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Ereutho kerguelensis W.-C. Mac Intosh, Annelida Polychæta, The Voyage of H. M.S. «Challenger», vol. XII, 1885, p. 475, PI. XXVIIIA, fig. 22.

Le Polycirrus kerquelensis (Mac Intosh) à été recueilli par M. le D° J. Liouville en plusieurs points de la région explorée par le « Pourquoi Pas? ». Neuf exemplaires de différentes tailles ont été trouvés à Petermann (N.-E.), à marée basse, sous des roches plates ; un autre à été dragué dans un fond rocheux couvert d'Algues, à Port Circoncision, par 6 mètres de fond; douze autres ont été récoltés à mer basse,

le 26 décembre 1909, dans la baie de lAmirauté.

Parmi tous les exemplaires, l’un des plus grands — provenant de Petermann — enroulé sur lui-même, a environ 20 millimètres de lon-

gueur ; la plus grande largeur, dans la partie antérieure et renflée du corps, ne dépasse guère 2 millimètres. La couleur de l'animal conservé est d'un jaune clair uniforme. Il possède 11 segments pourvus de soies dor sales, à la suite desquels on compte 25 segments avec tores uncinigères.

L'orifice buceal est enveloppé par une très haute et très grande collerette à bord libre ondulé, largement ouverte à la face ventrale et sur laquelle s'insèrent les tentacules extrêmement longs et fort nombreux. Les deux segments suivants forment deux très gros bourrelets superposés, non divisés sur la ligne médiane ventrale. Viennent ensuite deux segments présentant chacun une paire de plastrons très courts, mais très larges, et séparés par un sillon étroit. Dans les six segments suivants, les paires de plastrons s’allongent, comme les segments correspondants,

et en même temps se séparent de plus en plus l’un de l’autre en se rétré-

cissant. Les plastrons de la huitième paire sont particulièrement étroits. La face ventrale, dans la partie antérieure du corps, est faiblement convexe ; elle devient tout à fait plane dans la partie postérieure. La face dorsale est fortement bombée d'un bout à l’autre.

Dans la partie antérieure du corps, la segmentation n'est marquée que par les plastrons de la face ventrale et par les mamelons sétigères ; elle s’efface dans la région dorsale. Elle est beaucoup plus accentuée dans la partie postérieure du corps, qui s’eflile graduellement, et où chaque segment est divisé par dessillons supplémentaires en 2,3 ou même 4 anneaux.

La première paire de mamelons sétigères dorsaux correspond à la première paire de plastrons ventraux. Ces mamelons, de forme comprimée, portent des soies qui sont droites ou légèrement coudées, terminées en pointe acérée, pourvues d'un limbe de chaque côté ; ce limbe est couvert de stries très fines, obliques par rapport au bord de la soie. Je compte 2% de ces soies au cinquième faisceau. Les quatrième, cinquième et sixième sétigères portent des papilles ventrales très saillantes.

I n°y a pas de plaques onciales au thorax. Les premières plaques uneinigères se montrent donc au segment qui suit immédiatement le dernier sétigère. Ces plaques onciales (PE XE, fig. 136) sont de forme très allongée. Au-dessus de la grosse dent inférieure, on voit une autre dent de même forme, mais plus petite et d'ailleurs unique également, comme on Île constate quand on regarde la plaque onciale de face. Les plaques périphériques de chaque tore ne portent pas d’autres dents, mais, dans les autres plaques, on discerne, au-dessus de cette seconde dent, une troisième dent plus réduite encore.

Chez un second exemplaire, de taille un peu plus considérable, mais auquel manque une grande partie de la région abdominale, je compte 15 sétigères dorsaux; chez un troisième, il y a 12 sétigères dorsaux el 30 segments à {ores uncinigères. Les autres exemplaires de FAntarctique ont tous 11 segments sétigères thoraciques.

