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II. — FAMILLE DES PHYFLLODOCIENS Grube

Genre PHYLLODOCE Grube (char. emend.).

Phyllodoce polyphylila Ehlers.

(PNR Not)

E. Ehlers, Polychæten der hamburger magalhaensischen Sammelreise, Hamburg, 1897, p. 26, Taf. I, fig. 14-19.

Devant Port Lockroy, dansle chenal de Roosen (latitude : 64°49°33",5sud : longitude: 65° 4918" ouest), un dragage à 70 mètres de profondeur, sur un fond de vase et de cailloux, a ramené, entre autres choses, un exemplaire de Phyllodoce polyphylla Khlers, en un état passable de conservation. La longueur de ce Phyllodocien est de 30 millimètres; sa plus grande largeur ne dépasse pas 2°°,5; le nombre de ses segments sétigères est de 75.

Par l’ensemble de ses caractères, surtout par l'aspect général, par la forme des appendices du prostomium et par les soies, le Phyllodocien de Port Lockroy s’identifie nettement avec le Phyllodoce polyphylla Eblers. Une observalion attentive m'a conduit aux résultats suivants, dont quelques-uns s'écartent un peu des données fournies par Ehlers.

Ce Phyllodocien est d'un beau rouge violacé uniforme, légèrement plus foncé sur le dos que sur le ventre. Les cirres dorsaux, de teinte brune, plus sombre, avec des taches très foncées, presque: noires sur l'animal conservé, se recouvrent mutuellement d'un segment à l’autre et laissent à nu une assez large bande dorsale. L’unique exemplaire qu'Eblers à eu entre les mains avait 11 millimètres de longueur, ? millimètres dans sa plus grande largeur et cinquante-trois segments. Il était d’un jaune brun.

En ce qui concerne le prostomium et ses appendices, je retrouve bien les caractères indiqués par Ehlers, sauf cependant que, dans l'exemplaire

de l’expédition française, la paire d'antennes la plus développée des

deux, et de beaucoup, est celle qui est insérée dorsalement (PI. I, fig. 9). Les yeux sont munis chacun d’une lentille très apparente. Je dois signaler une différence importante vis-à-vis des observations d'Ehlers, relativement à l'insertion des cirres tentaculaires. La plupart de ceux-ci étaient tombés, mais leurs articles basilaires, très développés, restés en place, m'ont permis d'étudier facilement leur insertion. Sur le premier segment, très court sur la face dorsale et qui s’avance beaucoup sur la face ventrale, s'attache latéralement, de chaque côté du prostomium, le premier cirre tentaculaire. Sur le deuxième segment s’insèrent la deuxième et la troisième paires de cirres tentaculaires. L'article basilaire du cirre ventral porte un petit mamelon sétigère rudimentaire armé de deux courtes soies. Sur le troisième segment se fixe, un peu extérieurement au cirre dorsal du segment précédent, la quatrième paire de cirres tentaculaires dorsaux, au-dessous desquels se voient des mamelons sétigères tout semblables à ceux des segments suivants. En somme, les insertions des cirres tentaculaires se font ici suivant le mode le plus fréquemment réalisé chez les Phyllodociens.

Dans le parapode (PI. I, fig. 10), le cirre dorsal porté sur un long article basilaire est cordiforme, de teinte brun foncé. Il présente des bandes très sombres, presque noires, dans la partie externe et basilaire surtout; sur le bord, on voit aussi des bandes sombres rayonnantes. Le mamelon sétigère, nettement bilabié, est muni d'un éventail de soies (au nombre de vingt-trois au vingt-cinquième sétigère), à hampe renflée au sommet, à arête courte, incurvée, eflilée à l'extrémité libre (PL I, fig. 11).

La trompe était invaginée dans l’exemplaire de Port Lockroy. Quand elle est extroversée, elle doit être fort longue, parce qu’elle est repliée un certain nombre de fois sur elle-même à l’état de rétraction. La surface de la gaine est couverte intérieurement de courtes papilles assez drues.

L’exemplaire décrit par Ehlers provenait de la Géorgie du Sud.

J. Percy Moore (1) pense que le Phyllodoce polyphylla Khlers est

(4) J. Percy Moore, The Polychætous Annelids dredged by the U. S. S. « Albatross » on the

Coast of southern California. 1 Syllidæ, Sphærodoridæ, Hesionidæ and Phyllodocidæ (Proceed. of the Acad. of natural Sciences of Philadelphia, June 1909, p. 339).

très voisin du Phyllodoce (Carobia) castanea Marenzeller, trouvé d’abord au Japon et dragué plus tard par l « Albatross », à 10 brasses de profondeur, à Monterey Bay, bien qu'Ehlers n’ait pas figuré le lobe sétigère du second segment; ce mamelon, avec ses deux soies, est bien visible sur le

spécimen apporté par la seconde expédition antarelique française.

Genre £EULALTA Œrsted.

Eulalia (Pterocirrus) magalhaensis Kinberg.

(PI. I, fig. 12 et 13.) J.-G.-H. Kinberg, Annulata nova, Ofv. af Kong. Velensk.-Akad. Fürhandl., 1863, p. 241. E. Ehlers, Polychæten der hamburger magalhaensischen Sammelreise, Hamburg, — 1897, p. 28.

— Die Polychæten des magellanischen und chilenischen Strandes. Ein faunistischer Versuch, Berlin, 1901, p. 73, Taf. VIIT, fig. 1-8. Ch. Gravier, Annélides Polychètes, Expédilion anlarclique française, 1906, p. 25.

