FAMILLE DES SYLLIDIENS Grube
Genre PARAUTOLYTUS Ehlers.
Parautolytus fasciatus Ehlers.
(PATES Ier)
Ehlers, Magellanische Anneliden, Nachr. der kônigl. Gesellsch. der Wissenschaflen Mathem. phys. Klasse, 1900, p. 215.
— Die Polychæten des magellanischen und chilenischen Strandes. Ein faunisti-
scher Versuch, 1901, Berlin, Weidmannsche Buchhandl., p. 99, Taf. XI, fig. 1-3
Sur une pierre couverte de Bryozoaires variés et de Spirorbes, rapportée de l’île Petermann par M. le D° J. Liouville, j'ai trouvé cinq femelles et quatre mâles de cette espèce fort intéressante au point de vue biologique.
Les caractères tout spéciaux du parapode, avec son cirre ventral presque aussi développé que le mamelon sétigère, et la forme des soies concordent si bien avec le texte et les figures donnés par Elhlers que je n'hésite pas à reconnaitre le Parautolytus fasciatus dans le Syllidien de Petermann dont il est question ici. Je dois cependant mentionner quelques différences entre les observations d'Ehlers et les miennes.
Le plus grand des exemplaires femelles à maturité sexuelle de
# segments
Petermann mesure 6 millimètres de longueur et compte 5 sétigères. L’exemplaire unique et incomplet qu'Ehlers a étudié mesurait 11 millimètres de longueur et avait 80 segments. La pigmentation bien conservée chez les exemplaires de FAntarctique n'est pas vert sombre, comme pour celui qu'a étudié Ehlers, mais brun rouge, ce qui peut tenir à l’action des liquides fixateurs et conservateurs. Les bandes dorsales de pigment ne sont ni interrompues ni même atténuées dans
la région moyenne. L'antenne médiane S’insère, non tout en avant du
prostomium, comme le représente la figure { (PI. XI) du mémoire d'Ehlers, mais au milieu du prostomium.
Ce genre Parautolytus Ehlers a des affinités multiples. Par la forme de ses cirres dorsaux, par la présence d’un trépan à la trompe, il se rapproche incontestablement des Awtolytus, dont il s'éloigne par ses palpes assez développés, complètement séparés, et par les cirres ventraux. Il est vrai que le cirre ventral est ici tout particulier, avec sa large adhérence au mamelon sétigère, dont il paraît être le dédoublement. A cause de ses dimensions comparables à celles du mamelon sétigère, le cirre ventral n'a pas apparence d'un simple diverticule de ce dernier, comme c'est le cas d'ordinaire. Le même genre Parautolytus présente aussi des analogies avec la tribu des Eusyllidés de A. Malaquin (1). Ceux-ci ont des appendices filiformes ou cylindriques qui présentent parfois des constrictions superficielles, mais ne sont jamais constitués par des articles distincts ; toutefois, chez eux, les palpes sont soudés à la base, et l'unique genre de cette tribu dont la trompe soit armée d'un trépan (accompagné d’une grosse dent qui fait défaut ici) est le genre Arrblyosyllis, dont la trompe est longue et sinueuse, bien différente de celle du Parautolytus. Seuls parmi les Eusyllidés, les £usyllis ont une trompe droite munie d'une dent impaire et d’un fragment de trépan formé par un arc de petites dents, interrompu sur la face dorsale.
C'est entre les encroûtements de Bryozoaires et les groupes de Spirorbes agrégés, en des points bien abrités, que j'ai découvert cinq femelles du Parautolytus fascialus, longues de 5 à 6 millimètres. Chacune d'elles estenveloppée complètement d'un ample voile qu'elle sécrète et qui adhère à la face dorsale. La poche ainsi constituée contientles larves, qui subissent à son intérieur les premières phases de leur développement, et qui sont tantôt isolées, tantôt groupées sur la face ventrale de la femelle ou sur ses côtés (PI. I, fig. !); aucunement fixées au tégument de la mère, elles peuvent vraisemblablement se mouvoir à l’intérieur de la cavité incubatrice, qu'elles sont loin de remplir, en tout cas. Le stade de développement, variable d’une poche à l'autre, est sensiblement le même pour
(4) A. Maraquix, Recherches sur les Syllidiens (Mémoires de la Société des Sciences et Arts de Lille, 1893).