Je rapporte avec quelque réserve cette espèce au Polycirrus (Ereutho) herquelensis, dont Mac Intosh n'a pu étudier qu'un fragment antérieur de 5 millimètres de longueur, dragué par le « Challenger » à Christmas

Harbour, à 230 mètres de profondeur environ. En tout cas, les carac-

ANNÉLIDES POLYCHÈTES. 143 tères des plaques onciales paraissent bien être les mêmes dans les deux formes. Ilest extrêmement probable que le Polycirrus décrit par Willey(1) sous le nom d'Æreutho antaretica doit être également identifié à l'espèce de Mae Intosh, autant qu'on en peut juger par les plaques onciales, qui, d'après Willey lui-même, ressemblent étonnamment à celles de Polycirrus kerquelensis (Mac Intosh}. Comme de Saint-Joseph l'a fait justement observer (2), le nombre des séligères ne peut servir à établir des genres parmi les Polycirrides, à cause des variations qu'il présente chez une même espèce; dans le genre Polycirrus (Grube) rentrent done les genres Ereutho et Leucariste, que Malmgren distinguait du genre Poly- CIPTUS SSL.

Tubes de Térébelliens.

(PI. XII, fig. 157-169.)

M. le D'J. Liouville a rapporté en outre un grand nombre de tubes très fragiles qui ont été fort probablement habités par des Térébelliens. Ces tubes sont construits avec la vase essentiellement argileuse où vivaient les animaux qui les ont édifiés. Is sont tous tapissés par une mince membrane d'apparence parchemineuse, mais très friable et qui est constituée par le mueus desséché, sécrété par les Polçchètes tubicoles. Quelquesuns contiennent encore des débris méconnaissables de leur hôte. Ils sont de formes variées (PI. XIT, fig. 157-169), mais peuvent se ramener à deux types ; les uns sont droits (PI. XIT, fig. 158, 162, 166) ; les autres sont enroulés sur eux-mêmes, et les tours de spire sont contigus. Quelquesuns de ceux-ci conservent la même largeur d'une extrémité à lautre (fig. 157); mais la plupart d’entre eux sont tronconiques (fig. 160, 161, 167). Ces tubes enroulés ont leur paroi moins épaisse que celles des tubes droits. Is sont tous représentés en vraie grandeur dans la planche XIT. Mac Intosh (5) a figuré pour l'Aphitrite kerquelensis Mac Intosh un

« massive tube of fine mud », qui ressemble beaucoup aux tubes evlin-

(1) A. We, Report on (he Collections of nalural History made in the Anlarelic Region during (he Voyage of {he « Southern Cross », London, 1902, p. 281, PI XLVI, fig. 6.

(2) Biron ve Sawr-Josern, Annélides Polychètes de Dinard (Ann. des Sc. nat., Zool., T° série, t. XVII, 1894, p. 234).

(3) W.-C. Mac{xrosn, The Voyage of H. M. S. « Challenger », Scientific Reports, Zoology, Vol. XI, 1885, PI. XLIX, fig. 1.

driques des figures 158, 162 et 166 (PI. XID). Or M. le D'J. Liouville à retiré de la vase d’un dragage exécuté dans la baie de FAmirauté (île du Roi George, Shetlands du Sud) sept exemplaires d'Arrphitrite kerquelensis séparés de leur tube. Ilest done fort probable que les tubes en question sont à rapporter à l'Azaplatrite kerquelensis Mac Intosh. Il est impossible actuellement d'indiquer Fespèce qui construit les tubes enroulés sur euxmêmes; ces tubes, d’un facies un peu exceptionnel, ne paraissent pas

attribuables à lune des formes rapportées par le « Pourquoi Pas »?

XIX. — FAMILLE DES SERPULIENS Burmeister (Grube char. emend.).

Genre Potanilla Malmeren.

Potamilla antarctica Gravier.

(PI. XI, fig. 137-141.)

Ch. Gravier, Annélides Polychètes, Expédilion anlaclique française (1905-1905), 1906, p. 29, fig. 38-43 dans le texte.

De tous les Polychètes rapportés par le « Pourquoi Pas? », le Potanulle antarctica Gravier paraît être lune des espèces les plus répandues dans la région qu'a explorée ce bateau, si lon en juge par le nombre de points où elle à été trouvée et aussi par le nombre des exemplaires récoltés, comme le montrentles indications suivantes :

l° Dragage du 15 janvier 1909, à 254 mètres de profondeur, sur un fond de roches et de gravier. Température de l'eau au fond: + 1,18 C. Entrée de la baie Marguerite, entre l'ile Jenny et la Terre Adélaïde.

°45" sud ; longitude : 70° 45'48" ouest de Paris.

Latitude : 67 Deuxexemplairessans tube; un autre avecsontube, mais sansle panache branchial.