Un très grand nombre d'exemplaires de cette espèce ont été recueillis à diverses reprises par M. le D°J. Liouville, en différents points de Petermann, durant le long séjour qu'y fit la seconde expédition antarctique française ; quelques autres ont été dragués à Port Circoncision à 6 mètres de profondeur. J’en ai trouvé moi-même une dizaine d’exemplaires sur la pierre couverte de Bryozoaires et de Spirorbes où J'ai pris également le Parautolytus fasciatus Ehlers et l'£teone Gaini Gravier décrit plus loin.

La plupart de ces exemplaires sont jeunes; quelques-uns même n'ont que 3 à # millimètres de longueur ; aucun n’atteignait les grandes dimensions indiquées par Eblers, qui a observé un individu de 195 millimètres de longueur, avec 332 segments.

M. le D'Liouville a noté, pour quelques-uns des individus qu'il a vus vivants, une coloration d’un marron verdâtre.

Les soies (PI. TI, fig. 12) ont une hampe renflée au niveau de l’articulation, avec quelques pointes recourbées au sommet, La serpe, terminée en une pointe eflilée, porte des cils rigides sur son bord concave.

Les papilles de la trompe (PI 1, fig. 13) ont une forme allongée et crêle.

L'Eulalia magalhaensis est maintenant connu aux points suivants :

Smyth Channel, Long-Island ; Punta-Arenas, détroit de Magellan ; ile Picton, Banner Cove ; Valparaiso; baie Biscoe (île Anvers); et enfin à

Petermann et à Port Circoncision.

Eulalia Charcoti Gravier.

(PISTE NPI TT fe 7-18:)

Ch. Gravier, Sur les espèces nouvelles de Polychètes provenant de la seconde expédition antarctique française (1908-1910), Bull. du Muséum d'Hist. Nat., t. XVII, IGN Go lite

Au milieu de la baie de l'Amirauté (île du Roi George, Shetlands du Sud, latitude : 62°12° sud; longitude : 60°55" ouest), un dragage à 420 mètres de profondeur, dans un fond de vase et de cailloux, a ramené trois exemplaires de cet £ulalia. La température de l’eau au fond était + 00,3.

D’après les notes de M. le D' J. Liouville, ce Phyllodocien est d’un beau vert émeraude, à reflets bleus. Des trois exemplaires, le plus grand

Im

mesure 10°”,5 de longueur, 5°",5 dans la plus grande largeur, vers la fin du tiers antérieur du corps; il compte environ 210 segments sétigères ; les derniers, très serrés, sont dificiles à compter. L'animal conservé est encore d’un vert bleuâtre sur le corps; les parapodes sont devenus brun foncé ; ce Polychète est fortement contracté, il devait être beaucoup plus long à l’état vivant. Le plus petil des trois exemplaires avait seul la trompe dévaginée en partie.

Le prostomium (PI. IT, fig. 17) quadrangulaire, à angles arrondis, est aussi large que long. Les antennes, bien développées, renflées à la base, sont terminées en pointe eflilée; les antérieures, insérées plus ventralement que les deux autres, sont un peu plus courtes qu’elles. L’antenne impaire, la plus grande de toutes, sensiblement plus longue que Île prostomium, s'attache à la limite postérieure de ce dernier. Il n°y à pas trace d’yeux sur aucun des trois exemplaires, qui sont cependant dans un état très satisfaisant de conservation ; on peut soupçonner, en pareille occurrence, la dissolution du pigment dans les réaclifs fixateurs ; néanmoins, il est fort peu probable que ce soit le cas ici, à cause de l’état de conservation des exemplaires, et je suis disposé à croire que l'espèce est

2e Expédition Charcot. Gravier. — Annélides Polychèles. o)

véritablement aveugle. La première paire de cirres tentaculaires appartient au premier segment, qui est très réduit dorsalement, surtout au niveau du prostomium. La seconde et la troisième paires sont fixées sur le second segment ; la paire dorsale est celle qui, des quatre paires, est insérée le plus près du plan de symétrie; elle est très longue et très eflilée. La quatrième paire est portée par le troisième segment, qui a également un mamelon sétigère très réduit, muni de soies très courtes et d’un petit cirre ventral.

Au parapode (PI. L, fig. 1#), le cirre dorsal cordiforme est tout rempli, comme d'ordinaire, d'éléments glandulaires ; variant peu de forme de l'extrémité antérieure à l'extrémité postérieure du corps, de dimensions relativement moyennes, les cirres dorsaux laissent presque toute la surface dorsale à nu. Le mamelon sétigère est soutenu par un fort acicule droit ; il est échancré sur son bord antérieur et porte un large éventail de soies composées. Ces soies (PI. IT, fig. 18) ont une hampe renflée au sommet ; l’arête, étroite et fort longue, est arquée et étirée en une longue pointe grêle: il existe quelques fines denticulations à peine perceptibles, sur le bord concave, au voisinage de la hampe. Le cirre ventral, inséré comme le dorsal sur un article basilaire distinct, est situé en arrière du faisceau de soies ; sa forme est plus allongée que celle du cirre dorsal.