toutes les larves abritées par une même femelle. Les plus évoluées de ces larves (PI. I, fig. 2) montrent 4 segments bien nets, avec les ébauches des appendices du prostomium et de ceux des deux premiers segments; les soies ne sont pas saillantes ; les yeux ne sont pas perceptibles, peut-être à cause de l’action dissolvante du liquide conservateur sur le pigment oculaire. En arrière d’un bourgeon impair qui correspond à l’antenne médiane, on voit un bourrelet transversal où la division en deux est déjà indiquée. Faut-il voir là la première indication des cirres tentaculaires ? Les cirres anaux sont déjà relativement fort longs, ce qui correspond sans doute à l'individualisation très précoce du pygidium, en avant duquel se forment les nouveaux segments.
Les femelles ont des veux de dimensions médiocres et des parapodes dépourvus de soies nataloires : il n’y a chez elles aucune trace d’épigamie, pas plus que chez les mâles, qui ont, du reste, le même habitat. Leur mode d'incubation est à rapprocher de celui de divers autres Syllidiens. Les femelles (Sacconereis) de beaucoup d'Awtolytus, bourgeonnées par la souche asexuée dont elles diffèrent si fortement, portent leurs œufs dans un sac ventral qui s'étend sur un certain nombre de segments de la région moyenne du corps. Le développement de ces œufs donne lieu à un parentasexué; il y a ici, comme l’on disait autrefois, génération alternante. Le cycle se complique en outre d’une différenciation épigamique intense et d’un dimorphisme sexuel très accentué. La gestation du Parautolytus fascialus rappelle aussi le cas de certains Syllidiens qui couvent leur progéniture sans avoir de poche incubatrice. Les embryons se fixent chez eux, soit sur le ventre (£xrogone, Sphærosyllis), soit sur les cirres dorsaux (Grubea, Syllides) de la femelle ; solidement attachés à leur mère, ils ne s’en affranchissent que lorsqu'ils peuvent se suflire à eux-mêmes avec leurs yeux distincts, leurs antennes et leurs quatre segments armés de parapodes.
J'ai trouvé sur la même pierre, et dans les mêmes conditions, quatre mâles de cette espèce. Ils présentent tous, dans la région dorsale, des plages d’un violet foncé, métamérisées, irrégulières et inégales, formant parfois saillie à la surface du tégument, et qui, examinées au microscope, se montrent composées de spermatozoïdes. L'un de ces mâles avait abrité une partie de son corps dans un tube vide de Spirorbe. Un autre, plus
ANNEÉLIDES, POLY CHÈTES. 45 rempli d'éléments reproducteurs, avaitle corps revêtu d'un voile muqueux identique à celui des femelles. Il semble que les deux sexes aient le même habitat au moment de la reproduction. En tout cas, les parapodes ne possèdent pas non plus de soies natatoires chez les mâles.
L'absence de toute trace d'épigamie et en particulier de soies capillaires locomotrices chez les deux sexes du Parautolytus fasciatus semble devoir se relier à la vie apparemment très sédentaire de ce Syllidien à l’état de maturité sexuelle. Justement C. Viguier (1), qui a si bien étudié les Annélides incubateurs de la baie d'Alger, a constaté que chez l'Erogone gemmifera Pagenstecher en particulier, on voit des mâles et des femelles parvenus à l’état de maturité, qui sont, les uns munis, les autres dépourvus d'appareils natatoires, dont la longueur peut varier considérablement d'un individu à l’autre. D'autre part, A. Malaquin a fait remarquer avec raison que le grand nombre des formes sexuées d’Awfolytus recueillies soit à la côte, soit à marée basse, soit dans les dragages, indique clairement qu'avec leur appareil locomoteur disposé pour la natation ces Annélides sont loin de mener une vie purement pélagique.
