V.— FAMILLE DES TFPHLOSCOLÉCIDÉS Uljanin
Genre SAGITELLA N. Wagner.
Sagitella Kowalewskii N. Wagner.
(PL. III, fig. 30-32.)
N. Wagner, Nouveau groupe d’'Annélides, Travaux de la Société des Naluralistes de Saint-Pélersbourg, 1872, III, p. 344-347. (Ce mémoire en russe est traduit en partie dans le mémoire suivant.)
M. Uljanin, Sur le genre Sagitella (N. Wagner), Archives de zool. expér. el gén., t. VIT, 1878, PI. I-IV.
J. Reibisch, Die pelagischen Phyllodociden und Typhloscoleciden der « Plankton-Expedition », Bd. II, 1895, p. 56.
R. Southern, Fisheries, Ireland, Scientif. Investig. 1910, n° III, 1911, p. 53 ; PL I,
fig. 11-12.
C'est encore dans le coup de filet pélagique du 18 janvier 1910 qu a été pris un exemplaire de Sagitella (latitude : 69015" sud; longitude : 1080 5” ouest). L'instrument, ramené de 950 mètres de profondeur à la surface, n’en à rapporté qu'un exemplaire, qui a perdu la majeure partie de ses cirres ; la longueur de l'animal est de 17 millimètres ; le nombre des segments sétigères, de 25.
A la partie antérieure, le prostomium, soudé intimement au premier segment cirrigère, est piriforme et terminé en avant par une pointe mousse (PI. IT, fig. 30). Sur la face dorsale, on distingue une éminence médiane impaire, circulaire et peu saillante ; un peu en arrière, il existe deux bourrelets transversaux dessinant un V obtuss'ouvrant vers la partie postérieure. Ces bourrelets, un peu rétrécis en avant, ne se rejoignent pas tout à fait sur la ligne médiane; ils s'étendent sur toute la face dorsale ; leur extrémité postérieure, seule libre, est située un peu en avant de l’insertion des cirres du deuxième segment cirrigère. Sous le prostomium, la bouche donne issue à une courte trompe, qui se présente sous forme d’un tube à paroi mince, translucide et largement ouvert, à bord uni, non lobé.
À quelque distance en arrière du centre du bouton médian, s’insère de chaque côté le premier cirre foliacé du corps. Celui de gauche seul est resté adhérent ;ilest cordiforme, recouvre latéralement le prostomium
et s'étend aussi loin que lui en avant. Les quatre premiers segments sont
très courts, et la partie du corps correspondante, qui garde chez l'animal conservé une teinte brunâtre, est un peu plus étroite que la région suivante ; celle-ci va en s’élargissant progressivement jusqu’au treizième ou quatorzième cirrigère, à partir duquel la largeur décroit à nouveau vers l'extrémité postérieure ; la longueur des segments suitles mêmes variations.
Sur chaque segment dont les cirres sont tombés, on voit, de chaque côté, deuxbourreletssuperposés etséparés, correspondant aux Insertions respectives des cirres dorsaux et ventraux ; entre les deux, s’attachaient les soies. Ces soies, qui ne se sont maintenues qu'à l'extrémité postérieure du corps, sont des soies simples, assez fortesrelativement, recourbées à leur extrémité étirée en une pointe fine (PI. IE, fig. 32). On n'en voit que deux à chaque faisceau. Le cirre dorsal du dernier sétigère (PI. HT, fig. 31) à droite était resté en place ; il est, comme le montre la figure, fort allongé, s'étendant, en longueur, autant que les ecirres anaux. De l’autre côté, à gauche, le cirre dorsal était tombé, le ventral était resté; celui-ci, de dimensions beaucoup plus réduites que le cirre dorsal correspondant, est cordiforme. Les cirres anaux sont fort développés, très larges et très longs. Le corps se termine par une petite languettearrondie, un peu en arrière du niveau d'insertion des cirres anaux.
Il serait intéressant d'appliquer à ces appendices les méthodes de recherches préconisées par D. Rosa pour l'étude des Tomoptériens. Malheureusement, n'ayant qu'un seul exemplaire en médiocre état de conservation, puisqu'il a perdu la plupart de ses cirres, je n'ai pu en sacrilier aucune partie à cette étude.
Les caractères des saillies du prostomium et le grand développement des cirres anaux me font rapporter ce Polychète pélagique au genre Sayitella N. Wagner. Les bourrelets situés en arrière de la proéminence médiane, tels que les représente R. Southern (1), rappellent ce que lon observe dans la forme antarctique ; mais ces bourrelets, d'après la figure donnée par Southern pour le Sagitella Kowalewskii N. Wagner, la seule espèce qui soit bien caractérisée, se recourbent de chaque côté vers lextrémité antérieure pour aller se terminer tangentiellement à la saillie
(4) R. Souruerx, Fisheries, lreland, Scientific Investigations, 1940, I, p. 33, PL IL, fig. 11.
médiane. D'autre part, le prostomium du Sagitella antarctique ne présente pas un appendice grêle antérieur, sorte de tentacule médian, comme le Sagitella Kowalewskir. Une autre différence est à noter : 11 n°4 a dans le Sagitella antaretique que 25 segments pour un animal de 17 millimètres de longueur ; J. Reibisch (1) en indique 50 chez un exemplaire de 15 millimètres de longueur; R. Southern (2) en comple un nombre qui varie de 42, à 47 chez des individus de 10 à 17 millimètres.
Le Sagitella Kowalewskii a été trouvé en diverses parties de Atlantique d'abord par Greeff, puis au cours de la « Plankton Expedition », et sur les côtes d'Irlande, où Southern (3) a même signalé un autre Typhloscolécidé : Sagilella sp.?
Le Sagitella recueilli par le « Pourquoi Pas? » est le premier représentant de la famille des Typhloscolécidés qui ait été trouvé dans les mers antaretiques.
N'ayant qu'un seul exemplaire assez mal conservé à ma disposition, etne pouvantapprécierla valeur de ces différences, je propose, avec toutes
réserves, d'attribuer le Sagitella décrit ci-dessus à l'espèce de Wagner.