La première partie de la trompe, ou gaine pharyngienne, est extrêmement développée: elle se replie en hélice à tours de spire contigus quand l’organe est invaginé. Dans sa partie antérieure (PI IE, fig. 17), elle est couverte uniformément de papilles cylindriques, arrondies au sommet (PL 1, fig. 15). À quelque distance, les papilles se localisent en changeant de forme sur six bandes saillantes, régulièrement espacées, séparées par des intervalles un peu plus étroits qu'elles-mêmes. Les papilles ont une tout autre forme : elles sont foliacées, disposées plus ou moins parallèlement les unes aux autres (PI. I, fig. 16); elles possèdent toute une série d'éléments glandulaires marginaux, disposés normalement au bord, dont le contenu d’un vert très sombre dessine comme des stries sur ces lames papilleuses. À l'extrémité postérieure de la gaine, ces papilles, tout en conservant la même allure, sont plus épaisses : elles

ne présentent plus de bordure glandulaire marginale; de plus, dans les

ANNÉLIDES POLYCHÈTES. 59 espaces séparant les papilles lamelleuses et qui restent lisses à la partie antérieure, on voit de grosses papilles de forme irrégulière et des bourrelets transversaux.

Quant à la seconde région de la trompe, ou trompe pharyngienne, elle est également fort longue ; elle dessine une anse dont le point postérieur est situé presqu'à la fin du premier quart de lPanimal, quand la trompe est invaginée; la paroi musculaire est relativement très épaisse ; l’épithélium qui la tapisse à l’intérieur est cannelé longitudinalement. Elle n’est pas garnie, comme d'ordinaire, par une couronne de grosses papilles à son extrémité antérieure; elle présente seulement en avant un bord épaissi, continu, une sorte de bourrelet qui enveloppe comme d'un feston chacune des bandes papilleuses, lorsque la trompe est invaginée.

Le plus grand des trois exemplaires contenait dans son intestin, qui en était presque rempli, une proie relativement très volumineuse, déjà macérée et méconnaissable, mais qui paraissait être un Annélide Polychète à cause des débris de soies qu'on observait, çà et là, à sa surface. Cet exemplaire était une femelle, dont la cavité générale contenait des ovules déjà avancés en développement.

Le Phyllodocien décrit ci-dessus diffère nettement de tous ceux du même genre qui ont été signalés jusqu'ici dans les régions magellanique et subantarctique. Il semble bien qu'il ait une place à part dans le genre Eulalia, à cause de la longueur et de la gracilité de l’arête de la soie, plutôt rare chez ses congénères, et surtout par l’armature de la trompe avec la diversité de son système de papilles. Une pareille distribution et une semblable variété sont peu fréquentes chez les Phyllodociens; de Saint-Joseph (1) en à fait connaître un cas analogue, très différent de celui-ci, chez le PAyllodoce papulosa Saint-Joseph (de Dinard).

Je propose d'appeler cette nouvelle espèce : £ulalia Charcoti, en lhonneur du D°J-B. Charcot, commandant des deux expéditions françaises qui ont exploré la région antaretique sud-américaine.

(4) Baron pe Sawr-Josern, Les Annélides Polychètes des côtes de France (Manche et Océan), Ile partie (Ann, des Sc, nat., Zool., 8 série, t. V, 1898, p. 320, PL. XVIII, fig. 117-121).

Genre £TEONE Savigny, Œrsted rev.

Eteone Reyi Gravier.

Ch. Gravier, Annélides, Polychètes, Expédition antarctique française, 1906, p.26, PI. IT, fig. 24-26 ; fig. 18 dans le texte.

Les recherches à marée basse, faites en novembre et décembre 1909, à l'ile Petermann, ont permis à M. le D' J. Liouville de découvrir trois exemplaires de cette espèce, que la première expédition antarctique française avait trouvée à Port Charcot, à des profondeurs comprises entre 20 et 40 mètres. Deux d’entre eux sont en bon état; la conservation du troisième laisse à désirer.

J'ai déjà signalé (1906) la grande ressemblance de cet Æfeone avec l'Eteone Lilljeborgi Malmgren des mers arctiques. Je dois mentionner également les analogies qu'il présente, en ce qui concerne la coloration, la forme des soies et la taille, avec l'£teone rubella Ehlers (1) de Santa- Cruz, surles côtes de la République Argentine (latitude : 50° sud ; longitude: 68° 45’ ouest) ; mais il diffère de celui-ci par la forme du cirre dorsal, par l'absence de cirre dorsal au second segment et aussi par les caractères

de la partie supérieure de la hampe. -

Eteone Gaini Gravier.

(PI. IL, fig. 19-21 ; PL. IL, fig. 27.) Ch. Gravier, Sur les espèces nouvelles de Polychètes provenant de la seconde expédition antarctique française (1908-1910), Bull. du Muséum d’'Hist. Nat. t. XVII, 1911, p. 311.

Sur la pierre couverte de Bryozoaires et de Spirorbes, où j'ai recueilli plusieurs exemplaires de Parautolytus fasciatus Ehlers, j'ai eu la bonne fortune de trouver également un exemplaire en bon état de ce curieux Eteore incubateur, enroulé autour de sa ponte. La longueur est de 5 millimètres environ ; l'animal, replié sur lui-même et un peu tordu, est difficile à mesurer ; la largeur totale, soies y compris, n’atteint pas { millimètre, là où elle est à son maximum. Le Polychète (PI. IT, fig. 27) enveloppe complètement le paquet formé par les œufs. Seule, la partie antérieure

(4) E. Encens, Die Polychæten des magellanischen und chilenischen Strandes. Ein faunistischer Versuch, Berlin, 1901, p. 80, Taf. VII, fig. 18-21,

du corps n'était pas en contact immédiat avec ces derniers. Le volume de chacun de ces œufs est relativement énorme; le volume total est aussi très grand par rapport à celui du corps de l'animal. Le paquet qu'ils constituent était enserré étroitement entre les parties latérales et la paroi ventrale de l'Annélide et entouré d’un voile sécrété par l'animal et de couleur rouge brun assez sombre.

