‹ Année misericordieuse de saint JosephChapitre 213 sur 315 · La mort prévue · texte numérisé non relu

La mort prévue

« U y a environ cinq ans, dit le Père Jacquinot, j'assistai à la mort d'un pieux et fervent serviteur de saint Joseph, M. de la Bène, procureur du roi à Saintes.

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Les derniers moments de cet homme de bien furent accompagnés des plus heureuses et des plus édifiantes circonstances; je ne dirai rien dont je n'aie été le témoin oculaire.

» Ce sage et vertueux vieillard, dévoué à saint Joseph qu'il nommait son bon père, après avoir été retenu deux ans sur son lit par une cruelle maladie, sentant que ses forces diminuaient sensiblement et que sa fin approchait, lit appeler son confesseur. Celui-ci lui faisant remarquer que la fête de son bien-aimé Père n'était pas éloignée, lui disait d'espérer que, grâce à la puissante intercession de saint Joseph, Notre-Seigneur le conserverait encore à sa famille.

» Ah! mon Père! répondit le malade, je ne désire pas autre chose que la volonté de Dieul II y a déjà longtemps que je pense à cette belle fête et que je demande de mourir ou de guérir en ce jour. Voyant que je dois mourir, je vous supplie de me donner la communion pour la dernière fois à l'occasion du patronage de mon bon Père saint Joseph.

» Humainement parlant, il n'y avait guère, pour le pauvre malade, d'espérance d'être exaucé : le mal était si grave, et neuf jours encore devaient s'écouler jusqu'à la fête 1 Malgré tout, sa conlianec était si vive, qu'elle fut récompensée et qu'à la grande surprise des médecins, il vécut encore ces neuf jours, pendant lesquels il se prépara à bien mourir. Le jour de la fête de, saint Joseph, à deux heures du matin, il eut h" bonheur de communier, et sur les neuf heures, il entra dans une douce et courte agonie : puis il se reposa enfin dans le Seigneur, laissant édifiée et pénétrés de la plu- vive foi, tous ceux qui avaient assisté à sa mort. A peine eut-il expiré,

que plusieurs prêtres célébrèrent le saint saenluv selon

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ses intentions : de sorte que tous les désirs de ce fidèle serviteur de saint Joseph furent exaucés. »

30. — Belles paroles d'une sœur de Saint-Joseph sur son lit de mort.

Les sœurs de Saint-Joseph de la Congrégation de Lyon rendaient, il y a déjà quelque temps, leurs derniers devoirs à la mère Sainte-Emilienne de Jésus, maîtresse des novices, dont la vie édiûante a été couronnée par une sainte mort.

Cette sœur, originaire de Saint-Maurice sur Dargoire (Rhône) et née en 1815, était dans sa soixantième année, dont trente-neuf de profession religieuse. Après avoir été maîtresse-directrice au noviciat, elle fut successivement supérieure des maisons de Mèze et de Bedarieu dans l'Hérault et de la maison d'Ainay de Lyon. A la mort de la vénérée mère Sainte-Aglaé, elle fut appelée pour lui succéder dans l'importante charge de maîtresse des novices. Elle s'acquitta de ces fonctions à la satisfaction générale et elle a laissé de profonds regrets dans sa communauté. Sa foi était vive, son humeur enjouée et sa tournure d'esprit originale. Sa mort a été des plus édifiantes. Elle était heureuse de mourir. Comme les sœurs qui l'entouraient lui disaient qu'elles allaient faire une neuvaine à saint Joseph pour lui demander sa guérison : a Non, non. dit-elle, n'importunez pas saint Joseph, laissez -le tranquille, j'aime bien mieux mourir. »

Cette joie dans la mort, on l'a souvent remarqué, est un des privilèges des pieuses filles de saint Joseph; c'est une compensation que Dieu accorde à leurs sacrifices.