2° Dragage du 16 janvier 1909, à 250 mètres de profondeur, sur un fond de roches. Température de l'eau au fond : + 1°,6. Près de la Terre Alexandre. Latitude : 6834" sud; longitude : 72° 5° ouest de Paris, environ. Un exemplaire jeune, sans tube.

3 Dragage du 28 décembre 190$. Profondeur : 30 mètres. Fond :

roches et vase, Chenal Peltier.

Deux exemplaires de belle taille, sans tube,

4° Dragage du 26 novembre 1909. Profondeur : 70 mètres. Fond : vase et cailloux. Devant Port Lockroy, chenal de Roosen. Latitude : 644955" sud ; longitude : 65° 49"18" ouest de Paris.

Trois exemplaires. D'après les notes de M. le D° Liouville, la couleur de ces Sabelliens est rouge vif et non marron. Ces notes montrent que les exemplaires de même provenance peuvent présenter des différences sensibles. Tandis qu'en général, chez l'animal conservé, le corps est jaune verdâtre et le panache branchial, bariolé avec de larges bandes ocre et blanches alternativement, ici, le corps du plus grand des exemplaires, auquel manquent les branchies, est d'un rouge vineux foncé : les deux autres ont la même teinte un peu plus pâle, uniforme sur tout le corps; l'un d'eux à son panache branchial avec la même coloration.

5° Dragage du 26 décembre 1909. Profondeur : 420 mètres. Fond : vase et cailloux. Température de l’eau au fond : + 0,36 C. Milieu de la baie de lAmirauté, ile du Roi George (Shetlands du Sud). Latitude : 62° 12’ sud ; longitude : 60° 55" ouest de Paris.

Un exemplaire dont le tube est enveloppé, du côté du panache branchial, par une Ascidie composée. Des tubes vides.

6° Dragage du 27 décembre 1999. Profondeur : 75 mètres. Fond : vase grise et cailloux. Température de Peau au fond: +-0°,3 C. Anse ouest de la baie de l'Amirauté, ile du Roi George (Shetlands du Sud).

Cinq exemplaires avec des tubes vides. Parmi eux, il en est, sans le panache branchial, dont le corps seul, certainement contracté, a presque 17 centimètres de longueur.

En comparant attentivement ces divers spécimens au Pofanmnlla antarclica, que j'ai décrit dans le mémoire relatif à la première expédition antaretique française, je ne vois que des différences sans importance dans la forme des crochets aviculaires, qui sont ici, en général, à col plus élroit(PI. XE, fig. 140 et 141), et aussi dans lalongueur des branchies par apport à celle du eorps; la base des branchies porte des lobes très développés (PL XL, fig. 137). Les autres caractères concernant la forme générale du corps, la collerette, les soies dorsales du thorax (PL XL, fig. 138

et 139) concordent d'une manière satisfaisante.

2e Expédition Charcot. — Gravier. — Annélides Polychètes. 19

Genre DASYCHONE Sars.

Dasychone ?

(PI. X, fig. 113; PL XI, fig. 142-144)

Je n'ai eu malheureusement à ma disposition que deux exemplaires sans panache branchial de ce Sabellien provenant du dragage du 26 décembre 1909, fait à 420 mètres de profondeur, sur un fond de vase et de cailloux, au milieu de la baie de l'Amirauté, île du Roi George (Shetlands du Sud). Latitude : 62° 12" sud; longitude: 60° 55"ouest de Paris. Dans le récipient contenant l'un de ces exemplaires, étaient des débris de tubes appartenant probablenrent au Sabellien; ces débris, de consistance cornée, à paroi assez épaisse relativement, étaient revêtus d'une mince couche de vase fine.

4 millimètres; il

La longueur du mieux conservé des deux est de 1 possède 52 séligères. La couleur actuelle de Fanimal est d'un brun elair uniforme ; on remarque quelques taches pigmentaires de chaque côté du pygidium (Pl. XI, fig. 142). Les faisceaux dorsaux thoraciques, de même que les faisceaux ventraux abdominaux, ne possèdent qu'une seule espèce de soies. Ce sont des soies plus ou moins coudées et bilimbées (PIX, fig. 113). Le limbe est beaucoup plus large sur le côté convexe que sur le côté concave ; de plus, il présente des stries fines, parallèles les unes aux autres et obliques au bord de la soie.

