III
ne pas s'apercevoir que ma fille vous plaît ; votre alliance seroit pour nous un honneur auquel nous a aurions jamais eu la pensée de prétendre. M. Gérard et moi sommes de même opinion , et c'est comme s'il vous parloit en ce moment : ainsi u sachez que , quant à nous , vous n'éprouverez de notre part aucune opposition à vos desseins , car je n'imagine pas qu'il soit entré dans votre cœur des projets que nous n'approuverions pas; mais Annette est libre , elle est maîtresse d'elle-même , et il faut lui plaire.
— Madame , répondit Argow , à Valence , et devant tout le monde , j'ai déclaré que jamais je n'aurois d'autre femme que mademoiselle
Gérard, si toutefois je parvenoîs à lui plaire : si je n'ai pas encore osé tous parler de ce dessein , c'est que j'attendois d'avoir réussi auprès d'elle , et je vous jure que je n'épargnerai rien pour cela.
Madame Gérard , satisfaite de cette déclaration franche , vit avec plaisir l'élévation future de sa fille.
Au bout de quelques jours , Annette, en se levant , vit Argow dans l'hôtel en face ; il étoïl à considérer les fenêtres de la maison qu'elle occupoit. Surprise de le voir dans cette maison , elle le dit à sa mère qui prit des informations , et madame Partoubat leur apprit que cet inconnu avoit en effet acheté cet hôtel , r avoit meublé , et y demeuroit depuis peu. Jamais homme ne
déploya plus d'emportement et de chaleur dans une telle poursuite; et cette âme , qui étoit tout énergie , ne pouvant rien embrasser avec faiblesse, se trouva , dès le début , plus avancée dans la carrière de l'amour , qu une autre au dernier pas.
Cette ardeur flattoit tellement Annette , que dès ce jour-là elle consentît à rester dans le salon lorsque M. Maxendi y viendroit.
Dès-lors commença , pour F âme d1 Argow , une ère de bonheur inconnue pour lui , et dans laquelle il trouva des charmes inconcevables et des plaisirs dont il ne s1 étoit jamais douté.
En effet , chaque jour fut marqué pour le bonheur. Argow arrivoit et trouvoit dans ce salon modeste un
ordre et une régularité qui alloient à Tàme : il y voyoit cette bonne mère , la simplicité en personne, à la même place , et lui indiquant de la main du siège habituel , comme s'il eût déjà été son fils ; il s'y asseyoit , et tressailloit en voyant la place d'Annette vide. La bonne mère Taccueilloit toujours avec le même sourire , et ce sourire avoit un cachet de franchise qui excluoit toute idée d'intérêt et de bassesse. Quand il entendoit tourner la clef, tout son cœur battoit ; il se le voit pour saluer Annette par un regard plein d'amour.
Cette vue et l'influence de l'âme de cette jeune fille étoient pour lui un bonheurinimaginable.il lacontemploit faire de la dentelle en admirant cette attitude religieuse et cette
(nS )
tranquillité d'âme qui brillantoient une figure gracieuse , et , lorsque de douces paroles venoient errer sur ses lèvres , il atteignoit le comble du plaisir.
C'était un véritable tableau que cette mère et cette fille assises dans l'embrasure d'une croisée , et séparées Tune dé l'autre par une petite table à ouvrage. Le contraste , offert par ces trois figures d'expressions si différentes et éclairées par un jour très-doux , étoit remarquable. Argow étinceloit de désirs et d'amour, la mère sourioit légèrement , et Annette recueillie , mais déployant néanmoins cette affectueuse folâlrerie qui rend la jeunesse si aimable , brilloit d'un éclat qui se réflétoitsurtoulle groupe. Souventce
( "6 ) que Ton disoit équivalent à rien ; mais ces riens avoient une signification pour Târne , et une conversation sérieuse , ou décidément enjouée , auroit nui à cette grande tranquillité qui régnoit. L'heure , les jours , passoient empreints d une teinte de félicité pure qui paroissoit d'autant plus charmante à Argow qu'elle lui étoit inconnue.