L'exemplaire unique et incomplet de cette espèce qu'Ehlers a étudié, a été recueilli par l'expédition suédoise Nordenskjäld (1895-1897), à une profondeur de 10 à 20 brasses, à Rio Seco, dans le détroit de Magellan,
à l’est de Punta Arenas (53° 4 latitude sud, 70°50° longitude ouest). ) 5
Genre £XOGONE (ÆErsted.
Exogone heterosetosa Mac Intosh.
(PI. I, fig. 3)
Mac Intosh, Annelida Polychæta, The Voyage of H. M.S. « Challenger», vol. XII, 1885, p. 205 ; PI. XXXIII, fig. 15, 16 ; PL XXXIV, fig. 11. Ehlers, Polychæten der hamburger magalhaensischen Sammelreise, Hamburg, 1897, p. 1, Taf. III, fig. 61-65.
— Die bodensässigen Anneliden aus den Sammlungen der deutschen Tiefsee- Expedition, 1908, p. 65.
Je rapporte avec quelque réserve à cette espèce décrite par Mac Intosh un exemplaire de 3°°,5 de longueur, en assez médiocre état
(1) G Vicuer, Études sur les animaux inférieurs de la baie d'Alger (Arch. de zoo. expér. et gén., 2° série, t. Il, 1884).
et recueilli à l'ile Petermann, le 31 octobre 1909. Les appendices céphaliques sont mal conservés; une seule paire d’yeux est visible. Les parapodes n'ont aucune soie de puberté; la face ventrale ne porte pas d’embryons.
La détermination est fondée sur l'examen des soies. Je retrouve à plusieurs parapodes cette soie simple à extrémité fort élargie, figurée par Mac Intosh et par Ehlers, et dont ce dernier auteur se demande s'il ne s’agit pas ici d'une déformation d’origine traumatique ; les parapodes sont, en outre, munis de soies composées, à arête courte à une seule pointe (PI I, fig. 3), et de crochets plus robustes un peu incurvés dans leur région terminale.
L'exemplaire unique de cette espèce provient de Petermann. La même espèce a été recueillie d’abord par le « Challenger » à l’île Marion (océan Indien austral), plus tard à Puerto Bueno, à Ushuaia, dans la région magellanique (Michaelsen) ; à la Géorgie du Sud (von der Steinen); enfin la « Valdivia » (Tiefsee-Expedition) l’a rapportée du bassin de la « Gazelle »,
à Kerguelen.
Genre SYLLIDES Œrsted.
Syllides Liouvillei Gravier.
(PI. I, fig. 4-6.)
Ch. Gravier, Sur les espèces nouvelles de Polychètes provenant de la seconde expédition antarctique française (1908-1910), Bull. du Mus. d'Hist. nat., t. XVII,
Un exemplaire, en assez bon état, de cette espèce, a été recueilli à à Petermann le 31 octobre 1909; un autre, de teinte beaucoup plus pâle, dont le pigment s’est dissous dans l'alcool, a été dragué, le 10 du même mois, à Port Circoncision, à 6 mètres de profondeur, sur un fond couvert d'Algues. J'en ai trouvé plus tard deux autres exemplaires sur la pierre couverte de Bryozoaires et de Spirorbes, où vivaient les Parautolytus fasciatus Ehlers. Ces exemplaires, mieux conservés peut-être que les précédents, étaient, comme eux, à la phase épigame. L'un d'eux, surtout, est fortement coloré en violet sur le dos, ce qui est dû,
sans doute, aux éléments sexuels qu’il possède. C’est le premier de ces
exemplaires qui est décrit ici. Sa longueur est de 8"",5 ; sa plus grande largeur, vers l'extrémité du tiers antérieur du corps, ne dépasse pas 0°",8. La teinte générale de l’animal conservé est d’un brun rougeâtre uniforme ; une bande ventrale plus foncée se montre à la partie antérieure du corps, et une autre sur la même face, à la partie postérieure. Le nombre des segments sétigères est de 46.
Sauf dans la partie antérieure du corps, où ils sont un peu plus serrés, les segments sont relativement longs, bien délimités par des sillons mieux marqués sur la face dorsale que sur la ventrale ; celle-ci est moins bombée que la face opposée.
