SCENE II
LUBIN, arrive, portant sur sa ti'te un faisceau
de feuillage.
Arriette : La jardinière Italienne (I).
Pour mon Annelle Formons une maisonnette;
Pour mon Annelle La peine ne coûte rien,
Non, non, rien, rien; Annelle m'en patra In'eii ;
Fort bien, fort bien, Je ne veux pour salaire.
Que lui plaire, Tout le reste ne m'est rien;
Non, rien.
Ces rameaux épais.
Serrés de près, Nous donneront du frais.
Cet asyle heureux,
Fait pour nous deux.
Suffit à tous nos vœux.
Ici tous les deux
Nous serons heureux.
Avec Annette, En ces lieux je nie plais.
Ma maisonnette Est un petit palais.
A\ec Annette, J'j trouverai toujours Les jours trop courts.
Pour elle que je prenne
Quelque peine, Je m'en trouve toujours bien,
. Très-bien Avançons l'ouvrage.
Bon, courage, Ne négligeons rien; L'on m'en paîra bien.
Etendons pour tapis cette natte de jonc;
N'oublions pas les moindres choses,
Sur ce petit banc de gazon, Prés de Lubin, Annette, il faut que tu reposes Un si joli réduit ferait envie au roi;
Mais il faut être avec toi.
ARRIETTE
Ma chère Annette N'arrive pas : (bis) Tout m'inquiette.
Hâte tes pas, Viens dans mes bras.
(1) Pendant cette Arriette, Lubin taille des branches d'arbres, et arrange la cabane.
Le, temps s'avance, Je fuis en transe ; Le temps s'avance.
Hâte-toi,
Je t'attends :
Je la voi, Je l'entends.
Non, non, non, je l'envisage :
Quoique absente
J'ai son image Toujours présente :
Ali ! que l'attente Me fait souffrir!
l'nur me distraire achevons mon ouvrage. Tu tardes trop je n'ai plus de courage.
Ah! ah! ah, que l'attente
M'impaliente, Me tourmente !
Annette absente Me fait mourir, Me fait mourir.
Me fait mourir, Me fait mourir.
Arrêtons...
Ecoulons...
Oui. j'entends... accourir...
C'est le bruit du zéphj r...
Des rameaux.
Des ruisseaux.
Ma chère Annette N'arrive pas : (3 fois) Tout m'inquiette, Tout m'inquiette,
Hélas !
Tout m'inquiette.
L'heure s'avance, Je fuis en transe :
L'heure s'avance.
Ah! ah! ah! ah! Lubin,
Quel chagrin Ecoutons : c'est en vain, Ab ! ah ! que l'attente
M'impaliente !
Ah ! que l'attente
Me fait souffrir"!
De ce coteau, regardons dans la plaine; Je ne vois rien, tout redouble ma peine. Ma chère Annelle, Toi si jeunette, Tu vas seulette ! Si par malheur on t'attend, on te guette! Ah ! ma chère Annette!
Ah ! que l'attente M'impatiente, Et me tourmente!
Ah! que l'attente,
Me fait souffrir!
Annette absente Me fait mourir, Me fait mourir.
Mais il n'est pas si lard que je le pense. Je mesure le temps à mon impatience, Plus qu'à la hauteur du soleil ; Sans doute Annette éprouve un sentiment pareil.
Annette. dans l'enfoncement du Théâtre.
Air noté JV° 4.
C'est la fille à Simorinetle, Qui porbe un panier d'œufs Irais...
LUBIN
Pour le cou)) la voilà, je n'ai plus de souri.
annette, chante.
Elle voit une fauvette.
Elle/veut courir après...
LUBIN, continuant de travailler, récite.
Allons, allons, Lubin, dépêche.
annette continue.
Le pied glisse à la pauvrette, Tout d'soa long la v'Ià sur l'pré...
LUBIN rende.
Puisons un peu de. wtle eau fraîche.
annette
Qu'aller dire à SimonelteV Elle avoil cassé ses œufs.
LUBIN
Le bouquet que j'ai fait, où donc?... Ah! le voici.
annette Second Couplet
Si bien que la mère Jeanne.