L'animal est lui-même d'un rouge brun moins foncé et uniforme ; on voit des taches d’un beau jaune orangé dans les cirres ventraux et de petites trainées de ponctuations noires au milieu de la face dorsale, surtout à la partie antérieure du corps.

Le prostomium est sensiblement aussi large que. long ; 1l s’atténue peu en largeur dans sa partie antérieure (PI. IE, fig. 19). Il porte quatre antennes d’une longueur et d’une gracilité exceptionnelles. Les deux yeux, de forme allongée et d'assez grandes dimensions, en somme, sont situés dans la région moyenne, assez près l’un de l’autre. Les cirres tentaculaires ont les mêmes caractères et sensiblement la même taille que les antennes.

Aux dimensions près, les parapodes se ressemblent d’un bout du corps à l’autre. La figure 20 (PI. ID) représente l’un des parapodes de la région moyenne. Le cirre dorsal, inséré sur une large base, est de forme arrondie. Le mamelon sétigère, renflé dans sa partie moyenne, bilabié, soutenu par un long acicule, porte un faisceau de soies composées. Ces soies (PL. IT, fig. 21) ont une hampe renflée au sommet, sur lequel on remarque de petites aspérités. La serpe, courte et assez large à la base, étirée en pointe fine et un peu arquée, présente des cils rigides, courts, sur le bord concave. Il n'y avait pas trace de soies natatoires, ni, d’une manière générale, de phénomènes d'épigamie.

Le cirre ventral offre un développement sensiblement égal à celui du cirre dorsal ; sa forme est plus allongée ; il présente des taches de couleur jaune orangé très vif, quelquefois circulaires, comme si le pigment était liquide.

N'ayant eu qu'un seul exemplaire, que je désirais conserver dans le meilleurétat possible, je n’ai pu l’étudier aussi complètement que je l'aurais

voulu. Il reste, en particulier, à décrire entièrement la trompe.

’ar les caractères du prostomium surtoui, cet £teone se distingue nettement non seulement de ses congénères de l'Antaretique, mais aussi de toutes les autres formes décrites jusqu'ici. Au point de vue éthologique, il mérite une place à part, en sa qualité d'incubateur, car pareil fait n'a Jamais été, à ma connaissance du moins, signalé chez les Phyllodociens.

Je dédie cet Leone nouveau à M. Gain, naturaliste attaché à la seconde expédition antarctique française, collaborateur très dévoué de

M.le D'°J. Liouville pour les recherches fauniques.

Genre PELAGOBIA Greefr.

Pelagobia Viguieri Gravier.

(PI. IL, fig. 22-25.) Ch. Gravier, Sur les espèces nouvelles de Polychètes provenant de la seconde expédition antarctique française (1908-1910), Bull. du Muséum d'Hist. Nat., t. XVII, 1911, p. 311.

Ce Phyllodocien pélagique a été trouvé dans les matériaux du filet vertical ramené le T8 janvier 1910 (deux heures après-midi) de 950 mètres de profondeur à la surface, en un point situé par 69°15' de latitude sud et 1085" de longitude ouest. Des trois exemplaires, deux sont en mauvais état de conservation, fort mutilés, incomplets : l’un a dix-huit sétigères ; l’autre en a quinze, et sa trompe dévaginée, assez courte, se termine antérieurement par un bourrelet que limite en arrière un sillon très accentué. Le troisième exemplaire, qui avait été placé dans un autre tube et fixé d'une manière différente de celle des deux premiers, est en bon état. L'animal, qui était transparent à l’état vivant, est maintenant opaque et d'une teinte pâle légèrement ambrée. Sa longueur est de 6"",5 ; la largeur du corps seul, maxima vers le douzième segment, esten ce point de 0°",9.

Le prostomium (PI. I, fig. 22) présente un lobe antérieur mince et plus étroit que la partie postérieure, ce qui est probablement dû à une contraction provoquée par le liquide fixateur. Il porte deux paires d'antennes et une paire d'veux. Les antennes antérieures, les plus longues, s’insèrent latéralement, au niveau où se termine le lobe antérieur. Les postérieures,

un peu plus courtes et plus grêles, s'attachent à la face ventrale (PT. IF,

fig. 23). Les yeux ont une forme allongée; chacun d’eux est pourvu d'une lentille bombée, tournée vers le dehors. En arrière des yeux, on observe un gros bourrelet saillant sur les côtés, s'étendant, en se rétrécissant, sur les deux faces, dorsale et ventrale : ce sont les organes nucaux, extrêmement développés chez ce Phyllodocien pélagique. Ils ont, en somme, la forme d’un croissant de lune ou d’une côte de melon, leur largeur maxima étant dans la région médiane, de chaque côté. Sur la face ventrale s'ouvre la bouche (PI. IT, fig. 23), au niveau où se terminent, en pointe, les organes nucaux.

Le premier segment porte deux paires de cirres tentaculaires très longs, renflés à la base, effilés en pointe à l'extrémité libre. Entre les deux cirres, est une petite languette pointue et munie d’une soie de même forme que celle des segments suivants, mais de dimensions plus réduites. Le premier segment, armé de cirres tentaculaires, est donc sétigère. Y compris celui-ci, il y a en tout vingt-quatre segments sétigères.