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Une autre parole de cette bonne mère nous parait aussi digne d'être rapportée. « Je n'ai jamais mieux compris que maintenant, disait-elle, ce texte des saints livres : Personne ne sait, s'il est digne d'amour ou de haine. Si nous nous savions dignes d'amour, nous ne pourrions pas rester sur la terre, tant nous aurions hâte de voir le bon Dieu, et d'autre part, si nous nous savions dignes de haine, la vie serait plus triste encore. IS'e vaut-il pas mieux ne rien savoir et se confier tranquillement en la miséricorde divine? » Voilà comme Dieu donne aux saintes âmes l'intelligence de sa parole et leur en fait savourer la vérité et la beauté.

31. — Extrait d'une lettre du R. P. N- Louis, directeur de l'Archiconfrérie de Saint -.Joseph , à Angers, au R. P. Huguet.

« Une jeune personne] d'une famille'distinguée avait perdu sa mère et gouvernait sa maison avec une rare sagesse; mais, pressée par le désir de se donner à Dieu, elle demandait ardemment au Ciel la grâce de pouvoir mettre son projet à exécution. Avant de s'ouvrir à son père, elle met celte affaire sous la protection de saint Joseph. Au premier mot qu'il entend, son père répond : € Je suis trop chrétien, mon enfant, pour m'oppose! aux desseins de Dieu sur toi ; mais, Le parti que tu veux prendre est assez grave pour que tu réfléchisses : tu attendra tes vingt et un ans pour l'exécution. » La jeune Bile obtient cependant de passer [quelque temps dans la maison qu'elle a choisir. Le séjour qu'elle y lait l'affermit

dans sa résolution, et, quand son père vient la chercher, elle se jette à ses pieds et lo conjure de lui permettre de

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rester. « Mon enfant, lui répond l'excellent homme, je ne veux point m'opposer à ton bonheur ; reste, si tu te crois appelée à la vie religieuse. » La supérieure est mandée ; elle apprend ce qui s'est passé. Mais, au lieu de donner son assentiment : « Monsieur, dit-elle au père, vous aviez résolu de garder votre fille jusqu'à ce qu'elle eût atteint ses vingt et un ans; je désire que ce plan soit exécuté. » Ces paroles sont un coup de foudre pour la jeune personne. Son père, voyant combien elle en est attristée, change de rôle ; il prie, il conjure la supérieure de donner son assentiment.

» — Non, Monsieur, le public a connu votre première détermination, il faut qu'il sache que c'est librement, sans aucune pression de notre part, que vous avez donné votre consentement.

» — Eh bien! Madame, j'emmène ma fille, puisque vous l'exigez, mais attendez-vous à nous revoir bientôt. »>

» Le lendemain, il ramène la jeune personne et ne la quitte qu'après lui avoir donné, avec sa bénédiction, les témoignages de la plus vive tendresse.

» Admise au noviciat, cette jeune fille, accoutumée à toutes les aises de la vie, se montrait heureuse au milieu des pratiques les plus humbles ; mais, hélas 1 que courte fut sa joie 1 Le monde n'avait rien négligé pour se l'attacher, il mit tout en œuvre pour ébranler sa résolution. De faux amis l'ont juré, ils sauront la soustraire à un genre de vie qui n'est en rapport ni avec sa naissance ni avec sa position. Pendant plusieurs semaines, les assauts les plus violents lui sont livrés. Ils ne servent qu'à faire briller son courage et la solidité de sa vocation. Un dernier effort est tenté ; cette fois, ni les reproches, ni les outrages ne lui sont épargnés ; mais, cette enfant timide se dressant tout à coup : o C'est entre Dieu, mou père et

ma conscience, répond-elle, que L'affaire de ma vocation a été traitée ; j'ai fait mon devoir, je demande que ma détermination soit respectée et qu'à l'avenir vous me dispensiez de semblables visites. » Cela dit, elle se retire. Sa foi a triompbé, mais son corps faiblit. Elle tombe malade, ses jours sont en danger. Elle recourt à saint Joseph et, bientôt rétablie, elle reprend la vie ordinaire et se prodigue aux pauvres et à sa communauté avec tout le dévouement de son cœur généreux. »

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