Aux tores thoraciques, il n'existe qu'une seule espèce de crochets aviculaires, à col assez long et à base plutôt courte (PL X, fig. 143). Aux tores abdominaux, il n'y a également qu'une rangée de crochets de même forme qu'au thorax, mais à base encore un peu moins développée (PI. X, fig. 144).

Il est fort regrettable que Fun au moins des panaches branchiaux n'ait pas été conservé, car l'absence de cette partie de lanimal nous laisse dans le doute quant à la détermination générique. On sait que, dans le genre Dasychone Sars, les appendices dorsaux des branchies sont très caractéristiques. De même que les Dasychone, les genres

Sabellastarte Krüyer et Eurato Saint-Joseph ont des crochets aviculaires

au thorax comme à l'abdomen, et des soies thoraciques d'une seule sorte. Il n’a encore été signalé aucune espèce de ces deux genres dans la région antarctique.

S'il s’agit véritablement ici d'un Dasychone, ce ne serait pas, en tout cas, le Dasychone curta Ehlers (1), recueilli à Juan-Fernandez par Plate, et dont les plaques onciales sont très spéciales, bien différentes de celles

du Sabellien dont il est question ici.

Genre SERPULA L. s. st Phil.

Sous-genre S£ERPULA s. st.

Serpula vermicularis L.

(PI. XII, fig. 170-174.) Linné, Syst. Naturæ, XII, 1767, p. 1266, fide Môrch.

’armi les Polychètes, le Serpula vermicularis L., qui, comme l'a montré Fauvel (2), présente tant de variabilité dans ses caractères (coloration, nombre des branchies, forme et denticulations de lopercule, aspect du tube), doit être l'un des plus répandus dans la région antarctique, comme il l’est sur le reste du globe. On le connaît dans les mers du Nord de l'Europe, la Manche, PAtlantique, la Méditerranée, la mer Rouge, le golfe Persique, à Kerguelen, aux îles Marion, dans la région magellanique et même dans l'Antarctique proprement dite (île Booth- Wandel, première expédition antarctique française). IL a été décrit sous bien des noms différents, dont le baron de Saint-Joseph (3) et Fauvel ont donné la liste.

Un très grand nombre d'exemplaires de ce Serpulien cosmopolite ont été rapportés par le « Pourquoi Pas? ». Des matériaux du dragage fait le 16 janvier 1909, à 250 mètres de profondeur, sur un fond rocheux, près de la Terre Alexandre (latitude : 68°3% sud ; longitude : 72°5° ouest de

(1) E. Eucers, Die Polychæten des magellanischen und chilenischen Strandes. Ein faunistischer Versuch, Berlin, 1901,p. 216, Taf. XXV, fig. 10-13.

(2) P. Fauvez, Sur quelques Serpuliens de la Manche et de la Méditerranée (Serpula vermicularis L., Protula tubularia Mont.) (Assoc. franc. pour l'avanc. des sciences, Lille, 1909, p. 691).

(3) Baron DE Sar-Josep, Les Annélides Polychètes’des côtes de Dinard, 3° partie (Ann. des Sc. nat., Zool., Tesérie, t. XVII, 189%, p. 328, PI. XII, fig. 358-365).

Paris environ), M. le D° J. Liouville à retiré 26 individus sans leur tube, la plupart assez jeunes, de taille médiocre. Tous ont les soies caractéristiques du premier segment et les soies en cornet comprimé à l'abdomen. Je n'ai vu aucun parasite dans les branchies.

Dans le chenal Peltier, de 30 mètres de profondeur, la drague a ramené trois fragments de tube avec les péristomes transversaux, et en outre un animal d'assez grande taille extrait de son tube.

A Petermann, on a recueilli également un grand nombre de tubes dont quelques-uns sont habités : les uns tortueux, isolés, avec leurs péristomes de distance en distance, les autres accolés. Is sont Llantôt adhérents dans toute leur étendue, tantôt divergents et au contact l’un de l’autre sur de faibles longueurs seulement (PI. XII, fig. 173 et 174). Sur certains de ces tubes, sont fixés des Foraminifères qui, à la loupe, ressemblent assez aux Polystomella de nos côtes, tantôt à peine adhérents, tantôt logés dans une dépression de la paroi calcaire du tube ; plusieurs de ces tubes sont revêtus aussi de colonies de Bryozoaires, de Polypes hydraires et mème d'Alcyonaires.