Qui trniivoit ['prunier trop haut, Grimpit d'boul dessus son âne, Et sur l'arbre n'iil qu'un saut :
V'Ià-t-il pas qu'la branche casse !
L'âne a peur, adieu, bon soir.
llîHMM) r tombe avec la branche, liam, pourquoi se laisser cbeoir?
Troisième Couplet La petite Guillemelle Au marché portoil ses œufs, Sur sou gain elle projette D'avoir une vache ou deux.
lue vijiiie elle s'acbetle
Avec le produit du lait; Ensuite une maisonnette :
Un projet est bien- tôt fait.
Quatrième Couplet
La voilà déjà fermière,
Son bien elle fait valoir :
La voilà qui devient lié re.
Du sort qu'elle doit avoir;
Elle saute d'allégresse;
Mais un caillou la l'ait cbeoir.
Œufs cassés, adieu richesse :
Ne comptons point sur l'espoir.
Me voilà, je fuis hors d'haleine.
LUBIN
Tu m'as causé bien de la peine.
ANNETTE
J'ai tant couru, vois donc comme le cœur me bal.
LUBIN
Te voilà dans un bel état Morguenne aussi, pourquoi venir si vite?
ANNETTE
Je vais plus doucement, Lubin, quand je le quitte.
LUBIN Laisse-moi te gronder, tais- toi,
ANNETTE
Gronde, si lu le peux.
lubin, lui essuyant le visage.
Ali ! la pauvre petite !
Ah ! comme elle a chaud !
ANNETTE
Eh! bien
LUBIN
Quoi!
ANNETTE, SOUliillll.
Gronde donc,
LUBIN, l'embrassant.
Voilà pour l'apprendre A venir te moquer de moi .
ANNUITE
Je serois fille à te le rendre.
LUBIN
Tu n'iras plus si vite
ANNETTE
Non ; Je te demande bien pardon De n'être pas plutôt venue.
LUBIN
Hon ! Le voilà bien corrigée !
annette, rtgardanl la cabane.
Kli! mais...
Mais quel objet trappe ma vue !
Pour loi cette cabane, est faite tout exprès. Du côté du raidi, vois comme elle est garnie;
C'est pour le garantir OU du soleil trop tort,
Ou des injures île la pluie; El ces jours ménagés exprès vers la prairie,
Nous ilonnriil la fraîcheur du nord.
ANNETTE
Ain : Vous ij perdez vos pas.
Pour orner ma retraite, Tes soins n'épargnent rien; Avec toi ton Annetle Se trouve toujours bien.
La chaleur, la froidure, Tout ça n'est rien pour moi ; Le soûl mal que j'endure, C'est d'être loin de loi.
LUBIN
Rien n'annonce ici la grandeur :
.Mais j'y retrouve Annetle, Annetle et le bonheur.
ANNETTE
AïK : Votre loulou rons /laite.
Rien ne nous est contraire.
LUBIN Nous sommes satisfaits.
ANNETTE
De la nature entière Nous goûtons les bienfaits.
LUBIN
Ma chère !
K.NSKMHLK
La lumière et l'air sont à nous; Nos cœurs sont puis, nos jours sonl doux.
ANNETTE Toutes ces maisons magnifiques Qu'à la ville on trouve par-tout,
Ne valent pas nos toits rustiques.
Ces feuillages nouveaux sonl bienplus de mon goût,
Que ces planchers pleins de dorure,
Où l'on ne voit le bonheur qu'en peinture.
LUBIN Les grands ne sont heureux qu'en nous contrefaisant; Chez eux, la plus riche lenture Ni' leur paroit un spectacle amusant Qu'au lantqu'elle rend bien noschamps, notre verdure, Nos danses sous l'ormeau, nos travaux, nos loisirs. Ils appellent cela, je crois, un passage.
ANNETTE Ah ! Lubin nous devons bien aimer nos plaisirs, Puisqu'il faut tant d'argent pour en avoir L'image.
LfBJN
Pauvres gens! leur grandeur no doit pas nous tenter. Ils peignent nos plaisirs au lieu de les goûter.