Le prostomium, assez court (PI. 1, fig. 4), est environ deux fois plus large que long. Les antennes, d’une seule pièce comme tous les autres appendices, ne présentent pas de division en articles ; elles sont renflées dans la moitié proximale et s’étirent assez brusquement en une pointe longue et grêle dans la moitié distale. La médiane, la plus développée des trois, s’insère vers le milieu de la longueur du prostomium ; les latérales sont fixées sur le bord antérieur de ce dernier. Les veux antérieurs, de beaucoup les plus volumineux, sensiblement circulaires, ont leur lentille orientée vers l'extérieur; les veux postérieurs, situés en dedans de ceux-ci, ont une lentille presque indiscernable regardant de côté et en arrière. Les palpes, séparés à peu près jusqu'à la base, où ils s'élargissent, s'étendent fort en avant du prostomium ; leur partie antérieure présente un contour arrondi.
Le premier segment, nettement séparé du prostomium, un peu plus court que le second, porte de chaque côté une paire de cirres tentaculaires qui s'insèrent latéralement assez bas; les dorsaux ont un développement comparable à celui des antennes latérales ; les ventraux sont sensiblement moins grands.
Le second segment, premier sétigère, a de chaque côté un cirre dorsal qui est le plus développé de tous les appendices ; il est plus long et plus gros dans sa partie basilaire que l'antenne médiane ; il porte un mamelon sétigère très saillant et un cirre ventral assez court.
La figure 5 (PI. D représente un parapode de larégion moyenne du corps.
Le cirre dorsal est renflé à sa base et étiré dans sa région distale, comme D
Le
les antennes; relativement long, il ne présente non plus aucune trace de division en articles. Le mamelon sétigère, très proéminent, est coupé un peu obliquement vers la face ventrale; il est soutenu par un acicule double. Il porte 16 soies composées à hampe longue (PL 1, fig. 6), arquée, un peu renflée au sommet, hétérogomphe. La serpe est assez longue, recourbée seulement à son extrémité distale ; elle est pourvue de cils rigides, épais et longs, inclinés vers le sommet, précédés de quelques-uns plus courts, du côté de la hampe. Au-dessous du sommet est une pointe orientée vers lui. Le cirre ventral est assez court; son extrémité n’atteint pas le niveau de celle du mamelon sétigère.
Cet exemplaire, de même que les deux autres de Petermann, montre les soies caractéristiques de la phase épigame. Au-dessous du double acieule du mamelon sétigère normal, on en voit un autre plus grèle, arqué, à concavité tournée vers le haut et soutenant un second fascicule de soies simples, capillaires, très fines, peu saillantes.
Les cirres anaux étaient tombés.
La trompe est droite et très courte ; la gaine pharyngienne est inerme ; le proventricule commence au cinquième sétigère.
Ehlers (1) a signalé dans la région magellanique trois espèces du genre Syllides Œrsted, auquel appartient le Syllidien décrit ci-dessus : 1° le Syllides articulosus Ehlers, dont les cirres dorsaux sont segmentés et dont les antennes montrent aussi des constrictions, indice d’une division en articles ; 2° le Syllides longocirratus Œrsted, des mers septentrionales d'Europe, connu égalementà Madère, à Marseille, à Trieste, qui possède six yeux, et dont les cirres dorsaux, à partir du troisième segment, laissent voir des traces de segmentation ; 3° le Syllides sp.?, à cirres très longs, non segmentés, qui avait également six yeux. Ehlers, qui présumait que ce Syllidien appartenait à une espèce nouvelle, n’a eu entre les mains que la partie antérieure d’un exemplaire.
Le Syllides de Petermann diffère des trois formes ci-dessus mentionnées de la région de Magellan et des autres espèces du même genre ; j'ai proposé de lui donner le nom de Syllides Liouvillei, en l'honneur de
(4) E. Euvers, Polychæten der hamburger magalhaensischen Sammelreise, 1897, p. 42-46
ANNÉLIDES POLYCHÈTES. 49 M. le D' J. Liouville, qui à recueilli et préparé les Polychètes étudiés
dans le présent mémoire.
Genre 2/ONOSY LLIS Malmgren (Langerhans char. emend.).
