Du soin spirituel pour les serviteurs
« Celui qui néglige ses domotiques, dit l'Apôtre s;iint Paul, est pire qu'un infidèle. » C'est pour éviter un reproche si grave, que notre correspondant n'a rien négligé pour amener un de ses serviteurs à remplir ses devoirs de chrétien. Voici sa lettre.
Depuis 1867, époque de son mariage, notre jardinier ne s'était pas approché des sacrements de l'Eglise. Aller à la messe le dimanche, quelques prières peut-être, voilà à quoi se bornaient ses exercices religieux. Nous avions obtenu, il y a quelques années, qu'il ne travaillât plus le saint jour du dimanche ; c'était tout. N'habitant la campagne que l'été, ma mère ne pouvait lui parler à temps du devoir pascal. L'année dernière cependant, elle lui en parla, mais vainement. Quand on abordait la question des piques, il répondait formellement qu'il ne les ferait pas.
Cette année, ma pieuse mère me dit de bien prier pour lui pendant le mois de saint Joseph. Connaissant la grande puissance de ce Saint, je lui assurai que si elle s'adressait à lui avec confiance, elle réussirait à persuader notre jardinier qui, par une heureuse providence, porte le nom de Joseph. Quant à moi, je promis au chaste époux de Marie de faire connaître cette grâce, si je l'obtenais.
Le temps pascal commence; ma bonne mère 56 met à l'œuvre, mais en vain ; à chaque demande, an refus.
Enfin, les vacances de Pâques arrivèrent, et je retournai au sein de ma famille, certain d'obtenir la guérison spirituelle de cette pauvre âme, qui refusait de recourir
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au Médecin des âmes et de se nourrir du Pain de vie.
Le lundi de Qaasimodo était, dans notre petit village de B..., double fête : la clôture des exercices publics d'une mission, et le jour de l'Annonciation de la sainte Vierge, jour d'un pèlerinage très-renommé dans la contrée , à cause des guérisons obtenues en faveur d'enfants en bas âge. C'était une occasion bien trouvée : en vain ma mère s'efforça-t-elle de décider notre jardinier, a J'ai encore le temps; le temps pascal n'est pas fini, » répéta-t-il, car telle était sa réponse depuis trois semaines. Tout semblait perdu. Le triomphe de saint Joseph n'en devait être que plus éclatant.
Je renouvelai alors ma promesse à saint Joseph. Vers le soir, enfin, — c'était le mercredi de Qaasimodo, — je m'approchai de lui en tremblant, car c'était la première fois de ma vie que j'allais parler pour la gloire de Dieu. Je me recommandai du fond du cœur au Patron de ma jeunesse. En entamant la conversation , je n'obtins qu'une légère espérance ; c'en était assez. Je parvins à lui faire accepter une médaille des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie (car je n'en avais pas de saint Joseph). Le surlendemain je le revis ; saint Joseph m'avait exaucé ; après quelques paroles, il me promit de faire ses pâques. Le deuxième dimanche après Pâques, notre jardinier se confessa et communia dévotement.
Voilà ce que peut saint Joseph, quand il est invoqué avec confiance.
17 — Dévotion du bienheureux Benoit-Joseph Labrf
Benoît-Joseph Labre, dont les vertus viennent de recevoir un si éclatant témoignage dans toute l'Eglise, se reconnaissait grandement redevable à saint Joseph, dont il visitait les sanctuaires avec une piété singulière. Il renfermait, dit l'auteur de sa vie, dans ses prédilections, tous les Saints qui eurent avec Marie quelque rapport ou une dévotion marquée pour elle. Le premier rang était incontestablement dû à l'Epoux de Marie, dont il portait le nom et que l'Eglise lui avait donné pour avocat : comment honorer l'Epouse sans honorer le gardien de sa virginité, qui lui était si étroitement uni? D'ailleurs Jésus n'a-t-il pas appelé saint Joseph son père? et en nous adoptant pour frères, ne nous a-t-il pas introduits dans la filiation de ce Patriarches? Je compris, ditGabrini, sa dévotion pour saint Joseph, à la manière dont il me répondait qu'il avait communié le jour de la fête de, ce saint. — Le nom de Joseph n'était que le deuxième de ses noms, suivant la pieuse coutume des pays véritablement religieux, où les enfants ont toujours parmi leurs noms de baptême ceux de Joseph ou do Marie. Il voulut le joindre au premier, pour se rappeler au souvenir de celui qu'il regardait comme son plus ferme appui auprès de Dieu.