Chaque parapode se compose essentiellement d’un mamelon sétigère très développé, étiré en pointe au sommet. Ce mamelon est traversé suivant son axe par un acicule dont l'extrémité est toujours en saillie, au delà de celle du mamelon ; il porte un cirre dorsal et un cirre ventral subuléstous deux, semblables aux cirres tentaculaires, mais de dimensions plus restreintes. Le second sétigère, immédiatement en arrière des cirres tentaculaires, est dépourvu de cirres dorsaux.

Au-dessus et au-dessous de l’acicule, s’insère un faisceau de soies grêles, extrêmement longues, toutes de même type. Ces soies (PI. IF, fig. 24) sont composées. La hampe, très allongée, est fortement hétérogomphe et n'offre pas de renflement appréciable au niveau de larticulation, ni de stries d'aucune sorte. L'arête, longue, presque rectiligne, a son maximum de largeur dans la région moyenne. Le bord interne, légèrement convexe, correspondant au rostre le plus saillant, présente une denticulation en crémaillère, à pointe tournée vers l'extrémité libre, qui est très légèrement arquée. La longueur de l’arète offre quelques variations; la figure 24 (PI. IT) représente un type moyen. Ces soies ont nettement un caractère pélagique ; chaque faisceau constitue une rame puis-

sante.

Les derniers segments du corps ont des parapodes réduits. Le pygidinm porte deux lobes foliacés triangulaires (PI. IT, fig. 25).

On ne discerne par transparence que le bord antérieur de la trompe pharyngienne sous la forme d'une ligne sombre, un peu en arrière des cirres tentaculaires.

Le Phyllodocien décrit ci-dessus appartient au genre Pelagobia GreefT. Le Pelagobia longocirrata Greeff fut découvert par GreefF, au large du port d'Arrecife (Lanzarote, îles Canaries), au mois de janvier 1867 ; il fut trouvé plus tard dans la baie d'Alger par Viguier, qui en donna une description précise; il fut signalé à nouveau par Reibisch (1895) dans les matériaux de la Plankton-Expedition, par Vanhôffen (1897) dans la région du Groenland, par Reibisch (1905) dans le « Nordisches Plankton », et enfin par R. Southern (1908) au large des côtes d'Irlande. L’espèce est donc largement distribuée dans l'Atlantique, du Groenland au Brésil: elle vit aussi dans la Méditerranée et dans l'océan Indien.

Par le développement relativement plus grand des cirres tentaculaires du premier sétigère et des cirres parapodiaux des autres segments, par la forme différente des soies, par le nombre plus considérable des segments, par l'étendue des organes nucaux, le Pelagobia décrit ci-dessus se sépare nettement du Pelagobia longocirrata GreelT.

R. Southern à fait connaître ’une autre espèce recueillie également au large des côtes d'Irlande (1), à 1800 mètres environ de profondeur, le Pelagobia serrata. Elle se distingue de celle de l'Antarctique et du Pelagobia longocirrata Greelf par les soies, dont la hampe est armée, à son extrémité distale, d'une série de dents fines, mais bien nettes, du côté du rostre saillant. La soie du Pelagobia antarctique est d'ailleurs plus grêle dans son ensemble que celle du Pelagobia serrata, qui, de plus, est aveuele. Mais une comparaison approfondie des deux espèces est actuellement impossible, parce que la description de Southern est restée forcément sommaire, à cause du mauvais état des animaux qu'il a étudiés, dont les cirres étaient tombés.

Je dédie cette forme nouvelle de Pelagobia à M. le P° C. Viguier (de

1) R. Souruenx, Polychæta of the Coast of Ireland. IL Pelagic Phyllodocidæ. Fisheries, 1reland, scientif. Investigation, 1908, ll, p. 2, PI. I, fig. 23.

l’Université d'Alger), qui a fait une étude approfondie des Annélides péla-

giques de la baie d'Alger.

HT. — FAMILLE DES À LCIOPIENS Ehlers.

Genre AZLCIOPA Audouin et Milne-Edwards. Alciopa antarctica Mac Intosh.

(PI. IL, fig. 26 ; PI. III, fig. 28-29, PI. IV, fig. 38.)

Alciopa anlarclica, W..C. Mac Intosh, Annelida Polychæta, The Voyage of H. M. S. «Challenger…», “Zoology, vol. XII, 1885, p. 175, PI. XXWVIII, fig. 2, 3, 4; SOON STORE

Vanadis anlarclica C. Apstein, Die Alciopiden und Tomopteriden der Plankton-Expedition, Kiel et Leipzig, 1900, p. 11.

Nec Vanadis anlarclica Willey, Report on the Collections of nalural Hislory made in the andarclic Region during the voyage of he « Soulhern Cross », London, 1902, Annelidæ Polychæta, p. 271, PI. XLIV, fig. 8 ; PI. XLVI, fig. 1, 2.

Parmi les animaux pris dans le coup de filet pélagique du 18 janvier 1910 {de 950 mètres de profondeur à la surface ; latitude : 69715 sud ; longitude : 108°5" ouest), se trouvait un exemplaire d'A/cropa antarctica Mac Intosh ; j'ai recueilli un fragment en mauvais état d'un autre individu plus jeune dans les matériaux des pêches pélagiques faites par les naturalistes de la mission.