Pionosyllis comosa Gravier.
Gravier, Annélides Polychètes, Expédition antarclique française, 1906, p. 15, PI. I, fig. 12-13; fig. 9 et 10 dans le texte.
Deux Syllidiens incomplets, en mauvais état, dragués le 10 octobre 1909 à Port Circoncision, à 6 mètres de profondeur, sur des rochers couverts d’Algues, me paraissent devoir être rapportés au Pionosyllis comosa Gravier, dont un spécimen a été recueilli à Port Charcot, à 25 mètres de profondeur, par la première expédition antarctique française.
Les antennes sont tombées; il en est de même de presque tous les cirres dorsaux ; les rares qui soient restés sont longs et insegmentés. La trompe, droite, montre une dent chitineuse, transparente à sa partie antérieure. Le proventricule est relativement très long. Les soies présentent bien les caractères de celles du Pionosyllis comosa. Celles du sommet des faisceaux ont une hampe presque rectiligne, très hétérogomphe, à rostre saillant s’effilant en une pointe aiguë; l’arête, assez longue, droite, a une petite dent au-dessous du sommet; le bord qui porte cette dent est convexe et muni de cils courts. Les soies de la base des faisceaux ont la hampe plus forte et plus renflée au sommet, la serpe plus courte et plus large que celles de la partie supérieure des faisceaux ; sur le bord concave de la serpe, au-dessous du sommet, est une grosse dent, au delà de laquelle on voit une rangée de cils rigides
plus longs et moins drus que dans les soies de la partie supérieure.
Genre SYZLLIS Grube.
Syllis hyalina Grube.
Syllis hyalina Grube, Beschreibung neuer oder wenig bekannter Anneliden, Archiv für Nalurgesch., 29 Jahrg., 1863, p. 45, Taf." IV, fig. 8. Syllis pellucida Ehlers, Die Borstenwürmer, Leipzig 1864-1868, p. 239, Taf. X, fig. 6-11.
2 Expédition Charcot. — Gnavier, — Annélides Polychètes, |
Syllis macrocola Marenzeler, Zur Kenntniss der adriatischen Anneliden, Silzungsber. der K. Akad. der Wissensch., 1874, Bd. LXIX, p. 443, Taf. III, fig. 3.
Syllis hyalina Marenzeller, Zur Kenntniss der adriatischen Anneliden, Sifzungsber. der K. Akad. der Wissensch., 1875, Bd. LXXII, p. 22.
Syllis hyalina Ehlers, Polychæten der hamburger magalhaensischen Sammelreise, 1897, p. 36.
Syllis hyalina Willey, Report on the Collections of natural History made in the antarctic regions during the voyage of the «Southern Cross », 1902, Annelida Polychæta, p. 274, PI. XLV, fig. 1-3.
A Port Circoncision, le dragage du 19 octobre 1909 à fourni un exemplaire de cette espèce ; dix autres exemplaires proviennent de recherches à marée basse faites à Petermann le 31 octobre 1909. Le plus grand de ceux-ci mesure 22 millimètres de longueur; sa largeur maxima ne dépasse guère { millimètre. Le nombre des segments est de 81. La forme du corps est grêle, sauf chez les individus qui se sont assez fortement contractés dans le liquide fixateur.
En avant, le corps offre une ornementation caractéristique : sur le dos de chaque segment est une grande bande transversale de teinte foncée, dont la largeur décroit de chaque côté, à partir du plan de symétrie ; et enarrière de cette bande principale, on en voit de chaque côté une autre, de même forme, mais moins étendue. Sur le premier segment, les bandes latérales seules existent. Cette ornementation recouvre la moitié du corps environ, en S’affaiblissant en arrière ; elle est surtout marquée sur une quinzaine de segments. Le pigment est actuellement violacé ; mais la coloration, déjà diminuée par le séjour dans l'alcool, devait être beaucoup plus intense chez les animaux vivants. La face dorsale est plus fortement bombée que la face ventrale.
