèbre docteur. « Je vous conseille, a-t-il dit, d'aller à l'hôpital, où vous recevrez des soins intelligents. » Je dois vous avouer, mon révérend Père, qu'il m'en coûtait beaucoup de suivre ce conseil; je ne pouvais m'y résigner. Avant de m'y décider, je me remis entièrement entre les mains de saint Joseph. Pour l'intéresser en ma faveur, je faisais chaque année de mon mieux les exercices du mois qui lui est consacré, au pied d'un petit autel que je lui ai élevé dans ma chambre; de plus, je communiais tous les mercredis en son honneur. Pendant deux années, mes douleurs diminuèrent ; j'espérais être bientôt guérie. Cependant saint Joseph voulait éprouver ma foi, pour faire mieux éclater sa puissance et sa bonté. Mes souffrances étaient plus vives que jamais; les tumeurs avaient reparu, mes jambes étaient tellement raides, que je ne pouvais plus faire aucun mouvement. L'avantdernier jour du mois de mars, une de mes compagnes, me voyant réduite à cette ex! rémité, me dit : « Saint Joseph t'éprouve bien. » Je lui répondis : » Le mois qui lui est consacré n'est pas encore fini, je ne perds pas
confiance, i Je sentais, en effet, que mon espérance ne serait pas déçue. Ce n'était pas une illusion, car le lendemain 31 mars, pendant que j'étais à l'église pour la prière du soir, je me sentis tout à coup complètement guérie; plus de souffrances, plus de malaises, en un mot un bien-être indéfinissable. Dans les transports de ma joie et de ma reconnaissance, je me levai de ma place pour faire part de mon bonlieuràunede mes compagnes.
18 Saint Joseph avocat des causes désespérées.
Tout li; monde peut, se tromper; toutefois, quand il s'agit de la vie de quelqu'un, on doit redoubler de vigilance et d'attention, afin d'éviter un malheur irréparable. Hélas 1 l'esprit humain est sujet à tant de distractions, que l'on est exposé, avec la meilleure volonté, à commettre des erreurs dont les suites sont trèsfàchcuses, sans que l'on puisse y porter remède. Dans ces cas-là, il faut recourir à la prière, notre grand moyen de salut, dit saint Alphonse de Liguori. Le trait suivant en est une preuve.
i;..., le i) mars 1874.
La reconnaissance autanl qne ma promesse me fait un devoir de vous faire part d'une grâce obtenue par saint, Joseph à notre famille. Ayant dans la maison une petite pharmacie, nous avons reçu ces jours-ci une ordonnance dans laquelle entrait un narcotique trèsdangereux; par une erreur de chiffre, la personne chargée de la remplir a mis cent fois la dose indiquéey en sorte qu'une seule cuillerée de util produire un empoisonne'
ment Complet, Nous ne nous sommes aperçues de la
méprise que deux heures après, et la malade était à une distance d'une heure et demie; nous nous sommes rendues immédiatement chez elle, recommandant notre affaire au Sacré-Cœur de Jésus par l'intermédiaire de la sainte Vierge et de saint Joseph, et promettant d'écrire au Propagateur, s'ils empêchaient les funestes effets de cette erreur. Malgré l'angoisse qui déchirait nos cœurs, la prière soutenait l'espérance dans nos âmes, et jamais je n'ai mieux compris, mon révérend Père, combien sont malheureux ceux qui souffrent et ne savent, pas prier.
A notre arrivée, nous trouvons la malade avec tous les symptômes de l'empoisonnement : embarras de la langue, dilatation des pupilles, affaissement complet. Après quelques efforts inutiles, et voyant les progrès que le mal avait fait pendant le peu de temps que nous avons passé auprès d'elle, nous nous sommes retirées, persuadées qu'un miracle seul pouvait la sauver. Arrivées chez nous, nous avons allumé la lampe de saint Joseph, et nous nous sommes couchées, attendant le jour avec anxiété. Nous avions recommandé aux parents de la malade, qui ne se doutaient pas de la cause du mal, de nous donner de ses nouvelles de bon matin ; quelle ne fut pas notre joie et notre reconnaissance, quand on vint nous dire que la malade allait bien ; à minuit, tous les symptômes avaient disparu. Je n'essaierai pas de vous dire, mon révérend Père, quels furent nos sentiments ; il est des choses que l'on sent, mais qui ne peuvent s'exprimer suffisamment. Ce que je puis vous affirmer, c'est qu'on n'a jamais invoqué en vain l'Immaculée Marie, notre Mère bien-aimée, ainsi que son virginal époux, notre bon Père saint Joseph.
Agréez, etc.