Le premier exemplaire était en deux parties, très fortement contracté et tordu; le fragment antérieur avait 4 centimètres de long; le postérieur, 3",b ; soit en tout 7°",5. D’après les notes de M. le D°J. Liouville, l'animal, à l’état vivant, atteignait une taille au moins double de celle à laquelle il s'est réduit dans le sublimé. Il était alors transparent, les taches latérales, actuellement noires, étaient d’un vert-épinard foncé ; la teinte générale du corps, vert jaunâtre. La longueur de ce Polychète devait donc être d’une quinzaine de centimètres ; la partie postérieure est régénérée. Le maximum de largeur du corps seul, dans la région

J mm

antérieure, est de #°",5; cette largeur est certainement exagérée par la contraction. Les parapodes avec leurs soies forment, de chaque côté, une saillie dépassant un peu la largeur du corps seul, sauf dans les premiers segments, où ils restent rudimentaires. On compte 110 segmentssétigères, en arrière desquels est une courte partie régénérée.

2 Expédition Charcot. — Gravien. — Annélides Polychètes. J

Dans la région antérieure, à parapodes rudimentaires, la face dorsale est pigmentée en brun foncé ; au delà du neuvième sétigère, la pigmentation est localisée autour des taches noires latérales.

La face dorsale est très bombée. Les parapodes s’insèrent très bas de chaque côté. La face ventrale, moins développée, montre une dépression médiane longitudinale assez profonde. Les sillons de séparation des segments sont beaucoup plus marqués à la partie postérieure du corps qu'en avant.

Au prostomium (PI. I, fig. 26; PI IT, fig. 28), on remarque surtout le développement extrême des yeux, qui ont la même longueur que lui et forment deux masses globuleuses laissant entre elles une lame médiane beaucoup moins épaisse. Ces veux, qui sont fortement en saillie tant sur la face dorsale que sur la face ventrale du prostomium, sont pourvus chacun d'une lentille de forme ovale, bombée, située en avant et un peu ventralementpour chaque œil. Examiné sur la face dorsale, le prostomium, séparé du premier segment par un sillon bien marqué, est divisé en deux régions, l'une antérieure, l'autre postérieure. La première s’incurve vers Ja face ventrale : elle porte en avant deux paires d'antennes insérées dorsalement, un peu en decà du bord libre; les antérieures s’attachent un peu en dedans des autres et sont un peu plus longues qu'elles.

La région postérieure, en saillie sur la précédente, porte une antenne médiane conique ; immédiatement en arrière, on observe un bourrelet en forme de V, très ouvert en avant, qui échancre les yeux, sur lesquels 1l est en saillie. Il n’est pas invraisemblable de regarder ce bourrelet comme le correspondant de l'organe nucal des autres Annélides Polychètes, bien que ce ne soit pas là la situation habituelle de l'organe en question.

Sous la partie antérieure du prostomium, s'ouvre la bouche, ventralement, entre les saillies formées par les veux; elle est limitée en arrière par une sorte de grosse lèvre, un peu échancrée dans le plan de symétrie, e& portant de chaque côté un appendice cirriforme renflé à sa base : c’est le premier cirre tentaculaire, en arrière duquel est un sillon profond. Deux autres segments sont munis chacun d'une paire de cirres tentaculaires. Ces appendices se réduisent en taille et s’éloignent de

plus en plus du plan de symétrie, du premier au troisième. Aux deux

segments suivants, on voit, au lieu des cirres tentaculaires, deux appendices cirriformes, plus courts, dont les insertions sont contiguës, Au-dessus et un peu en arrière de ces appendices cirriformes, séparé d'eux par un léger intervalle (de même qu'au voisinage du cirre tentaculaire de la troisième paire), se trouve (PI IE, fig. 28) un lobe aplati, triangulaire, terminé en pointe mousse. Ces lobes correspondent aux réceptacles séminaux, qui deviennent très volumineux chez les femelles de certains Alciopiens, notamment chez les genres A/ciopa et Vanadis. Ici, ils sont aplatis et très réduits, parce que lPanimal n'était pas à Pétat de maturité sexuelle.

Les parapodes des dix premiers segments sont très réduits; au onzième se montre le premier faisceau de soies ; à partir de là, tous les éléments du parapode, cirres et mamelon sétigère, s’aceroissent notablement et assez brusquement, ce qui fait paraître rudimentaires les parapodes des segments antérieurs. La figure 38 (PI. IV) représente le parapode du septième sétigère. Les deux cirres ont la forme d'une feuille plus longue que large, à pointe terminale mousse; le dorsal est un peu plus grand que le ventral. Tous deux ont une bordure glandulaire continue sur tout le pourtour. Le mamelon sétigère, plus saillant et plus épais que les cirres, se termine à son extrémité distale par un prolongement cirriforme. Il est traversé suivant son axe par un acicule translucide qui se continue fort loin à l'extérieur. Il porte, au-dessus et au-dessous de l’acicule, un faisceau de soies simples extrêmement fines et longues, fort nombreuses, légèrement arquées, s’écartant un peu en éventail et constituant une rame très développée. À un fort grossissement, ces soles montrent de fines stries longitudinales à leur surface. Il n'y à ni soie composée, ni Soie en pique.