Le prostomium est deux fois plus large que long. Les yeux sont disposés en trapèze ; les antérieurs, les plus développés, ont leur grand axe oblique par rapport au plan de symétrie ; ils sont orientés vers le dehors; les postérieurs sont presque circulaires. L'antenne médiane s’insère un peu en avantdes veux postérieurs ; elle est composée de dix-neuf articles dont les sillons de séparation sont particulièrement marqués dansla région distale. Les antennes latérales, un peu plus courtes, ont leur base dans la partie antérieure du prostomium, un peu en dedans et en avant des yeux antérieurs, Le prostomium est nettement délimité vis-à-vis du premier
segment porteur des cirres tentaculaires, dont les dorsaux, les pluslongs, ont des dimensions comparables à celles de l’antenne médiane. Les palpes sont assez longs, épais à la base, aplatis ou même un peu excavés à la face inférieure.
Au premier sétigère, le cirre dorsal est le plus grand de tous les appendices ; il compte vingt articles. D'avantenarrière, les cirres dorsaux deviennent plus courts et se renflent fortement dans leur partie basilaire ; ils arrivent à ne plus compter qu’une dizaine d'articles; dans la région postérieure du corps, ils sont de nouveau plus grêles, en conservant sensiblement le même nombre de segments. Les cirres dorsaux s’insèrent latéralement à un niveau assez bas.
Le mamelon sétigère, dans la partie antérieure du corps, est bifide ; il est soutenu par trois acicules dont les pointes sont en saillie sur le tégument ; il porte une dizaine de soies composées, à hampe arquée, renflée au niveau de l'articulation, très hétérogomphe. Au sommet du faisceau, la serpe est assez longue, recourbée en pointe mousse à son extrémité, avec une dent située au-dessous de celle-ci et inclinée vers elle ; le bord convexeest munide cils rigides assez longs. Le cirre ventral a la forme d’une languette bien développée, dont l'extrémité dépasse la saillie du mamelon sétigère.
Dans la partie postérieure du corps, le mamelon sétigère est coupé obliquement vers le bas; l'échancrure médiane n'est presque plus apparente. Il est soutenu par un ou deux aciculeset armé également de neuf ou dixsoies. Celles de la base du faisceau ont une hampe de mème caractère, mais un peu plus forte que celles du sommet. La serpe est très courte, avec des cils rigides sur le bord concave.
Au pygidium, les cirres anaux sont longs et grèles, plus grands que les cirres dorsaux des derniers sétigères.
La plupart de ces exemplaires avaient la trompe complètement extroversée. L'ouverture de cette trompe est bordée par dix grosses papilles égales, à contour arrondi, points de départ d'autant de cannelures à la région antérieure de l'organe ; immédiatement au-dessous de la bordure de papilles, s'implante la dent chitineuse terminée en pointe mousse.
Je rapporte le Syllidien décrit ci-dessus au Syllis hyalina Grube, dont
E. von Marenzeller a fait une étude approfondie et qui présente de notables variations dans la forme du prostomium, la longueur et le nombre des articles des divers appendices. Tout comme Ehlers, je ne vois que quatre yeux à tous les spécimens rapportés par le « Pourquoi Pas? », et non pas six, comme l'indique E. von Marenzeller.
Cette espèce parait avoir une large distribution géographique. Découverte d'abord dans la mer Adriatique, elle existe aussi au détroit de Magellan (Punta Arenas) et dans la Terre de Feu méridionale (Ushuaïa); elle a été également trouvée au cap Adare (Victoria Land), et enfin, par le
« Pourquoi Pas? », à Petermann et à Port Circoncision.
Genre 7'RYPANOSYLLIS Claparède.
Trypanosyllis gigantea (Mac Intosh).
(PL. I, fig. 7 et 8.)
Syllis gigantea Mac Intosh, Annelida Polychæta, The Voyage of H. M. S. « Challenger », Zoology, vol. XII, 1885, p. 193; PL XXX, fig. 1-3; PI. XXXIII, fig. 4; PI. XVA, fig. 14; PI. XXXIVA, fig. 7.
Trypanosyllis giganlea Ehlers, Polychæten der hamburger magalhaensischen Sammelreise, Hamburg, 1897, p. 35.