Il faut avouer que l'esprit dont l'âme d'Annette étoit pénétrée mettoit l'amour d'Argow à une rude épreuve ; force lui fut d'aimer de l'àme > car Annette , pure et religieuse comme on la connoît , ne lui permettoit rien de ce qui rend l'amour si séduisant. Elle avoit implicitement tout retranché. Jamais Maxendi ne pouvoit surprendre Annette lui jetant un
coup-cTœil , encore moins admettoit-elle celte familiarité charmante qui remplit le vide d'une passion lorsqu'elle s'exerce sans trouble.
Argow n'auroit pas , pour sa vie , osé risquer une parole d'amour , tant l'innocence d'Annette agissoit sur lui , et jamais le tableau d'un tigre enchaîné et adouci par l'amour n'eut une ressemblance plus forte et plus vraie.
Il falloit donc qu' Argow vainquit tout un système religieux. En effet, Annette , ne voyant rien de si beau qu'une jeune fille pure et sans tache , auroit voulu être adorée , mais sans que rien ne pût la changer à ses propres yeux, et Argow ne paroissoit pas avoir assez de moyens moraux pour détruire une telle détermination : il falloit un événement !
Cependant l'habitude de voirAnnette rendoit Argow plus hardi :
souvent il lui parloit et trembloit moins en lui adressant la parole.
L'âme d'Annette , par ce contact produit par la familiarité , agissoit sur l'âme d' Argow, et il prenoit des manières, du parler et des sentimens d'Annette , ce qu'un homme peut prendre des habitudes d'une femme sans dégrader l'attitude mâle de l'homme. Il s'enhardissoit dans l'amour , et son caractère ne pouvant se perdre tout-à-fait , un jour , qu'il se trouva seul avec elle , il osa entreprendre une explication.
— Annette , dit-il , je vous aime , et vous le savez , je vous en ai donné mille preuves ; mais n'eussiezvous que celle que je vous offre par
( n9) le changement total de mes idées et de mon caractère même, vous devriez en être convaincue. Ne me sera-t-il donc jamais permis de voir un seul de vos regards tomber sur moi ?.... avez-vous décidé que votre voix ne me seroit jamais une voix de confiance et d'amitié ?.... me fermez-vous votre cœur ?... Ah ! si vous pouviez , sans danger pour moi , con* noître ce (me je fus et ce que je suis,
ah ! vous seriez moins sévère !
Annette surprise , rougit , et cette rougeur fit palpiter Argow. En ce moment , le ciel étoit pur, les étoiles scintilloient , la lune brilloit ; et , pour toute réponse , la jeune fille , lui faisant contempler cet admirable spectacle , lui répondit après un long silence : «< Celui qui a fait cela
a tout mon amour : voyez les eîeux , cl comprenez la place que vous
pourriez occuper dans mon cœur
L'amour qui , par sa nature , est exclusif de toute affection , ne sera cependant que la seconde passion de mon à me. »
— Ali! s'écria Argow, comprenant pour la première lois de sa vie à quelle perfection les idées religieuses amenoient un être , et apercevant un trésor dans l'âme d'Annette ; ah!
chère Annctte , tel sentiment que vous aviez pour moi , il me sera toujours doux et bienfaisant : je ne demande que la permission d'aimer, d'aimer à ma manière ; et le ciel, dit-il avec énergie , ne vous enlèvera jamais rien en moi , j'aimerai de toutes les forces de mon âme ,
vous me serez tout au monde ! Jugez de la violence de cette passion ; mon cœur se brisoit en silence , et je souffrois avant d'avoir osé vous parler. Oui , mon amour , Annette , sera du feu ; il subsistera contre toute atteinte , il est éternel : la paix , la tranquillité , le bonheur , la satisfaction , aucune de ces fleurs, qui couvrent et éteignent les jouissances humaines , ne pourra F anéantir.
Heureux de pouvoir confondre toute cette énergie brûlante , dont la nature m'a doué , dans une passion pure et honnête! Oh! Annette, que tardez-vous à me reconnoître pour votre appui, votre guide, comme vous serez le mien !....