D'autres tubes pris au chenal de Roosen servent de support à des Éponges ou à des Ascidies.

Enfin le dragage du 1" février 1909, à 380 mètres de profondeur, dans la vase grise et le gravier, à la baie Matha (latitude : 66°50° sud; longitude : 69° ouest de Paris), la fempérature du fond étant + 1° C., à fourni sur des fragments de roches volcaniques des tubes bien intacts de Serpula vermicularis L. Ces tubes sont très intéressants; ils montrent que ce Serpulien commence par appliquer son tube dans toute son étendue sur le support; puis, après avoir dessiné des courbes de forme variée, parfois aussi une spire assez régulière, le tube se dresse brusquement et prend une position oblique ou verticale, indépendante du support (PI XIE, fig. 170, 171 172). Lorsque plusieurs de ces tubes, dans leur partie libre, se trouvent au voisinage lun de Pautre, 1ls peuvent se souder sur une grande longueur en croissant ensemble, lorsque la soudure se fait au voisinage immédiat du support; ou en certains points seulement, lorsque les tubes construits par les Serpules décrivent des

spires à pas plus où moins hauts.

ANNÉLIDES POLYCHÉÈTES, 149

Genre CYSTOPOMATUS Gravier.

Cystopomatus Mac Intoshi Gravier.

(PL. XI, fig. 145-152.) Ch. Gravier, Sur les espèces nouvelles de Polychètes provenant de la seconde expédition antarctique française, Bull. du Mus. d'Hisl. Nal., t. XVII, 1911, p. 515.

Dans le flacon qui renfermait un grand nombre de tubes de Serpula vermicularis, recueillis à Petermann, j'ai trouvé deux exemplaires d'un type nouveau de Serpulien.

Les tubes de ce Serpulien sont extrèmement grêles, irrégulièrement tordus et coudés, ouverts aux deux bouts, et apparemment indépendants de tout support par conséquent, sensiblement de même taille tous les deux et couverts de fines stries transversales. Celui qui est représenté figure 145 (PL. XI) avait un peu plus de 5 centimètres d'une extrémité à l’autre, en ligne droite; il s’eflile graduellement de l'extrémité supérieure, dont le diamètre à environ 0"",6, à l'extrémité inférieure, dont le diamètre est à peine moitié moindre. À cause de la fragilité de ces tubes, je ne puis dire s'ils sont entiers, ni s'ils sont complètement libres: ce qui est hors de doute, c’est que l’animal v occupe fort peu de place (PI. XIE, fig. 145). Dans le tube de 5 centimètres de longueur, l'animal, qui y était retiré assez loin de l’orifice, mesurait à peine 12 millimètres de longueur, c'est-à-dire moins du quart de la longueur du tube.

Malheureusement, les deux exemplaires que J'ai extraits de ces tubes n'étaient pas en fort bon état de conservation. La partie antérieure de l'abdomen était macérée chez l'un d'eux; quant à l’autre, la seconde moitié du corps était très endommagée par suite de la présence d’un Crustacé parasite, qui occupait presque tout entière. Malgré toutes les précautions prises en retirant le Polychète de son tube, l'abdomen du second individu s'est rompu à peu de distance en arrière du thorax; mais celui-ci est resté bien intact. La partie terminale de Pabdomen est de couleur ambrée; tout le reste du corps ne présente aucune pigmentation.

Vue par la face dorsale, la partie antérieure de Panimal à l'aspect

représenté figure {46 (PI. XT).Les branchies sont relativementtrès longues ;

