LUBIN, ANXETTE, LE BAILLI
LE BAILLI
Ils sont là ; doucement : approchons pour entendre.
ANNETTE Ah ! c'est l'air qu'en chante au château ! Oh! cela doit être bien beau.
(Pendant celte Ariette le Bailli écarte doucement les branches, et passe sa tète à travers.J
LUBIN
Du Dieu des cœurs On adore l'empire; Lui seul avec des Ileurs Enchaine tout ce qui respire.
ANNETTE
Tiens, la belle chanson m'ennuie.
Que veut dire, le Dieu des cœurs?
Et îles chaînes avec des fleurs Chaule m'en une plus jolie.
Mon cher ami Luhin
LE BAILLI
Mon cher ami Luhin !
Ali ! qu'il est beureux, le coquin 1
€es chansons du château ne valent pas les noires,
Bon ! à la ville on en chante hien d'autres; On y parle de pleurs, de craintes, de tourmens: C'est de l'amour, i\f< rivaux, des amans. Des soupirs, des soupçons, des plaintes, Des flammes, des ardeurs éteintes.
ANNETTE
Ne m'aime pas comme à la ville.
LUBIN
Oh ! non, Notre amitié vaut mieux,
LE BAILLI, à part.
Ah! comme ils si; regardent!
vv i:tït.
Mais où sont nos troupeaux?
LUBIN
Là-bas dans ce vallon,
ANNETTE
Je crains...
bUBIN
Va, va, nos chiens les gardent.
J'y vais voir, j'y vais voir.
A.X.NLÏTI-,
Sans moi!
LLBIN Tu te fatiguerais; reste, repose-toi.
SCENE V ANNETTE, LE BAILLI wmïtk. sans voir le Bailli Air noté N» 7. On craint un engagement
Luhin. pour me prévenir, Lit dans ma pensée, Et de même à le servir Je suis empressée :
Son intérêt m'est commun :
Mon hien esl le nôtre ; Et l'ouvrage que l'ait l'un, Est toujours pour l'autre.
Un' lui que je suis heureuse !
Aussi Paimé-je hien.
lk bailli, les poings sur le côté, et secouant la tête. N'étes-vous pas honteuse?
ANNETTE
Ah ! \ons m'avez fait peur.
LE BAILLI
Sont-celà les leçons Que vous donnoit votre défunte mère ?
La pauvre femme, bêlas!
ANNETTE
D'où vient votre colère?
LE BAILLI
Vous a-t-elle ordonné d'écouter les garçons?
•ANNETTE
Oh ! jamais cela ne m'arrive.
ANNETTE ET LUBiN
LK BAILLI
Ne le croiroit-on pas à sa mine naïve? Et Lubin, s'il vous plaît, Lubin?
ANNETTE Ce n'est pas un garçon.
LK BAILLI
Quoi donc?
ANNETTE
C'est mon cousin.
LE BAILLI
Votre cousin !
ANNETTE
Cousin, vous dis-je.
Comment donc! cela vous afflige !
Vous avez tort; mais, Monsieur Le Bailli; Une n'ave/.-vous une cousine aussi?
LE BAILLI
Vous ne le quittez pas.
ANNETTE
Ali ! vraiment je n'ai garde; Je m'ennuirois sans lui. •
LE BAILLI
Fort bien !
Son entretien vous plaît?
Souvent il me regarde, Et semble me parler, quand même il ne dit rien.
LE BAILLI
Air : Une faveur, Lisette
Il vous dit qu'il vous aime,
ANNETTE
Oui, Monsieur Le Bailli.
LK BAILLI
Vous lui dites de même
ANNETTE Oui. Monsieur Le Bailli.
LK BAILLI
Il prend la main, la baise,
ANNETTE Oui, Monsieur Le Bailli.
LK BAILLI
Cela vous rend bien aise ?
ANNETTE, arec transport
Oui,
Monsieur le Bailli.
LK BAILLI
Sans doute il vous embrasse?
Ob ! cent fois, mille fois Dans un jour, et si je Peu crois, Ce n'est pas assez.
LE BAILLI
Quelle audace!
Vous me faites pâlir d'effroi.
Comment Annette! il vous embrasse!
AWNETTE Eh! pourquoi pas? je l'embrasse bien moi.
LK BAILLI
Que dites-vous? Est-il possible?
Vous l'embrassez !
ANNKTTK
De tout mon cœur.
LK BAILLI
Ce que vous dites est terrible.
ANNETTE
Cela ne me fait cependant pas de frayeur.
LK BAILLI Allons, avouez tout ayez-en le courage.
Qu'accordez-vous encor?
ANNKTTK
Que peut-on davantage?
LK BAILLI
Bien
ANNKTTK
Ne me trompez pas : j'aurois bien du chagrin
De refuser quelque cbose à Lubin.
Lui rendre la pareille est un droit légitime.
LK BAILLI
Et vous logez ensemble?
ANNKTTK
Oui, sous le même toit.
LK BAILLI
Mais jamais cela ne se voit.
ANNETTE
Eh ! bien, venez chez nous vous le verrez.
LE BAILLI
Quel crime !
A.N.NKTTK
Qu'est-ce qu'où crime?
LE BAILLI
Eh! vous le demandez!
Annelte, hélas! vuus vous perdez.
Air vulé A'" 8
Si par les vents nos champs sont ravagés.
Si par les loups nos moutons sont mangés; Si le tonnerre tomhe et consume nos granges, Si la grêle détruit l'espoir de nos vendangés,
Nos habitans vous accuseront tous:
El s'ils meurent de soir, ils s'en prendront à vous.
ANNETTE
lion! Bon! notre amitié ne t'ait mal à personne.
LE ISALILI
Votre amitié! c'est de l'amour.
A.N.NKTTK
o Ciel!
LE BAILLI
El cet amour est criminel :
Mais n'appréhendez [las que je vous abandonne, Pour réparez la faute, il n'est qu'un seul moyen; Annette, je vous aime bien.
A.N.NKTTK
OIi I vous avez l'âme trop bonne :
Car moi je ne vous aime pas.
LE BAILLI
Epousez- moi pour sortir d'embarras; Votre conduite alors ne sera plus suspecte; On vous respectera comme" l'on me respecte.
A.N.NKTTK
On ne jasera plus sur moi?
LE BAILLI
Non, c'est nu l'ait.
Quoi! je verrai Luliiu sans que l'on en murmure?
LK BAILLI
Vous ne le verrez plus ; ce seroit une injure...
A.N.NKTTK
Oui-dà! gardez votre secret.
LK BAILLI
Air noté K° 9.
Lubin a la préférence :
Poursuivez, Et bravez .Mou choix Et les loix Le ciel en prendra vengeance.
Que de maux pour vous je prévois!
Peut-être serez-vous mère.
Des enl'ans dans la misère.
Comme vous, haïs, llans toul ce pays.
Seront des objets de mépris.
Je vois de pauvres enfans,
liiléressans Fort imioceiis, Maudire et leur mère Et leur père.
ANNETTE
Ali ! Monsieur!...
LK BAILLI
J'ai peur...
A.N.NKTTK
Mon cœur...
LE BAILLI
Transi...
ANNETTE
Saisi...
LK BAILLI
Tremblez...
A.N.NKTTK
Vous me troublez...
LE BAILLI, à pari en s'en allant.
Rendons compte au Seigneur de leur témérité; Employons son autorité.