XII. — Serpuliens
Potamilla antarctica nov. sp. | Spirorbis Perrieri Caullery et Mesnil. Serpula vermicularis L. Helicosiphon nov.g.biscoeensisnov.sp. Dans un mémoire de haute importance paru en 1901, Ehlers (1) a décrit les Polychètes récoltés par Michaelsen (1892-1893), par l'Expédition suédoise Nordenskjüld (1895, 1897), dans la région de Magellan, et par Plale dans la même contrée, ainsi que sur les côtes du Chili et à l’île Juan Fernandez. Utilisant les travaux de ses devanciers, notamment ceux de Grube, de Schmarda, de Kinberg et de Mac Intosh, il a fait inventaire complet des espèces d’Annélides Polychètes actuellement connues
(1) E. Euens, Die Polychæten des magellanischen und chilenischen Strandes (Ein faunisticher Versuch, Berlin, 1901, 232 p., 25 PL.).
ANNÉLIDES POLYCHÈTES. 3 sur le littoral de l'Amérique du Sud. Cet auteur prend le canal Smith, situé au voisinage immédiat du 48° degré de latitude sud, comme limite entre la côte chilienne et la terre de Magellan (1); celleci comprend, à l’ouest, toute la côte jusqu’au cap Horn, avec les très nombreuses îles dontelle est bordée, et, à l’est, toute la côte patagonique jusqu'à Puerto-Madryn exclusivement. Dans la région magellanique ainsi comprise, Ehlers signale 136 espèces appartenant à 84 genres rangés dans 23 familles. Les données et les considérations qui précèdent suscitent plusieurs observations.
I. Dans la région magellanique, telle que la définit Ehlers, le nombre des genres (84) est environ les 60 p. 100 de celui des espèces (136) ; cette proportion considérable de genres s'accuse davantage dans la collection de l’Antarctique de l'Expédition française, car elle s'élève à 90 p. 100 environ, 32 genres pour 36 espèces. Dans l’état actuel de nos connaissances, tout se passe comme si les divers genres de Polychètes se trouvaient réduits, à mesure qu’on descend vers le sud, à un très petit nombre de formes plus robustes ou plus plastiques, qui se seraient adaptées aux conditions spéciales de l’existence dans les eaux froides de l'Antarctique.
IT. Onze des familles de Polychètes, vivant sur les côtes de la pointe sud de l'Amérique, n’ont aucun représentant dans la collection de l’expédition antarctique française. Ce sont les Nephthydiens, les Glycériens, les Spionidiens, les Ariciens, les Ophéliens, les Arénicoliens, les Scalibregmiens, les Chétoptériens, les Capitelliens, les Sabellariens et les Ampbhicténiens. Il est probable que de nouvelles recherches viendront combler une partie de ces lacunes ; certaines de ces familles, comme les
(4) Parmi les naturalistes qui ont essayé de préciser les contours de la région antlarclique, les uns ont choisi une limite purement géodésique : Dollo (Résultats du Voyage du « S. Y. Belgica » en 4897-1898-1899, sous le commandement de A. de Gerlache de Gomery, Zoologie, Poissons, 1904), par exemple, a proposé dans ce but le Cercle polaire antarcetique; les autres ont adopté des parallèles correspondant à certains isothermes : ainsi Lünnberg (The Fishes of the Swedish South Polar Expedition, swedischen südpolar Expedition 4901-1903, unter Leitung von D° Otto Nordenksjôld, Bd. V, Lief. 6, 1905) s'est arrêté à une limite voisine du 61° degré de latitude sud, qui coïncide avec la ligne isotherme de 0° C. Quant aux divisions de la région antarctique en sousrégions, qu'elles aient pour base des parallèles liées à certains isothermes, ou des méridiens (0, 90°, 480°), elles sont tout aussi arbitraires que les précédentes et n'ont aucun intérêt pour le sujet traité ici.
Glycériens, par exemple, comptent un assez grand nombre d'espèces dans la terre de Magellan.
En revanche, les Hésioniens, qui n’ont jamais été trouvés jusqu'ici sur le littoral de l'extrémité sud de l'Amérique, figurent parmi les formes vivant dans Antarctique ; un type nouveau de cette famille, appartenant au genre Orseis, qui ne compte qu'une seule espèce, découverte dans l’Adriatique par Ehlers, a été dragué au Port Charcot, à une profondeur de 40 mètres.
En dehors du genre nouveau de Serpulien //elicosiphqn, six autres genres de la collection rapportée par l'Expédition antarctique française n'ont aucun représentant actuellement connu sur les côtes magellanique et chilienne; ce sont les genres : Pionosyllis Malmgren, parmi les Syllidiens; Rhodine Malmgren, Leiochone Grube et Petaloproctus de Quatrefages, parmi les Maldaniens; Lysilla Malmgren, parmi les Térébelliens, et Potamilla Malmgren, parmi les Serpuliens (Sabellides).