Ain : Des fleurettes
Ces lils, où la mollesse S'unit avec les maux, Nourrissent la paresse, Sans donner le repos.
Sur nos gazons l'on sommeille Tranquillement et d'abord.
Comme on y dort !
Comme on \ veille !
Eh! que ne viennent-ils comme nous, deux à deux
Habiter ici des cabanes, Courir, sauter, danser, prendre part à nos jeux.
LI'UIN
Bon! ils marchent comme des canes.
ANNETTE
Ils sont bien à plaindre; pour moi .le suis légère et j'en profile.
Lubin, j'aime à courir bien vile, Sur-tout quand je cours après loi.
LUBIN
Ah ! nous courrons tantôt : la chaleur nous invite A prendre ici le Irais : faisons notre repas.
Annette, tu n'attendras pas:
Celle eau pure, ce lait vont faire nos délices;
Des fruits nouveaux de la saison
,le l'ai réservé les prémices.
A propos j'oubliais,..
ANNETTE ET Ll'MN
ANNETTE
Quoi donc ?
(Lubin lui donnant une branche de rose.)
Air noté A" ■">
Chère Annetto, reçoit l'hommage, Une, chaque jour, le rend mou cœur, Ce bouquet est la douce image De ton éclat, de ta fraîcheur; Pour donner encore plus de grâce Aux fleurs dont pour toi j'ai fait choix, Contre ton sein que je les place; Ces deux roses en feront trois.
ANNETTE
Ah ! Lubin, je te remercie;
Avecce bouquet-là je me croirai jolie.
lubin
Repose-toi sur ce banc de gazon .
Notre dîner est simple el sans façon.
Quand c'est l'amitié qui l'apprête,
Chaque repas est unl'eslin.
ANNETTE
Tout ce qu'on peut servir dans un grand jour de fête Ne vaut pas un morceau de pain Que je mange avec toi, Lubin.
(On entend un ramage d'oiseaux)
A ta santé.
LUBIN
ANNETTE
Quand je bois à la tienne.
Lubin, c'est toujours à la mienne.
Ne bois pas tout, que je boive après loi ; Changeons de tasse.
ANNETTE
Allons tiens boi.
(Le ramage d'oiseaux recommence)
Entends-tu les oiseaux, Annette? leur ramage, Pendant notre dfner, semble se rapprocher.
ANNETTE
Xmis ne sommes pas fait pour les eflaroucher, Nous nous aimons, nous parlons leur langage.
LUBIN Mais ta voix cependant me .flatte davantage.
ANNETTE
Si lu le veux, je vais chanter.
LUBIN Oui. je suis prêt à t'écouter.
ANNETTE
Air noté N" ti
Il étoit une fille.
Une fille d'honneur, Qui plaisoil fort à son Seigneur, En son chemin rencontre Ce Seigneur déloyal, Monté sur son cheval.
Mettant le pied à terre.
Entre ses bras la prend :
Embrasse-moi, ma belle enfuit, Hélas! ce lui dit-elle, Le cœur transi de peur, Volontiers, Monseigneur.
Rassure-toi, brunette,
Et donne-moi ton cœur; Car je veux faire ton bonheur.
Tiens, tiens prend cette bague Et ma montre d'or lin, Et de l'argent tout plein.
Mon frère est dans ses vignes Vraiment, s'il voyoit ea.
Il l'iroit dire à mon papa.
Montez sur cette roche.
Jettez les veux là-bas, Ne le voyez- vous pas?
Tandis qu'il y regarde.
La finette aussi-tôt, Sur le cheval ne fait qu'un saut.
Adieu mon gentizhomme ; El zeste, elle s'en va ; Monseigneur reste-là.
Cela vous apprend comme On attrape un méchant :
Quand on le veut, on se défend; Mais on ne voit plus guères De ces filles d'honneur Refuser un Seigneur.
LUBIN
La drôle de chanson!
ANNETTE
Lubin, chante à ton tour; J'aurai plus de plaisir.
i.usin
Tiens, tiens, je \;iis t'apprendre La chanson qu'au château l'on inédit l'autre jour.