elles mesurent près de 4 millimètres de longueur, c’est-à-dire le tiers environ de la longueur du corps. L'opercule (PI. XI, fig. 147), porté par une tige grêle, sans aileron, a la forme d’une ampoule allongée. La partie supérieure est constituée par une calotte hémisphérique, ou plutôt conique à pointe mousse, nettement délimitée par la mosaïque qu'elle montre à l’examen microscopique, et qui est beaucoup plus marquée à sa surface que sur le reste de lampoule. On voit par transparence une petite masse allongée, dans une position centrale. Les rachis branchiaux, très robustes, sont au nombre d’une douzaine de chaque côté; les filaments branchiaux sont très grèles et assez longs. Chez les deux exemplaires rapportés par la mission antarctique française, ils sont redressés et appliqués le long des rachis ; ceux-ci, dans leur ensemble, constituent une colonne qui s’évase un peu vers le haut, dans le prolongement du corps, et avec un diamètre un peu plus grand. Ces branchies ressemblent beaucoup à celles que Mac Intosh à décrites chez l'Apomalus Elisabethée (\). Les rachis branchiaux sont élargis de chaque côté par une sorte de membrane alaire; ils conservent leur largeur Jusqu'au sommet, qui se continue sous la forme d'un filament grèle, enroulé en une spire plus ou moins serrée.

Une membrane très développée, extrêmement mince, entoure la partie antérieure du corps et la base des branchies, qu'elle laisse voir par transparence. Largement séparés en avant sur la face dorsale, les deux lobes de cette membrane se rejoignent ensuite sur la ligne médiane, puis s'en écartent en se repliant de chaque côté vers le dehors et se rapprochent de nouveau au contact, de facon à circonscrire un espace losangique médian où le thorax est à nu (PI. X, fig. 146).

Le thorax compte 6 segments sétigères. Le premier faisceau de soies dorsales estdirigé en avant ; ilse compose de deux sortes de soies : 1° des soies très grèles, coudées, sans limbe apparent, terminées par une pointe acérée (PI. XE, fig. 148); 2° des soies plus robustes, arquées, montrant des ailerons striés (PL X1, fig. 150) quand on les regarde de face, rappelant de profil le type des soies de Salmacine (PI. XI, fig. 149),

(1) W.-C. Mac Ixrosn, Annelida Polychæta (The Voyage of I. M. S. « Challenger », p. 514, PI. LIV, fig. 4; PI. XXXILa,fig. 21-22).

ANNÉLIDES POLYCHÈTES. TSI avec un limbe légèrement indiqué au-dessus de l'aileron, vers la pointe terminale. Aux faisceaux dorsaux des autres segments thoraciques, les soies sont moins arquées, présentent de fortes stries sur le bord convexe dans la partie la plus large et sur une faible longueur (PE XI, fig. 151).

Il n'y a pas de tores ventraux correspondant à la première paire de faisceaux dorsaux; mais on remarque, en avant des premiers tores ventraux, une rangée transversale de petites saillies ressemblant à des perles minuscules. Les tores ventraux sont done au nombre de 5. Ces tores sont formés par une rangée unique de plaques onciales (PI. XE, fig. 152), mesurant en moyenne 25 » de longueur, présentant un très grand nombre de dents sur leur bord libre, qui se termine du côté de la partie antérieure de l'animal par une épine relativement longue. ï

Je compte une quarantaine de segments abdominaux. Les plaques onciales ont les mêmes caractères que celles du thorax, mais sont de dimensions un peu moindres; je n'ai pu observer, faute de matériaux suffisants, les soies ventrales des premiers segments de l'abdomen ; à la partie postérieure de celui-ci, les soies capillaires sont extrêmement fines, comme chez beaucoup de Serpuliens.

’ar la forme de son opercule, le Serpulien décrit ci-dessus rappelle les Permilia (Lamarck), sauf qu'ici il n°y à point de tranches transversales, point de division en compartiments ; il diffère d'ailleurs profondément des Vermilia par la forme du tube et les soies spéciales du premier segment. Ses soies thoraciques le rapprochent de certains OGnphalopomna (Môrch) et notamment de l'Ophalopoma Langerhansii Marenzeller (1): mais l’opercule et les plaques onciales séparent nettementies deux formes. Par les plaques onciales, et même par les soies de Salmacine du premier segment, il ressemble beaucoup aux Apomatus (Philippi) ; mais, chez ce dernier genre, le premier segment thoracique n'est pas pourvu de soies particulières. Chez le Serpulien de Petermann, les soies de Salmacine ne se voient qu'au premier segment sétigère, qui possède en outre une seconde espèce de soïes. De plus, le pédoncule opereuligère, chez le même Polychète, est grêle, sans aucun appendice, tandis -qu'il est garni de

(1) E. vox Marenzerter, Südjapanische Anneliden (11 Denksch. der math.-naturwissensch. Klasse der kaiserl. Akad. der Wissensch., Wien, Bd. XLIX, 1884, p. 23, Taf. IV, fig. 6).

barbules chez les Apomatus. Chez ceux-ct, les branchies n'ont pas, en sénéral, les caractères indiqués plus haut. Enfin le tube, qui parait être libre ici, a un aspect bien spécial; celui des Apomatus est entièrement lixé, fréquemment sur de vieilles coquilles.