L'enthousiasme et la violence qu'il mettoit à prononcer ces paroles
enflammées t étoient tellement entrées dans tous ses gestes , qu'il étoit haletant et arrivé au dernier degré de l'exaltation.
Annette , effrayée , se recula de quelques pas.
— Monsieur , dit-elle , aimezmoi , j'y consens ; mais souvenezvous que cet amour ne devra jamais avoir d'autres témoignages que ceux qui, jusqu'ici , vous ont suffi 1.... Ah! je vous en supplie , ajouta-t-elle avec le regard de l'innocence , laissez toujours entre nous un espace , ]e vous en aimerai bien plus : et vous , vous aurez de la joie en voyant toujours pure celle qui vous plaît.
A ces derniers mots , elle baissa la voix et ses yeux se voilèrent timidement.
— Comment ! reprit Maxendi , vous direz à Dieu mille paroles pleines d'onction , de tendresse , et vous n accorderez pas un regard à celui qui vous aime plus que tout au monde '..... Oh ! Annette !....
Annette se tut, mais, en se taisant , un délicieux sourire vint errer sur ses lèvres ; Argow le vit , et ce sourire fit une telle révolution dans son être , qu il se précipita à genoux , courba sa tête jusqu'aux pieds d' Annette , et il les força de s'appuyer sur sa chevelure , la révérant ainsi à la manière des sauvages. « Que je vous adore !.... que je vous adore !.... crioit-il. »
— Monsieur , dit AnneUe honteuse et le contraignant de se relever , songez qu eje n aimerai jamais
que l'homme perde sa dignité devant une femme !.... L'adoration ne convient qu'à Dieu !.... devant lui seul il convient de s'humilier.
Cette scène changea néanmoins quelque chose aux manières d' Annette : elle devint plus affectueuse avec M. Maxendi, sans néanmoins lui donner l'espoir qu'elle changeroit de sentiment , quant à sa façon de considérer l'amour. Plus Annette usoit de cette force de répulsion , et plus Argow s'avançoit avec rapidité dans la carrière du seul amour qui pût briller dans son cœur sauvage , et Annette , par principe religieux, se conduisoit comme une coquette/ Argow ne manquoit pas un jour à venir , et plus il acquéroit de lumière sur le caractère d1 Annette»
plus son amour devenoît passionne :
il a voit fini par avoir un respecl étonnant pour cette jeune fille , et par douter qu'il fût digne de posséder un tel trésor de sublimité. S'il réussissoit à se faire aimer d'Annette , il étoit évident qu'il seroit au monde le seul être existant pour elle ; mais il eommençoit à s'effrayer de la difficulté de l'entreprise , et , par suite de cette difficulté , il s'acharnoit de plus en plus à vaincre. Cette âme avoit , par conséquent, comme toutes celles qui lui ressemblent , des momens d'horrible désespoir , des désirs sans mesure et des inspirations jalouses , qui dévoient porter Argow à des actions hors de tout sens et nuisibles même àAnnette.
Un jour qu'elle s'occupoit à bro-
der , qu'il étoit à coté d'elle , lui racontant ses périlleux voyages , dont il avoit soin de taire les barbaries et l'affreux métier qui les nécessitoit ; au moment où il lui dépeignoit le feu des deux équipages, les risques de sauter si le feu prenoit au bâtiment, Annette, violemment intéressée , entendit la cloche de l'église voisine , et soudain se leva , prit son schall , son chapeau , et rompit cet entretien.
Argow la suivit la mort dans l'âme , et sa contenance à Téglisc indiqua avec quel mépris il traitoit ces choses saintes qui avoient un lel empire sur Annette , quelles lui faîsoient quitter son amant avec insensibilité. Argow ressentit une hor, i ible jalousie , et , pendant les vè-
( i?7 ) près , les pensées les plus sinistres se glissèrent dans son nme ; il vint à douter d'Annetle , et plus il r.ontemploit eette céleste figure tout entière aux cieux en ce moment , plus il devenoit furieux.
Au retour, il étoit nuit : Annetle s^n alla dans son appartement avec les marques de la plus vive émotion ; car , involontairement , elle avoit regardé M. Maxendi dans l'église , et son mépris pour la religion avoit alors tellement percé sur sa ligure qui ne savoit rien cacher, qu'Annette avoit été effrayée par Tidée (pie M. de Durantal pouvoit ne pas avoir de foi en Dieu.
