‹ Annibal dans les AlpesChapitre 13 sur 89 · LE POINT DE DEPART · texte numérisé non relu

LE POINT DE DEPART

C'est le récit à peu près contemporain de Polybe que nous prenons pour guide, ainsi que nous l'avons annoncé; nous puiserons quelques renseignements accessoires dans celui de Tite-Live.

Lorsqu'on veut retrouver sur le terrain le théâtre des opérations, on se heurte à bien des difficultés.

Le confluent. — Elles commencent dès le début, dès le point de départ. Où est l'Ile ? A quel affluent du Rhône Annibal s'est-il arrêté? Les éditeurs sont d'accord aujourd'hui sur le nom a imprimer dans le grec de Polybe et dans le latin de Tite-Live. On met bâpaç dans l'un, Isara dans l'autre, et on traduit par Isère.

Mais les divers manuscrits présentent des variantes. Voici, d'après Kniesi Desjardins (1), celles qui s'y rencontrent :

L'affluent de Poïybe s'appelle ^.v.ipx;, ^/ipa; ou ïy.ûpaç (2) ; le général Melville à lu sur le manuscrit du Vatican Iaâpaç ; enfin Nfaissiat (3) adopte "Apxpc:.

Ces variantes ont été imprimées dans les premières éditions. Jean Bervagius, en 1549, à Baie, a édité Sxupaç ; Isaac Casaubon, en 1609, à Paris, a pris "Apapoç, et, dans sa traduction latine, Arar. C'est depuis la fin du siècle dernier, grâce aux travaux de Sehweighaiiser (4), que ce mot Iaapaç a prévalu.

L'affluent de Tite-Live s'appelle Ibisara ou bien Bisarar. Ces deux variantes sont regardées comme des erreurs de copistes. Les deux mois commençant la phrase latine étaient, dit-on, « Ibi Isara » et ont été maladroitement contractés en Ibisara ou bien en Bisarar. On imprime donc universellement Ibi Isara et on cite cette restitution comme exemple d'habileté. Mais, jusqu'au commencement du xix0 siècle, on imprimait non moins couramment « Ibi Arar». M. Lemaire (5) est, croyons-nous, le premier éditeur français qui ait substitué la leçon Isara à la leçon vulgaire Arar.

Le fleuve aux cinq noms. — Voilà donc pour ce seul affluent cinq, ou, avec de la bonne volonté, trois noms tout différents ; le Scoras qui est on ne sait trop quoi, l'Isaras qui serait l'Isère, et l'Araros, c'est-à-dire la Saône. La préférence moderne pour l'Isère (6) est-elle justifiée?

Le texte nous fournit deux moyens de vérification.

Le contrôle des distances. — Le premier se rapporte

(1) Ernest Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, tome I"r, eh. I, page 89, note I.

(2) Osiander écrit : « Im Cod. Mirand. zu Ptol. II, 9, lindet sicli die Foi m -r/.apc; )). (Hannibalueg, page 28, note I.)

(3) Jacques Maissiat, Recherches historiques sur les guerres des Gaulois contre les Romains, tome I". Annibal en Gaule, Paris, Pirmin Didot, LS74.

(4) Sehweighaiiser publia, à Leipzig, en 1792, une édition de Polyhe en 8 volumes in-8°, dans laquelle tous les morceaux connus étaient rangés par livres et par dates.

(o) Paris, 1823.

(6) Osiander écrit : « Skaras oder Skoras — Lesart der Codiees — ist der ii'lteste naehwcisbare Name der Isère. » (Hannibahreg, p. 28 note 7.)

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