Charité récompensée
Le lundi de cette semaine, 27 septembre, me rendant à la gare du chemin de fer d'Avignon, après une journée passée à la campagne, je m'aperçus tout à coup que j'avais perdu mon portefeuille. Saisi d'une subite terreur, je me fouillai de toutes les manières et à plusieurs reprises, pour m'assurer que réellement avait dispara de ma poche la plus profonde, la plus intérieure, ce portefeuille accidentellement rempli de valeurs considérables (3,288 francs) et de papiers très-importants. Après un instant de réflexion, dont Dieu seul .a pu mesurer la suprême angoisse, je m'adresse à saint Joseph et à la Sainte-Famille. Je leur dis en toute simplicité : « Faitesmoi retrouver mon portefeuille. « Je me recueillis en priant saint Joseph de me venir en aide. Troublé, mais non désespéré, je restai là immobile. La nuit était close. Impossible de reprendre pour ce soir le chemin que je venais de parcourir... Au même instant, je vis venir à moi, à travers les nombreux visiteurs qui s'agitaient dans la salle d'attente, une personne bien connue, une figure amie, le jeune homme qui m'avait conduit à la ville. Mon cœur ému comprit que saint Joseph m'avait exaucé et que la Sainte-Famille avait en pitié de moi. Avec an sourire d'ange, ce jeune homme me montra le portefeuille égaré qu'il avait, par bonheur et par une protection divine, retrouvé sous ses pieds, dans le véhicula champêtre qui nous avait portés, et d'où il aurait pu, la nuit venue, tomber facilement sur le chemin publie, La parole me manquait pour le remercier; mon regard et mes profondes émulions lui en disaient assex. Ses jreui
se remplirent de larmes, et c'est ainsi que l'oncle et le neveu rendirent grâces à Dieu d'une faveur dont mon cœur reconnaissant ne perdra jamais le souvenir.
Pour l'amour et la gloire de la Sainte-Famille, et pour propager une pieuse pratique en son honneur, je vous dirai, mon très-révérend Père» à quoi je crois devoir attribuer une aussi prompte et aussi bienveillante assistance.
Dans tous mes voyages, j'éprouve le besoin de donner une aumône au premier pauvre que je rencontre, pour obtenir de Dieu une particulière bénédiction, et je ressens une profonde satisfaction à la faire au nom de la Sainte-Famille. Quand ce pauvre est un enfant, je lui donne au nom de l'Enfant-Jésus; si c'est une femme, je lui donne au nom de la sainte Vierge ; c'est au nom de saint Joseph, quand c'est un homme, surtout un vieillard. Mais le comble de ma joie, c'est quand, dans le cours de mon voyage, principalement au début, j'ai pu séparément faire l'aumône au nom et en l'honneur des trois personnes qui composent la Sainte-Famille.
Or, le 24 septembre, j'avais eu le bonheur, dès mon arrivée à une ville voisine, de déposer une modeste aumône dans les mains amaigries de trois vieilles femmes, dans l'intention formelle d'honorer la Sainte- Famille, Jésus, Marie, Joseph. Oh! que bien généreusement la Sainte-Famille me l'a rendu, le soir de cette même journée, en me faisant si promptement et si providentiellement retrouver ce que j'avais perdu. Je n'en doute nullement, c'est à elle que je dois, comme récompense d'une triple aumône faite en son nom, le bienfait que je me fais un devoir de signaler à la piété et à la reconnaissance de toute âme dévouée à saint Joseph et à la Sainte-Famille.
B..., prêtre.
SEPTEMBB ;-,!