En se retirant, elle salua Argow, et montra un tel désordre dans ses idées , qu'il en fut frappé.
Or , on saura qu'Argow a voit maintes et maintes fois essayé de pénétrer dans l'appartement de la jeune fille ; cette prétention avoit été le sujet de mille plaisanteries , et Annette avoit signifié qu'il n'y entreroit jamais. Aussitôt qu' Annette se fut retirée , Maxendi salua madame Gérard , et sortit ; mais , rentrant chez lui , -il commanda de mettre les chevaux à sa voiture , et dès que la nuit fut assez noire pour qu'il pût espérer que l'on ne distingueroit pas les objets , il plaça en sentinelle deux de ses gens à chaque bout de la petite rue de l'Echaudé , arrêta sa voiture sous les fenêtres d'Annette , et résolut d'observer ce que faisoit la jeune fille.
En effet , il avoit remarqué avec
( I29 ) quelle facilité l'on pouvoit réussir dans ce dessein , et les lecteurs attentifs doivent se rappeler la description minutieuse que nous avons donnée de cette partie de la maison :
alors on comprendra comment Argow , en montant sur le siège du cocher , parvint à atteindre le balcon d'Annette et à s'y cramponner.
Il ne vouloit que connoître les motifs qui amenoient Annetle dans ce lieu si sacré que sa mère même n'y pénétroit que rarement. Le farouche pirate n'étoit guère homme à deviner que c'étoit par un excès de.
pudeur que la céleste fille dérohoit à tous les yeux son lieu de repos.
Alors , quand Argow fut arrivé sur le balcon et qu'il tâcha de regarder à travers les carreaux. , il vit que la
( i3o) croisée éloit entr' ouverte. En ce moment , les horribles soupçons qui
avoient voltigé dans son imaginais T)
tion devenant plus tyranniques , il se tapit et osa regarder dans l'appartement pour découvrir le mystère que couvroit cette absolue retraite.
Il vit Annettc à genoux et les mains jointes : elle prioit dans une extase angélique. Elle étoit si belle et si brillante en ce moment qu'Argon- fut transporté : la fougue de son caractère ne lui permettoit jamais aucune réilexion : il franchit donc l'espace , se trouva à côté d'elle sur le prié-Dieu , et mu par le rapide changement d'idées que ce spectacle inattendu avoit excité : « J'ai besoin de prier aussi ! » dit - il
avec la voix d'un homme fortement exalté.
Annette jeta un cri et resta stupéfaite en voyant Argow agenouillé.
Celte apparition pouvoitrentrer dans la classe des présages qui avoient toujours accompagné cet être extraordinaire : il y avoit , dans cette aventure , quelque chose de frappant.
— Je priois pour vous /.... dit- elle , car vous n'avez jamais rien vu sur la route des cieux ; vous n'avez jamais cherché à y lire , vous n'êtes pas religieux! enfin, je m'en suis aperçue tout-à-l'heure , et je demandois à Dieu qu'il vous convertit. Ah! ne comptez pas être l'époux d'une créature que vous n'accompagneriez pas dans l'autre vie comme dans celle-ci. Vous avez mis entre
nous une éternelle barrière dès aujourd'hui : l'âme d'un impie ne peut avoir aucun point de contact avec celle d'un être qui fait tout son bonheur des choses saintes , et une affreuse pensée empoisonneroit ma vie si l'homme que je prendrois pour guide m abandonnoit un jour, ou que , par ses maximes et sa conduite , il cherchât à m'égarer du chemin étroit que suit un vrai chrétien Que vous m'avez fait mal à
l'église!.... O soyez religieux!
— Annette, Annette!.... que me demandez-vous !.... s'écria Maxendi étonné du sublime reproche de la jeune fille.
— Comment !.... reprit-elle , à votre exclamation on diroit que cela est impossible , et que vous n'auriez jamais fréquenté les sacremens !....
— Jamais !.... répondit-il.