Dans la partie moyenne du corps surtout, les parapodes s'insèrent sur la moitié postérieure du segment correspondant. En relation intime avec eux sont les taches latérales, signalées plus haut, et dont la position correspond à celle des glandes pédieuses, si développées chez certains Néréidiens. Ces organes se présentent (PL. HI, fig. 29) comme des sortes de lentilles elliptiques, assez saillantes, de teinte très foncée presque

noire, situées un peu en arrière des parapodes. La première paire de ces

taches apparaît sur le côté droit de l'animal (reposant sur la face ventrale) au treizième sétigère, la deuxième paire au seizième, la troisième au dix-neuvième, la quatrième au vingt-deuxième, et à partir de ce dernier, chaque segment en est régulièrement pourvu. Sur le côté opposé, la distribution est un peu différente. Les segments séligères douzième, treizième, quatorzième, seizième, dix-septième, dix-neuvième et vingt et unième ont chacun une glande pédieuse à gauche, de sorte que les segments douzième, quatorzième, dix-septième et vingt et unième ont une glande pédieuse d'un côté seulement; le vingt-troisième segment à gauche n’en à pas ; le vingt-cinquième n’en a qu'une rudimentaire ; celle du vingt-sixième est également très réduite; en revanche, au treizième sétigère, ces taches pigmentaires se rejoignent presque sur la face dorsale, et elles s'étendent fort sur la face ventrale. En somme, ces glandes présentent beaucoup d’inégalités dans leur développement; 1l doit y avoir, à ce point de vue, bien des différences individuelles. D'après les notes de M. le D'J. Liouville, ces glandes pédieuses étaient d'un vert-épinard foncé sur l'animal vivant, au moment de ia capture. La pêche pélagique d’où provient l'animal a été faite à deux heures de l'après-midi; on ne connaît pas l'aspect de ces glandes dans l'obscurité. Deviennent-elles alors phosphorescentes? Se comportent-elles comme les organes lumineux des Céphalopodes? Il n'est pas invraisemblable de le penser. On ne sait d’ailleurs pas à quelle profondeur se trouvait l'animal quand il fut pris, puisqu'il fut recueilli dans un filet pélagique ramené de 950 mètres de profondeur à la surface.

La trompe, très musculeuse, s'étend jusqu'au vingtième segment sétigère lorsqu'elle est invaginée, comme c'était le cas 1e1. Elle se replie sur elle-même à l'extrémité postérieure. Le bord de lorilice postérieur est froncé, mais ne présente ni papilles définies, ni prolongements digitiformes, comme chez certaines espèces — peut être chez toutes — de Vanadis. Un rideau musculaire s'attache, d’une part, à l'extrémité postérieure de la trompe et, d'autre part, à la paroi du corps, au niveau du treizième sétigère. Ce rideau sert sans doute de muscle rétracteur à la trompe extroversée.

L'Alciopien décrit ci-dessus a été aussi recueilli par le « Challenger »

ANNÉLIDES POLYCHÉÈTES. 69

à la surface de la mer Antarctique (température 32° F. =0°C.) à une latitude un peu plus septentrionale, environ 64° de latitude sud, à 90° de longitude ouest, le 24 février 1874, et n'a pas élérevu depuis. Il à été décrit par Mac Intosh, qui l'a placé dans le genre A/c0pa.

C. Apstein, dans son étude sur les Alciopiens et les Tomoptériens de la « Plankton-Expedition », a attribué l'espèce en question au genre Vanadis, à cause du court cirre filiforme du mamelon sétigère.

Dans son mémoire sur les Polychètes recueillis par lexpédition antaretique du « Southern Cross », Willey (1) a rapporté à lA/copa antarctica Mac Intosh, — qu'il classe, suivant en cela Apstein, dans le genre Vanadis, — un Alciopien provenant du cap Adare, à proximité du Victoria Land. Mais le Polychète en question diffère essentiellement de celui qui a été décrit par Mac Intosh :

1° Il a des soies composées; les soies, dit Willey, ont un « very long appendix jointed to a still longer shaft » :

2° Il n'est pas question, dans la description de Willey, du lobe saillant en V, si caractéristique, de la face dorsale du prostomium, établissant une sorte de pont entre les yeux ;

3" L'orifice de la trompe, dans l’exemplaire du cap Adare, est muni de 12 papilles coniques, # dorsales, 6 ventrales et 2 latérales, celles-ci étant plus grandes que les autres.

De nombreux exemplaires mâles et femelles de cet Alciopien ont été recueillis au cap Adare, à la surface, le long de la baie, durant le mois d'avril et le commencement de mai 1899. La même espèce n’a pas été revue depuis.

L’Alciopien de la seconde expédition antarctique française est certainement l'espèce décrite par Mac Intosh sous le nom d’Alciopa antarctica ; 11 possède à un haut degré le obus cephalicus in processum cordiformem ultra oculos productus, que Claparède considérait comme caractéristique du genre Rhynchonerella À. Costa. Par ses soies simples capillaires d’une seule forme, il rentre dans le genre A/ciopa Audouin et Milne-Edwards et s'éloigne par là même du genre Rhynchonerella, qui à

(1) A. Wicey, Report on the Collections of natural History made in the Antaretie Region during the Voyage of the « Southern Cross ». Annelida Polychæta. London, 1902.

des soies en pique (Spiesshorsten d'Apstein) et des soies en crochets (Hakenborsten d'Apstein). D'autre part, par l'appendice cirriforme au mamelon sétigère, il se rapproche du genre Vanadis, dont il diffère par la forme des soies et aussi par l'absence d'organes préhensiles à l'extrémité de la trompe. C'est dire combien les distinctions entre les genres établis chez les Alciopiens manquent de netteté. Willey fait remarquer qu'un des traits essentiels du genre Vanadis est d'avoir des soies composées, et que, s'il est confirmé que lA/ciopa antarctica de Mac Intosh ne possède que des soies simples, cela justifierait la création d'un nouveau genre. Ce serait vraiment trop multiplier les coupures génériques.