Il me parait nécessaire de créer un nouveau genre, qui reste incomplètement étudié, notamment en ce qui concerne les soies ventrales abdominales. Il faut attendre d’autres matériaux pour le faire connaitre complètement. Je propose, en raison de la forme vésiculaire de l’'ampoule, de donner à ce nouveau genre le nom de Cysfopomatus (1).

L'espèce nouvelle sera le Cystopomatus Mac Intoshi, en l'honneur du P° W.-C. Mac Intosh, de FUniversité de Saint-Andrews, auteur de tant d'importants travaux relatifs aux Annélides Polychèles.

Les caractères essentiels de ce Serpulien peuvent se résumer ainsi : six segments thoraciques: plaques onciales à dents très fines, très nombreuses, portant, du côté le plus voisin de la partie antérieure de l'animal, une épine longue et grêle. Au premier segment thoracique, des soies à aileron crénelé et des soies capillaires ni limbées, ni dentées ; aux autres segments thoraciques, des soies non limbées, arquées, avec de lines dentelures sur le bord convexe. Un opercule ampulliforme, membraneux, non divisé en plusieurs compartiments, porté par un pédoncule grêle, sans barbules ni membrane alaire. Tube très grêle, libre dans une très grande partie, probablement dans toute l'étendue, de sa longueur.

Il restera à déterminer plus tard, parmi ces caractères, ceux qui ont

une valeur générique.

Genre SP/RORBIS Daudin s. st.

2? Spirorbis aggregatus Caullery et Mesnil.

(PL. XI, fig. 155; PI. XII, fig. 176 et 177.) M. Caullery et F. Mesnil, Études sur la morphologie comparée et la phylogénie des espèces chez les Spirorbes, Bull. scient. de la France el de la Belgique, t. XXX, 4 sér., IXe vol., 1897, p. 203, PL VIIL, fig. 9 a-e.

Dans la collection d'Annélides Polychètes recueillis à Petermann par M. le D'J. Liouville, se trouvaient plusieurs blocs de tubes de Spirorbes

(1) De ZJOTIS, vessie; FoUua, ATOS, couvercle, opercule.

agglutinés les uns aux autres, de facon à constituer des croûtes dont l'épaisseur atteint, en certains points, ! centimètre, et qui forment probablement de grandes plaques là où ils s’établissent (PI. XIT, fig. 176, 177). Malheureusement, aucun de ces tubes n’est habité. Je les rapporte, avec toute réserve, au Spirorbis aggregatus Caullery et Mesnil, à cause de l'aspect de leur ensemble, des dimensions des tubes et de jeurs caractères d'enroulement.

Sur tous ces tubes, vraisemblablement inhabités depuis quelque temps, on voit des Bryozoaires encroûtants, de petits Gastéropodes, de toute taille et de tout àge, du genre Lævi/ittorina, et de nombreuses vésicules, tantôt isolées, tantôt groupées (PI. XI, fig. 155), avec un orifice assez large ; on distingue par transparence une (parfois deux) masse à leur intérieur ; ce sont probablement des pontes de Gastéropodes, peut-être même de Lævilittorina, qui pullulent à la surface de ces colonies de Bryozoaires.

Spirorbis Nordenskjoldi Ehlers.

(PI. XI, fig. 153-154).

E. Ehlers, Magellanische Anneliden gesammelt während der schwedischen Expedition nach den Magellansländern, Nachr. der k. Gesellsch. der Wissensch. zu Güllingen, Mathem.-phys. Klasse, 1900, p. 17. - Die Polychæten des magellanischen und chilenischen Strandes. Ein faunistischer Versuch, Berlin, 1901, p, 223.

— Die bodensässigen Anneliden aus den Sammlungen der deutschen Tiefsee- Expedition, Jena, 1908, p. 165.