Trypanosyllis giganlea Ehlers, Die bodensässigen Anneliden aus den Sammlungen der deutschen Tiefsee-Expedition, Jena, 1908, p. 65.
Un dragage effectué le 20 janvier 1909, à 200 mètres de profondeur, sur un fond de roches, de gravier et de sable, dans la baie Marguerite, a fourni un exemplaire incomplet de cette espèce, ayant près de 13 centimètres de longueur et 7 millimètres dans sa plus grande largeur. Quelques jours auparavant, le 16 janvier 1909, dans les matériaux d’un dragage exécuté près de la Terre Alexandre (latitude : 68°34"sud ; longitude : 72° 5'ouest; température du fond: + 1°,6), à 250 mètres de profondeur, sur un fond rocheux, M. le D°Liouville avait recueilli un autre exemplaire, incomplet aussi, auquel il manque une notable portion de la région postérieure, et qui mesure 16%,5 de longueur. Entier, il devait avoir une vingtaine de centimètres. La largeur maxima était sensiblement la même que celle du précédent.
Cette espèce mérite bien, comme on le voit, le nom de gigantea que lui a donné W. C. Mac Intosh. Le célèbre naturaliste écossais indique pour
un individu entier, dragué à Kerguelen, 90 millimètres de longueur et 7 millimètres de largeur maxima, ÿ compris les soies. Ces dimensions peuvent, d'après les indications données ci-dessus, être largement dépassées, au moins en ce qui concerne la longueur.
Mac Intosh a parfaitement décrit ce beau Syllidien. Je dois ajouter toutefois que les soies de la partie antérieure du corps (PL HE, fig. 7) ont une hampe plus longue et plus large que celles de la partie postérieure (PL LE, fig. 8) ;les cils rigides, à la base du bord concave de la serpe, sont en revanche un peu plus grands dans les dernières que dans les premières.
Ehlers (1897) a donné quelques indications sur la couleur du 77ypanosyllis qgijantea, d'après les notes de Michaelsen et de von Steinen. Le plus grand des deux exemplaires rapportés par le « Pourquoi Pas? » a une coloration encore très marquée dans une partie du corps : le dos est d’un brun rouge chez l’animal conservé. Les cirres de la région antérieure du corps sont tentés en brun à leur extrémité distale; ilen est de même pour les palpes à leur extrémité libre.
Comme l’a fait remarquer Ehlers, l’armature de la trompe doit faire ranger l’animal dans le genre 7ypanosyllis.
Le Zrypanosyllis qgigantea (Mac Intosh) parait être le géant des Syllidiens. P. Langerhans (1) indique pour le Syllis monilaris Savigny, trouvé par lui à Madère, 80 millimètres de longueur; Haswell (2) a fait connaître une espèce australienne, le Syllis corruscans, de 90millimètres de longueur et 7 millimètres de largeur; J'ai décrit moi-même une forme de Djibouti, Syllis longissima, dont un individu avait 130 millimètres de longueur, mais 0°",8 de largeur (3). Le 7ypanosyllis gigantea dépasse bien, surtout en longueur, toutes ces espèces, de taille cependant tout à fait exceptionnelle chez les Syllidiens. Le 7rypanosyllis qigantea était connu déjà à Kerguelen ; dans le détroit de Magellan (Punta Arenas); dans la
Terre de Feu du Sud (Ushuaia); dans la Géorgie du Sud. La « Valdivia »
(4) P. Lancernans, Die Wurmfauna von Madeira (Zeitsch. für wissensch. Zool., Bd. XXXIT, 1879, p- 539).
(2) W.-A. Hasweur, Observations on some Australian Polychæla (Proceed. of the Linn. Soc. of New South Wales, t. X, 1884, part IV, p. 734, PI. L, fig. 4-3; PI. IV, fig. 5).
(3) Cu. Gravier, Contribution à l'étude des Annélides Polychètes de la mer Rouge (Nouv. Arch. du Muséum, 4° série, €. Il, 4900, p, 154, PL. IV, fig. 7, fig. 17-23 dans le texte).
l'a recueilli de nouveau à Kerguelen, dans le bassin de la « Ga-
zelle ».