‹ Annette & LubinChapitre 4 sur 39 · LUBIN, ANXETTE, LE BAILLI · texte numérisé non relu

LUBIN, ANXETTE, LE BAILLI

LE BAILLI

Ils sont là ; doucement : approchons pour entendre.

ANNETTE Ah ! c'est l'air qu'en chante au château ! Oh! cela doit être bien beau.

(Pendant celte Ariette le Bailli écarte doucement les branches, et passe sa tète à travers.J

LUBIN

Du Dieu des cœurs On adore l'empire; Lui seul avec des Ileurs Enchaine tout ce qui respire.

ANNETTE

Tiens, la belle chanson m'ennuie.

Que veut dire, le Dieu des cœurs?

Et îles chaînes avec des fleurs Chaule m'en une plus jolie.

Mon cher ami Luhin

LE BAILLI

Mon cher ami Luhin !

Ali ! qu'il est beureux, le coquin 1

€es chansons du château ne valent pas les noires,

Bon ! à la ville on en chante hien d'autres; On y parle de pleurs, de craintes, de tourmens: C'est de l'amour, i\f< rivaux, des amans. Des soupirs, des soupçons, des plaintes, Des flammes, des ardeurs éteintes.

ANNETTE

Ne m'aime pas comme à la ville.

LUBIN

Oh ! non, Notre amitié vaut mieux,

LE BAILLI, à part.

Ah! comme ils si; regardent!

vv i:tït.

Mais où sont nos troupeaux?

LUBIN

Là-bas dans ce vallon,

ANNETTE

Je crains...

bUBIN

Va, va, nos chiens les gardent.

J'y vais voir, j'y vais voir.

A.X.NLÏTI-,

Sans moi!

LLBIN Tu te fatiguerais; reste, repose-toi.

SCENE V ANNETTE, LE BAILLI wmïtk. sans voir le Bailli Air noté N» 7. On craint un engagement

Luhin. pour me prévenir, Lit dans ma pensée, Et de même à le servir Je suis empressée :

Son intérêt m'est commun :

Mon hien esl le nôtre ; Et l'ouvrage que l'ait l'un, Est toujours pour l'autre.

Un' lui que je suis heureuse !

Aussi Paimé-je hien.

lk bailli, les poings sur le côté, et secouant la tête. N'étes-vous pas honteuse?

ANNETTE

Ah ! \ons m'avez fait peur.

LE BAILLI

Sont-celà les leçons Que vous donnoit votre défunte mère ?

La pauvre femme, bêlas!

ANNETTE

D'où vient votre colère?

LE BAILLI

Vous a-t-elle ordonné d'écouter les garçons?

•ANNETTE

Oh ! jamais cela ne m'arrive.

ANNETTE ET LUBiN

LK BAILLI

Ne le croiroit-on pas à sa mine naïve? Et Lubin, s'il vous plaît, Lubin?

ANNETTE Ce n'est pas un garçon.

LK BAILLI

Quoi donc?

ANNETTE

C'est mon cousin.

LE BAILLI

Votre cousin !

ANNETTE

Cousin, vous dis-je.

Comment donc! cela vous afflige !

Vous avez tort; mais, Monsieur Le Bailli; Une n'ave/.-vous une cousine aussi?

LE BAILLI

Vous ne le quittez pas.

ANNETTE

Ali ! vraiment je n'ai garde; Je m'ennuirois sans lui. •

LE BAILLI

Fort bien !

Son entretien vous plaît?

Souvent il me regarde, Et semble me parler, quand même il ne dit rien.

LE BAILLI

Air : Une faveur, Lisette

Il vous dit qu'il vous aime,

ANNETTE

Oui, Monsieur Le Bailli.

LK BAILLI

Vous lui dites de même

ANNETTE Oui. Monsieur Le Bailli.

LK BAILLI

Il prend la main, la baise,

ANNETTE Oui, Monsieur Le Bailli.

LK BAILLI

Cela vous rend bien aise ?

ANNETTE, arec transport

Oui,

Monsieur le Bailli.

LK BAILLI

Sans doute il vous embrasse?

Ob ! cent fois, mille fois Dans un jour, et si je Peu crois, Ce n'est pas assez.

LE BAILLI

Quelle audace!

Vous me faites pâlir d'effroi.

Comment Annette! il vous embrasse!

AWNETTE Eh! pourquoi pas? je l'embrasse bien moi.

LK BAILLI

Que dites-vous? Est-il possible?

Vous l'embrassez !

ANNKTTK

De tout mon cœur.

LK BAILLI

Ce que vous dites est terrible.

ANNETTE

Cela ne me fait cependant pas de frayeur.

LK BAILLI Allons, avouez tout ayez-en le courage.

Qu'accordez-vous encor?

ANNKTTK

Que peut-on davantage?

LK BAILLI

Bien

ANNKTTK

Ne me trompez pas : j'aurois bien du chagrin

De refuser quelque cbose à Lubin.

Lui rendre la pareille est un droit légitime.

LK BAILLI

Et vous logez ensemble?

ANNKTTK

Oui, sous le même toit.

LK BAILLI

Mais jamais cela ne se voit.

ANNETTE

Eh ! bien, venez chez nous vous le verrez.

LE BAILLI

Quel crime !

A.N.NKTTK

Qu'est-ce qu'où crime?

LE BAILLI

Eh! vous le demandez!

Annelte, hélas! vuus vous perdez.

Air vulé A'" 8

Si par les vents nos champs sont ravagés.

Si par les loups nos moutons sont mangés; Si le tonnerre tomhe et consume nos granges, Si la grêle détruit l'espoir de nos vendangés,

Nos habitans vous accuseront tous:

El s'ils meurent de soir, ils s'en prendront à vous.

ANNETTE

lion! Bon! notre amitié ne t'ait mal à personne.

LE ISALILI

Votre amitié! c'est de l'amour.

A.N.NKTTK

o Ciel!

LE BAILLI

El cet amour est criminel :

Mais n'appréhendez [las que je vous abandonne, Pour réparez la faute, il n'est qu'un seul moyen; Annette, je vous aime bien.

A.N.NKTTK

OIi I vous avez l'âme trop bonne :

Car moi je ne vous aime pas.

LE BAILLI

Epousez- moi pour sortir d'embarras; Votre conduite alors ne sera plus suspecte; On vous respectera comme" l'on me respecte.

A.N.NKTTK

On ne jasera plus sur moi?

LE BAILLI

Non, c'est nu l'ait.

Quoi! je verrai Luliiu sans que l'on en murmure?

LK BAILLI

Vous ne le verrez plus ; ce seroit une injure...

A.N.NKTTK

Oui-dà! gardez votre secret.

LK BAILLI

Air noté K° 9.

Lubin a la préférence :

Poursuivez, Et bravez .Mou choix Et les loix Le ciel en prendra vengeance.

Que de maux pour vous je prévois!

Peut-être serez-vous mère.

Des enl'ans dans la misère.

Comme vous, haïs, llans toul ce pays.

Seront des objets de mépris.

Je vois de pauvres enfans,

liiléressans Fort imioceiis, Maudire et leur mère Et leur père.

ANNETTE

Ali ! Monsieur!...

LK BAILLI

J'ai peur...

A.N.NKTTK

Mon cœur...

LE BAILLI

Transi...

ANNETTE

Saisi...

LK BAILLI

Tremblez...

A.N.NKTTK

Vous me troublez...

LE BAILLI, à pari en s'en allant.

Rendons compte au Seigneur de leur témérité; Employons son autorité.

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