Ce n’est qu'avec la plus grande réserve que je rapporte au Spirorbis Nordenskzôldi Ehlers un Spirorbe trèsabondant sur desfragmentsde granite et de roches éruptives provenant de Petermann, où j'ai trouvé également Eulalia magalhaensis Kinberg, Eteone Gaini Gravier, Syllis hyalina Grube et Parautolytus fasciatus Ehlers. Le tube se fixe sur un fond plat, en général, mais parfois aussi sur des Bryozoaires à forme arborescente ; les tours de spire sont contigus. Il est de configuration assez variée, tantôt à section sensiblement circulaire, avec de fines stries transversales, tantôt et plus fréquemment avec un bourrelet longitudinal qui suit les tours de spire et qui est plus ou moins saillant ; les deux modes d’ornementation

peuvent coexister. L'orifice du tube intact est le plus souvent circulaire.

2e Expédition Charcot. — Gravier. — Annélides Polychètes. 20

Ces tubes ont une tendance très marquée à former des agrégats peu volumineux.

L'opercule (PI. XI, fig. 153) est recouvert par une plaque caleaire bossuée, ne présentant pas d’échancrure bien marquée. La tige opereulaire est assez grêle et ne possède pas de prolongements aliformes sur les côtés. Le thorax compte trois sétigères. Au premier, les soies portent un aileron crénelé, séparé par une profonde encoche du limbe terminal et fortement strié sur son bord convexe; la pointe terminale est un peu recourbée du côté strié (PI. XI, fig. 154). Au second sétigère, n'existent que des soies capillaires limbées, coudées, qu'on retrouve au troisième segment, avec les soies en faucille qui sont striées. L'incubation à lieu dans le tube.

Ehlers à signalé la parenté du Spirorbis Nordenskjôldi avec le Spirorbis borealis Daudin et le Spirorbis mediterraneus Caullery et Mesnil : tube sénestre, trois sétigères thoraciques, soies du premier sétigère à aileron crénelé, talon de l’opercule sans saillie externe ; de plus, chez le Spirorbe de Petermann, tout comme chezles deux espèces précitées, l'incubation a lieu dans le tube. Mais l’opercule du Spirorbe de l'Antarctique diffère assez nettement de celui que Caullery et Mesnil figurent pour le Sparorbis borealis (1) et pour le Spirorbis mediterraneus (2).

De plus, Ehlers rapporte au Spirorbis Nordenskjôldi des Spirorbes dragués par la « Valdivia » à 439 mètres de profondeur, à Fest de lile Bouvet, chez quelques-uns desquels il a trouvé des cas d’incubation dans l’opercule, ce qui, dit-il, sépare ces Serpuliens du Spirorbis borealis et du Spirorbis mediterraneus. Le même auteur mentionne les variations des caractères de l'opercule chez les divers individus recueillis par la « Valdivia », variations en rapport peut-être avec l’incubation, dit-il. Malheureusement, le savant zoologiste n’a donné aucune figure relative à l'espèce polymorphe qu'il a décrite sous le nom de Sprrorbis nordensljoldi, ce qui rend les comparaisons bien difficiles et me fait hésiter à séparer le Spirorbe de Petermann de celui de la « Valdivia » ; la séparation

(4) M. Cavcrery et F. Mesnir, Études sur la morphologie comparée et la phylogénie des espèces

chez les Spirorbes (Bull. scient. de la France et de la Belyique, t. XXX, 1897, PI. IX, fig. 18 a). (2) Id., PL'IX; fig. 19a.

ANNÉLIDES POLYCHÈTES. 155 s'imposera peut-être quelque jour, quand on aura figuré les principaux éléments de la diagnose du Sprrorbis Nordenskyôldi.

Ces tubes de Spirorbes donnent asile à de nombreux organismes : pontes de Gastéropodes bourrées de Diatomées de plusieurs types, mais particulièrement de Cocconeis ; Bryozoaires ; Lævilittorina à des stades très variés de développement ; jeunes Patelles, ete.

Le Sprirorbis Nordenskjôldi a été trouvé à Punta-Delgada et à l’est de l'île de Bouvet. Si l'identification proposée ici est exacte, la découverte du « Pourquoi Pas? » à Petermann reculerait beaucoup vers le sud Paire de répartition de cette espèce, recueillie en premier lieu, en 1900, par l'expédition Nordenskjüld, à Punta-Delgada.

16 août 1911.

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