III. Les diverses familles d’Annélides Polychètes sont fort inégalement représentées dans la collection rassemblée par le D' Turquet. Les deux groupes prédominants sont les Syllidiens avec 7 genres et 9 espèces et les Térébelliens avec 6 genres et 6 espèces. Il n’est pas sans intérêt de remarquer que la même particularité se retrouve dans la faune magellanique. Ehlers mentionne l'existence, sur les côtes de Magellan, de 18 espèces de Syllidiens etde 15 de Térébelliens. Par contre, les Euniciens, les Aphroditiens et les Néréidiens, si riches en formes variées dans l’Amérique du Sud, sont réduits à une ou deux espèces dans la collection rapportée par l'Expédition du D° Charcot.
On a fait observer, pour divers groupes d'animaux, que certaines formes atteignent des tailles exceptionnelles dans la région antarctique, et aussi que le nombre considérable des individus y contraste avec celui des espèces. Ni l’une ni l’autre de ces remarques ne paraissent s'appliquer aux Annélides Polychètes. D'une part, aucune des espèces étudiées dans ce mémoire ne présente de dimensions inusitées ; d'autre part, la plupart des espèces ne sont représentées que par un très petit nombre d'exemplaires.
IV. Parmi les espèces antérieurement connues et recueillies par
l'Expédition française, les suivantes habitent aussi la région magella-
nique, la Géorgie du sud située à la même latitude, et les îles Malouines où Falkland, un peu plus septentrionales que la précédente :
Antolytus gibber Ehlers.
Grubea rhopalophora Ehlers.
Syllis brachycola Ehlers.
Eulalia subulifera Ehlers.
Lumbriconereis magalhaensis Kinberg.
Harmathoe spinosa Kinberg.
Euphrosyne notialis Ehlers.
Ampharete patagonica Kinberg.
Spirorbis Perrieri Caullery et Mesnil.
V. Trois espèces antarctiques existent également aux Kerguelen et aux îles Marion, situées à une latitude un peu plus septentrionale que
celles-ci ; ce sont :
Eusyllis kerguelensis Mac Intosh.
Nereis kerguelensis Mac Intosh.
Thelepus spectabilis Verrill.
Les îles Kerguelen et Marion sont d’ailleurs considérées par beaucoup d'auteurs comme faisant partie de la région subantarctique.
VI. Un Néréidien antarctique, le Platynereis kerquelensis Kinberg, s'étend beaucoup plus loin dans l'hémisphère sud, car on le connaît à la terre de Magellan, sur les côtes du Chili, du Pérou, de la Colombie et de l’autre côté, dans l'Atlantique, jusqu’à Fernando Noronha.
VII. Parmi les Aphroditiens antarctiques, une espèce, l'Æarmothoe hirsula Johnson, vit sur les côtes américaines, dans les deux hémisphères, puisqu'elle existe dans la région magellanique et qu’elle a été découverte sur les côtes de Californie.
VIIL. Quelques espèces peuvent être considérées comme cosmopolites : telles sont, en particulier, la Pista cristata O.-F. Müller, qui vit dans l’Antarctique, sur les côtes de Magellan, dans l'Atlantique nord et dans la Méditerranée; la Serpula vermicularis L., qui a été recueillie dans les contrées antarctique et magellanique, aux îles Kerguelen et Marion, dans l’Océan Atlantique, dans les mers du Nord et dans la Méditerranée.
IX. Certaines espèces propres à la région antarctique ont des affinités très marquées pour des espèces purement boréales. Ainsi, par exemple, l'£teone Rey nov. sp. ressemble beaucoup à l’Eteone Lilljeborgi
Malmgren, des mers septentrionales ; de même, ainsi qu'Ehlers l’a fait justement remarquer, le Polynoe (Enipo) antarctica Kinberg présente des similitudes frappantes avec le Polynoe (Enipo) Kinbergi Malmgren, des mers du nord de l’Europe. Le même auteur a signalé l’analogie des faunes d'Annélides Polychètes des pointes de la côte sud de l'Amérique et des contrées arctiques, qui ne possèdent pas moins de 21 espèces communes, dont un certain nombre peuvent être regardées comme des formes littorales « bipolaires ».
Si on met à part les espèces répandues sur de plus ou moins vastes étendues du globe terrestre, et celles qui sont nouvelles, dont on ignore la distribution géographique, on voit qu'en somme la faune annélidienne de la région antarctique est en relation étroite avec celle de l'Amérique du Sud, dont certaines formes peuvent vivre dans des eaux à température très basse.
FAMILLE DES SFLLIDIENS Grube.