— Jamais 1.... répéta-t-elle avec douleur , quoi ! les voûtes d'une église ne vous ont donc point révélé quelque secret sublime?.... et votre cœur n'a pas tressailli quand vous entendîtes , il y a un moment, une assemblée d'hommes s'écrier:
O mon père /.... sous les voûtes de ce temple bâti par l'homme mais habité par Dieu ?
— Je n'y suis entré que pour vous y voir!....
— Avez-vous communié quelquefoi
is
— Jamais !....
— Etes-vous chrétien?...,
— Je ne sais....
— On ne vous a donc jamais parlé de Dieu?...
— Jamais '.....
Annette se tordit les bras et les leva vers le plafond. « Grand Dieu!...
séeria-t-elle , et des larmes sortirent en abondance de ses yeux , ab ! ta bonté céleste me découvre l'abîme !.... M. de Durantal, sortez ?
et ne nous revoyons plus !•••. jamais,... ob ! non , jamais !.... ou devenez plus grand que vous n'êtes ; courbez votre front à terre , et , quand vous aurez adoré Dieu, vous pourrez le relever mille fois plus fier , pour recevoir l'hommage de toutes ses créatures !.... sinon ne me revoyez plus jamais '. »
Argow étoit immobile ; elle le regarda et lui dit : « Non , jamais !.... car vous auriez le pouvoir, peutêtre , de me faire tout abjurer pour
( i35 ) être votre compagne ; je vous crois un être bon , un honnête homme....
A ces mots , il se fit dans le corps du pirate , un tremblement et un frisson qu'il prit pour celui de la mort ; ces deux phrases : Je vous crois un être bon, un honnête homme t prononcées par cette jeune fille en larmes , lui soulevèrent le rideau qui lui caehoit sa vie passée , et il se regarda avec horreur,...
— Alors , continua-t-elle , je vous montre le danger que je cours , et je m'en fie à vous pour m'en garantir.
Cependant je priois tout à l'heure , et vous avez senti le besoin de prier
aussi Ah! Monsieur, si une voix
secrète vous a fait précipiter sur cet oratoire , oh ! écoutez-la toujours !.. suivez ses avis , et bientôt nous par-
lerons peut-être le même langage !..,.
alors.... oui , je l'espère.... vous avez une belle âme, et.... oh! j'étouffe....
sortez , sortez?....
Annette étoit comme égarée ; Argow étoit stupéfait , et il obéit par un mouvement machinal des sens. Il sortoit , lorsqu'il se sentit arrêté par une main divine ;.... il tressaillit, se retourna , et vit Annette éplorée : elle appuya sa tête sur son épaule , ce qui lui imprima comme du feu, et, d'une voix lamentable , elle lui dit : « Convertissez-vous !.... »
11 y avoit , dans ce cri , tant de choses, il y apparoissoit tant d'intérêt, qu Argow sentit dans ses entrailles quelque chose qui frissonnoit, et une voix intérieure de eons-
cîence qui murmuroit : « Converhssez-vous !.... ou ne la revoyez ja-
L'idée de faire le malheur fie cette créature céleste le fit penser profondément , et cet être , qui avoit vu mourir tant d'hommes froidement et sans sourciller , pâlit devant une jeune fille!... il pâlit, et naguère une jeune fille mourante ne lui avoit arraché (i) qu'un sourire de joie et de vengeance , un sourire salanique. Il s'arrêta , la contempla , et lui dit , en pressant sa main : « Adieu !.... » Mais , à ce mot, toutes les conséquences qui en déiivoient se dérou-
(i) Melanie de Saint- Au cl ré, dans 1^ ficaire des Jrdennes , se Iraînoit aux pieds d'Argow:
et il riort de sa douleur.
lant à son esprit , il ajouta , mu par un reste de cette férocité qu'il déployoit jadis : « Adieu , toi qui en aimant as le courage de regarder l'opinion religieuse de celui que tu voudrois aimer.... adieu! car tu n'ai-
meras jamais ! »
Annette sentit ses jambes défaillir , elle tomba le visage contre terre, s'évanouit, et ne se releva que pour se trouver en proie à une violente fièvre.
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