Dévotion d'un saint homme de Tours à la sainte
Famille.
Le vénéré M. Dupont, si bien nommé l'apôtre de la sainte Face, avait une dévotion spéciale aux trois augustes personnes de la sainte Famille de Nazareth. Noua remplirions un volume, si nous voulions en rapporter ici lousles témoignages. Nous nous contenterons aajour- (l'hiii d'eu citer quelques traits, d'après son historiée M. l'abbé Janvier, doyen du chapitre de la cathédrale de Tours.
Au sacré Cœur de Jésus et au Cœur immaculé de Marie, il uuissait volontiers le Cœur de saint Joseph. Il aimait à recommander et à propager certaines prières latines et françaises en l'honneur de ce glorieux patriarche, a De plus, dit-il, répandons la petite pratique de joindre ensemble dans nos hommages les trois Cœurs de la Trinité de la terre! Eh quoi ! la dévotion au Sacré- Cœur étant à coup sûr comme une extension donnée au mystère de l'Incarnation, ne devons-nous pas, dans toutes les langues connues, dire en suppliant : Sacratissimum Cor Jesu, miserere nobis; Mariœ cor immacidatam, ora pro nobis; cor purissimum Joseph, ora pro nobis! »
Et nous trouvons dans une de ses lettres (2 novembre 1846) cette belle et pieuse invocation à saint Joseph, envoyée à une personne qui partageait ses sentiments pour ce grand saint : « Saint Joseph, chef de la sainte Famille, faites, par votre puissante intercession, qu'un jour dans le ciel, le saint nom de Jésus soit écrit sur nos fronts. Mais en attendant, Père tendre et miséricordieux, daignez nous conduire et nous diriger dans les embarras de ce monde comme vous avez conduit Jésus et Marie en Egypte, et comme vous leur avez donné des soins à Nazareth. Nous vous en prions par Marie et pour la gloire de Jésus, qui vit et règne dans l'unité du Saint- Esprit avec Dieu le Père, dans tous les siècles. Ainsi soit-il. »
Une des grâces qu'il demandait fréquemment à saint Joseph pour lui-même et pour d'autres, était celle d'une sainte mort. « Il est heureux d'apprendre, écrit-il (26 mars I856)à son ami d'Avrainville, que trois bonnes personnes agonisantes pour lesquelles on priait, sont mortes justement le jour de la fête de saint Joseph. » [Vie de M. Dupont, par le chanoine Janvier.)
10 — Un sanglier envoyé aux Petites Sœurs des pauvres.
La confiance de M. Dupont en saint, Joseph fat un jour récompensée d'une charmante façon. Voici le trait dans sa naïveté : « M. Dupont avait l'habitude, à certaines fêtes, au carnaval, par exemple, et au premier de l'an, de donner un petit souper solennel à ces bons vieux des Petites Sœurs des pauvres. Une de ces circonstances, toujours impatiemment attendue des vieillards, approchait. Cette fois, M. Dupont fut obligé de leur dire que les ressources lui manquaient absolument pour acheter les provisions extraordinaires qu'il leur offrait en pareil cas. Il les engagea à s'adresser à saint Joseph et à faire au bon saint protecteur des Petites Sœurs des pauvres, une neuvaine afin d'obtenir poules et dindons qui pussent servir au festin d'usage : « Demandons plutôt un sanglier, n s'écrièrent tout à coup plusieurs voix. — Pourquoi un sanglier? Cette demande parut étrange à M. Dupont. Comme les bons vieux y tenaient, il y consentit. Et chaque jour on fit à cette intention la neuvaine convenue. M. Dupont, en la taisant, priait avec sa ferveur et sa confiance habituelles ; mais il ne pouvait s'em pocher de rire et de plaisanter sur l'étrange idée qu'avaient les vieillards de demander un sanglier à saint Joseph. Or, l'avant-dernier jour de la neuv.iine, la veille de la fête, un commissionnaire du chemin de fer entre brusquement chez M. Dupont et l'avertit de faire ouvrir les grandes portes <le sa m. tison, parce qu'une voilure était là (gai lui apportait un sanglier ; et il lui remet en même temps une lettre. C'était un de
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ses amis de la campagne qui lui écrivait : « Moi qui ne suis qu'un médiocre chasseur, je ne sais pas par quelle bonne fortune j'ai tué un sanglier dans mes bois. Comme je suis seul à la campagne, ne pouvant manger tout seul ce sanglier, -j'ai pensé qu'il pouvait vous être utile pour vos pauvres; je vous l'adresse. » Bon accueil lui fut fait, on le pense bien. Et les vieillards des Petites Sœurs de se féliciter de leur pensée et de bénir mille et mille fois le bon saint Joseph, qui avait écouté leurs prières et satisfait leurs désirs. »
Ce trait si touchant est bien propre à nous donner une idée des plus consolantes de la condescendance de notre Père qui est dans les cieux. On comprend que le Seigneur intervienne pour manifester sa toute-puissance dans la résurrection d'un mort, et sa miséricorde infinie dans la couversion mille fois plus merveilleuse encore d'un pécheur endurci. Mais que le Très-Haut se prête en quelque sorte au caprice des pauvres vieux qui ne veulent pas se contenter pour célébrer la fête de saint Joseph de poules et de dindons, mais qui déclarent préférer un sanglier!... comme si on pouvait en trouver dans la première basse-cour venue ! voilà, nous l'avouons, qui dépasse toutes nos pensées.