SCENE VU
LUBIN
Annette, nos troupeaux ne sont point en danger Ne songeons plus... mais qui peut t'afflger?
ANNETE
l.e Bailli sort d'ici; je n'oserais te dire...
LUB1N
Quoi donc? Quoi donc?
ANNETTE
Nous nous verrons maudire.
Par qui?
LUBIN
ANNETJE
Par nos enfans.
LUBIN
.Mais nous n'en avons pas.
ANNETTE
Le Bailli m'a prédit que je serois la mère; Et c'est loi qui seras le père.
LUBIN
l'ère! Mère! c'est drôle... Eh! bien, est-ce Je cas De te chagriner de la sorte?
ANNETTE
Comment se pourroit-il?
LUBIN
Je n'en sçais rien... qu'importe? Nous aurons des enfans : tant mieux.
Ah! qu'un petit Lubin rendroit mon tueur joyeux! Il l'aimeroil comme je t'aime :
Tiens, ce seroil le trésor à nous deux. Si c'étoit une fille, eh bien ! c'est tout de même : Douce et gentille comme toi, C'est encore un trésor à moi.
ANNETTE
Mais, selon le Bailli, ces cliers enfans peut-être Ne voudront pas nous reronnoitre.
LUBIN
Il nous ree.onnoitronl. va; ces pauvres enfans Ressembleront à nous, feront d'honnêtes gens; Ils suivront nos leçons. N'aimois-lu pas ta mère?
ANNETTE
Ah ! oui, Lubin
LUBIN
Et moi, comme j'aimois mon père!
Ali ! que n'est-il encor ?
ANNETTE
Comme on s'aimoit chez nous !
LUBIN
Est-on de bonne race : il faut que l'on en tienne: Bien n'est plus naturel. Eli! par la ventredienne, Les moulons ne sont pas des loups; Ce vilain Bailli l'eu impose.
annette, en sanglotant.
Il dit... qu'on va nous faire alfroiil; Il dit... que nous serons la cause Que, dansée pays-ci, les vignes gèleront
I UBIN
Nous ne gèlerons pas, nous; cela me console.
ANNETTE
Si je l'en crois sur sa parole,
Il trouve affreux tout ce que nous disons.
Lorsque nous cherchons à nous plaire,
Ce sont des amitiés que nous comptons nous taire;
Eh! bien, liens, c'est l'amour que tout deux nous
[faisons.
L'amour?