‹ Année misericordieuse de saint JosephChapitre 270 sur 315 · Une grâce obtenue · texte numérisé non relu

Une grâce obtenue

Un honorable ecclésiastique de notre ville nous remet le récit suivant :

t Dans une communauté de Toulouse, une fervente religieuse, — elle n'est pas, certes, une exception dans cette famille, — s'agenouillait, chaque jour, depuis le commencement de la guerre, devant la statue de saint Joseph et lui adressait, avec une confiance sereine, une confiance qui se sentait sûre d'elle-même, les meilleures prières de son âme en faveur d'un militaire qui était aux avant-postes de l'armée et qui allait inévitablement présenter un des premiers sa poitrine au feu de l'ennemi.

» Les premiers combats qui furent, on le sait, de glorieuses défaites pour la France, jetèrent en effet 1'olficicr recommandé au milieu de ce déluge de projectiles meurtriers que l'ennemi, très-supérieur par le nombre, vomissait sur nos intrépides bataillons. Qu'advint-il de lui dans cet immense péril?

» Les parents étaient dans des transes mortelles.

» On attendait. On attendait encore, avec une anxiété croissante, que son sort fut connu; mais un silence profond et Lugubre, qui semblait couvrir une catastrophe, succéda tout à coup aux fréquentes lettres que son tendre souvenir avait jusque-là régulièrement dépêchées à sa famille.

» La bonne religieuse partageait L'inquiétude générale; toutefois, elle ne se sentait pas ébranlée dao espoir obstiné.

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j | j NOVEMBRE.

» On dévora encore quelques jours d'angoisses, lorsqu'enfin une parole brève et sinistre comme un arrêt, s'échappa des bureaux officiels : il n'y avait plus rien à attendre, le combattant avait été tué.

t Qui fut, à cette nouvelle, amèrement affligé? la religieuse, sans doute. Elle pleura avec tout le monde et puis elle revint à son Protecteur, qui semblait s'être montré infidèle cette fois.

» 0 vous, disait-elle, qui aviez connu et partagé les alarmes d'une mère ayant durant trois jours perdu son fils, il ne me semble pas possible que votre oreille reste sourde aux sanglots d'une autre mère que la douleur va peut-être conduire au tombeau. Que m'importe que la cause paraisse maintenant désespérée et perdue î je sais que ce sont celles-là précisément que vous affectionnez le plus et dont vous vous faites souvent l'avocat victorieux. J'espère donc toujours en vous, même contre tout défi d'espérance 1

» Le deuil était dans tous les cœurs, il s'étalait déjà sur les vêtements, lorsque le messager de la poste se présenta le lendemain au matin, déposant une lettre que personne n'attendait plus, — la religieuse exceptée. — O délire de bonheur ! l'officier n'était pas mort ; c'était lui, c'était bien sa main qui avait tracé ces lignes qu'on effaçait à force de baisers et de larmes.

» Que s'était-il donc passé? Le voici, et nous qui ne sommes qu'historien fidèle, nous laissons à chacun le soin dapprécier la fécondité inépuisable des ressources divines, qui obtiennent toujours leur fin d'une manière aussi sure que merveilleuse.

» Après avoir eu ses deux chevaux tués, le cher combattant était resté lui-même étendu sur le champ de bataille percé de deux balles, et dans la retraite préci-

pitée des troupes françaises, il y avait été laissé pour mort. Le lendemain, sans doute, ear le combat n'avait eesssé qu'au déclin du jour, un curé du voisinage, — oh! que celui qui écrit ces lignes voudrait connaître cet envoyé de la Providence! — se rendit, en bon pasteur, sur le champ du carnage, dans l'espérance de sauver peut-être encore quelqu'un de la mort parmi ces morts. Il aperçoit l'officier tout ensanglanté, mais respirant encore. Il ne passa pas outre, comme le prêtre de la synagogue dont il est parlé dans l'Evangile; mais en vaillant ministre de la religion, il prend le noble blessé dans ses robustes bras et le porte dans sa demeure, où il ne cesse de verser sur ses plaies l'huile et le baume de son dévouement. Voilà ce que l'on venait d'apprendre, et l'on recevait de plus l'assurance que les blessures, quoique graves , étaient de leur nature facilement guérissables.

» A cette nouvelle , la religieuse , moins surprise qu'abimée dans l'adoration, retourna avec empressement aux pieds de son Saint préféré, y versa encore d'abondantes larmes, mais des larmes que l'admiration et la reconnaissance faisaient couler. » [Semaine religieuse de Toulouse.)

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