Dans la collection rapportée par l'Expédition antarelique française, la famille des Syllidiens tient une place très importante, puisqu'elle ne compte pas moins de 9 espèces, c’est-à-dire le quart du nombre total. Les quatre tribus : Exogonés, Eusyllidés, Syllidés et Antolytés, en lesquelles Malaquin (1) a divisé cette famille, s'y trouvent représentées ; mais la mieux partagée est incontestablement la première, dont les trois genres Exogone Œrsted, Sphærosyllis Claparède et Grubea de Quatrefages, ont actuellement chacun une espèce connue dans la région antarctique. A ces 9 espèces, correspondent 7 genres et peut-être 8, car il a été impossible de déterminer génériquement la forme épigame de Syllidé qui est décrite plus loin. Deux de ces espèces, l'£usyllis kerquelensis Mac Intosh et l'Awtolytus gibber Ehlers, ont une aire de dispersion très grande dans l'hémisphère austral; deux autres sont connues dans la région
magellanique; les autres, enfin, sont nouvelles.
(4) A. MaraquiN, Recherches sur les Syllidiens (Mém. de la Soc. des Sciences et Arts de Lille, 4893, 4717 p., 14 PL.)
Genre AUTOLYTUS Grube.
Autolytus Charcoti nov. sp. (1).
(PL. 1, fig. 1-2.)
Deux exemplaires de cette espèce ont été dragués dans le Port Charcot, à une profondeur de 40 mètres. Le seul qui soit entier a les dimensions suivantes : longueur, 6"",45; largeur (maxima dans la région moyenne du corps), 0°*,65 pour le corps seul, 0”*,85 y compris les parapodes ; le nombre des segments sétigères est de 55. La face dorsale est ornée de bandes pigmentées transversales, surtout marquées dans la seconde moitié du corps.
Le prostomium (PI. I, fig. 1) est plus large que long, un peu rétréci en arrière, à bords antérieur et postérieur convexes. Les trois antennes, presque cylindriques, s’effilant un peu dans la partie terminale, sont fort longues; la médiane, plus longue d’un tiers environ que les latérales, s'insère au centre du prostomium; les deux autres se fixent sur le bord antérieur de ce dernier. Les palpes, très réduits, sont invisibles dorsalement.
Des quatre yeux, dont la lentille est à peine discernable, les antérieurs sont un peu plus grands et plus éloignés du plan de symétrie que les postérieurs.
Les deux ailerons occipitaux s’écartent graduellement l’un de l’autre d'avant en arrière et s'étendent jusqu'au troisième sétigère.
Les cirres tentaculaires sont insérés plus bas que les cirres dorsaux des segments suivants ; les dorsaux, beaucoup plus longs que les ventraux, sont un peu plus courts que les antennes latérales.
Les cirres dorsaux du second segment ou premier sétigère ont une longueur comparable à celle de l'antenne médiane; ceux des autres sétigères sont beaucoup plus courts ; ils diminuent un peu et graduellement d’avant en arrière.
Les mamelons sétigères forment de chaque côté des saillies épaisses
à profil arrondi ; chacun d’eux est soutenu par deux acicules contigus.
(1) Dédiée à M. le D' Jean Charcot, chef de la Mission antarctique française.
Le cirre ventral manque comme chez les Awolytés en général (PI. I, Les soies sont de deux sortes : 1° la plupart d’entre elles, au nombre d'une dizaine par mamelon, sont composées (fig. 1, p. 8); la hampe, assez épaisse, plus ou moins recourbée, est renflée à sa partie supérieure, couverte de fortes stries qui correspondent à autant de denticules au sommet; l’article terminal est une serpe prolongée par une pointe fine et recourbée; une dent ; 41} médiane très forte s’incurve vers la hampe; 2° à la \ partie supérieure du faisceau est une soie simple (fig. 2, p. 8), droite, légèrement infléchie au
sommet, extrêmement fine.
Les cirres anaux sont cylindriques, relativement longs ; leurs dimensions sont supérieures à celles
des cirres dorsaux des segments postérieurs du
À Corps.
$ La trompe n’est pas visible par transparence ; pour l’étudier, il eût fallu sacrifier l’un des deux
1 J seuls exemplaires de cette espèce.
Res Cette forme antarctique (Autolytus Charcoti nov.
sp.) se rapproche, à certains égards, de l'Aufolytus simplex Ehlers (1); elle en diffère surtout par la longueur beaucoup plus grande des antennes, des cirres tentaculaires et des cirres dorsaux du premier sétigère. Cette disproportion entre les appendices du prostomium, des deux premiers segments et les cirres dorsaux des autres segments se retrouve chez d’autres espèces d'Aulolylus, notamment chez l'Autolytus ornatus Marion et Bobretzky (2), de nos côtes françaises de la Manche et de la Méditerranée. Ehlers ne parle, au sujet de l'Awlolytus simplex, ni d'épaulettes ciliées ni de soies aciculaires fines situées à la partie supérieure de chaque mamelon.
(4) E. Earers, Die Polychæten des magellanischen und chilenischen Slrandes (Ein faunistischer Versuch, Berlin, Weidmannsche Buchhandlung, 1901, p.97, Taf. X, fig. 5-8).
(2) A.-F, Marion et N. Bounerzky, Élude des Annélides du Golfe de Marseille (Ann. des Se. nat., Zool., 6° série, t. Il, 1875, p. 44, PI. V, fig. 44, 14 À, 5, C, D).
Autolytus gibber Ehlers.