Le caractère dominant doit être ici, selon moi, attribué aux soies; par conséquent, l’Alciopien en question doit être rangé, comme Mac Intosh l'a fait, dans le genre A/ciopa. I faut admettre en conséquence que le parapode, dans ce genre, peut posséder ou non un appendice cirriforme, auquel on a accordé peut-être trop d'importance dans la

classification des Alciopiens.

Genre CALLIZONA Greef.

Callizona Bongraini Gravier.

(PI: IV, fig. 39-43,)

Ch. Gravier, Sur les espèces nouvelles de Polychètes provenant de la seconde expédition antarctique française (1908-1910), Bull. du Mus. d'hist. natur., t. XVII, 1911 p. 312:

Cet Aleiopien a été pris dans les mêmes conditions que l’A/ciopa antarchica, c'est-à-dire dans le coup de filet pélagique du 18 janvier 1910, à la latitude de 69° 15° sud et à la longitude de 108°5 ouest. L’exemplaire unique et malheureusement incomplet de cette espèce mesure 22 millimètres de longueur; la largeur, assez uniforme, est de 0"",8; la forme est grêle ; les segments sont assez longs.

Il y a 59 segments sétigères. La couleur de lanimal conservé est blanc jaunâtre, avec des ponctuations latérales formées par les glandes

pédieuses.

ANNELIDES POLYCHEÈTES: 7I

Le prostomium porte des yeux très volumineux, globuleux, avec une lentille satllante placée en avant et un peu latéralement ; les antennes sont toutes très développées.

Comme d'ordinaire, les cirres tentaculaires sont insérés de la manière suivante : sur le premier segment est la première paire ; sur chacun des deux segments suivants, se fixent deux paires de ces appendices. Les cirres ne sont pas fort bien conservés dans l’exemplaire en question ; ils paraissent être de forme trapue. Au troisième segment, le cirre ventral est aplati, foliacé.

Au premier sétigère, à mamelon assez court, il n’y a qu'une soie simple assez forte, élargie en demi-flèche (PI. IV, fig. 40) un peu audessous de son extrémité légèrement arquée, et une autre soie composée du type dela figure 41 (PI. IV). Aux segments sétigères suivants, les soies sont composées, à hampe droite ou un peu incurvée, se rétrécissant graduellement vers son extrémité libre, qui est arrondie. L'article terminal est de longueur très inégale suivant la soie considérée, tantôt presque rectiligne (PI. IV, fig. #1), tantôt courbe, en serpe (PI. IV, fig. 42), avec de petites dents sur le côté concave au voisinage de l'articulation. Il s’y ajoute, à chaque parapode, une soie beaucoup plus forte, un peu arquée et recourbée légèrement à l'extrémité libre, terminée en pointe. Tout près de celte pointe s'attache un petit prolongement très grêle (PI. IV, fig. 43). Plus en arrière, les mamelons sétigères sont pourvus de deux espèces de soies : 1° les soies filiformes, très longues, ce sont les soies natatoires proprement dites; 2° les grosses soies en crochet, à appendice terminal grêle. Il n°y a normalement qu'un seul crochet de cet ordre — exceptionnellement deux — à la partie la plus ventrale du faisceau à chaque parapode (PI. IV, fig. 39).

La glande pédieuse apparaît sous forme d'une petite tache oblongue au dixième segment; elle ne prend ses dimensions définitives que quelques segments en arrière de celui-ci ; elle est située immédiatement après le parapode. Sa coloration est plus intense dans la partie postérieure du corps que dans sa partie antérieure.

Dans la région moyenne du corps, le cirre dorsal prend une forme

allongée (PI. IV, fig. 39). Sa partie centrale est épaissie; le tissu glandu-

laire y est, comme d'ordinaire, très développé. Le cire ventral, d'aspect semblable, a une taille un peu moindre.

Le mamelon sétigère, relativement grêle, est terminé à son extrémité libre par une petite languette; l’acicule se prolonge quelque peu au delà du mamelon, dans l'axe du faisceau de soies.

Comme on le voit, l'Alciopien décrit ci-dessus est pourvu de quatre sortes de soies : soies en demi-flèches du premier sétigère, soies capillaires (Haarborsten d'Apstein), soies composées en forme de pique (Spiessborsten mit Anhang d'Apstein) et soies en crochet avee appendice (Hakenborsten d'Apstein). Par conséquent, dans la classification d’Apstein, il peut être versé soitdans legenre Callizona Greelf, soit dans le genre Callizonella Apstein. Les deux genres, d'après Apstein, nediffèrent que par leurs systèmes de soies : le genre Callizona Apstein a des soies capillaires (Æaarborsten) et des soies en crochet (Hakenborsten), tandis que le genre Callizona Greelf a des soies en pique (Spresshorsten) et des crochets (Hakenborsten). Peut-être vaudrait-il mieux ne conserver que le genre plus ancien Callizona, d'autant plus que chez certaines espèces de Callizona lex. Callizona Môbii Apstein, Callizona melanophthalma (GreelF)}, les premiers parapodes sont armés de soies en crochet; les soies composées, plus fines, n'apparaissent qu’à une certaine distance du prostomium.

L'Alciopien de la seconde expédition antarctique française ne parait correspondre à aucune des espèces jusqu'ici décrites ; je propose de l'appeler Callizona Bongraini, en Vhonneur de M. le lieutenant de

vaisseau Bongrain, commandant en second du « Pourquoi Pas ? ».

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