TRAVAUX DU COLONEL PERRIN
Le col par lequel Annibal a passé les Alpes est à notre avis le col du Clapier. Nous avons sur ce point un précurseur, M. Perrin, colonel d'artillerie en retraite ; et si nous avons adopté un itinéraire que nous croyons préférable au sien, c'est lui du moins à qui revient tout le mérite d'avoir découvert le col par lequel a passé Annibal.
En 1887, M. le colonel Perrin publia un système nouveau ; l'auteur possédait une connaissance exceptionnelle du terrain. Il avait exercé des commandements dans le Jura et dans les Alpes. Chargé dé l'armement des forts dans cette région, il avait eu occasion de l'étudier de près, et, pendant ses loisirs, il avait recherché la route d' Annibal. Voici d'ailleurs comment il s'exprime lui-môme.
Sa méthode. — « Pendant cinq années, j'ai parcouru la
y chaîne des Alpes dans fous les sens, depuis le Grand Saint-
» Bernard jusqu'au col de Largentière, et, comme Polybe, je puis
» dire: je me suis rendu sur les lieux et je puis eu parler en
» connaissance de cause. »
Difficulté des reconnaissances. — « J'ai visité et » souvent parcouru plusieurs fois tous les lieux témoins de cette » marche extraordinaire; et, malgré la facilité des communica- » tions, la*possession des travaux topographiques exécutés sur la » chaîne des Alpes par les gouvernements français et italien, les » grands moyens d'investigation mis à ma disposition par le poste » que j'occupais, il m'a fallu des années pour déterminer un » itinéraire qui m'a coûté de grandes fatigues, fait courir des » dangers réels et supporter de grandes privations.
» Le militaire qui exécute une reconnaissance, qui veut se » rendre compte des changements que vingt siècles ont apportés » dans l'aspect d'un pays, dans son accessibilité et dans sa confi- » guration, doit s'arrêter souvent, examiner, revenir sur ses pas, » gravir les pitons qui lui permettent d'apprécier dans son » ensemble le terrain qu'il étudie ; et souvent le soleil qui Ta vu » à son lever commencer sa reconnaissance, le voit encore à son » coucher sur la cime des Alpes. Heureux lorsque le vent de la » Lombarde ne s'élève pas, et qu'il lui est donné de rencontrer un » rocher sous lequel il puisse s'abriter et attendre l'aurore.
» A chaque pas, il faut relire l'historien grec qui, malgré son » laconisme, est d'une exactitude et d'une clarté parfaites ; aussi, » comme toutes ces vallées ont certains points de ressemblance, » il arrive qu'au bout de deux ou trois jours de marche, on » s'aperçoit seulement qu'on a fait fausse route, et qu'on s'est » engouffré bien inutilement dans des vallées telles que celles » de l'Eygues, de la Drôme, de la Durance, de l'Ubaye ou du » Guill, et l'on n'est pas moins dans l'obligation d'aller jusqu'au » bout; or, la cime des grandes Alpes n'étant abordable que du » 15 juillet aux premiers jours de septembre, on peut se iigurer » de quelle persévérance, de quelle ténacité il faut avoir été doué » pour ne pas se rebuter (1). »
(1) Marche d'Anmbal <lrs Pyrénées au Pô. Paris, Ed. Dubois, 1887, pages 1,3, 4 et 5.
Guide des recherches. —C'est le passage de Polybe qui représente Annibal montrant l'Italie à ses soldats, c'est ce renseignement précis qui a guidé toutes les recherches du colonel, qui a fixé toutes ses indécisions.
« Certes, d'autres points de la chaîne des Alpes que celui où » s'esl effectué le passage de Tannée carthaginoise on peut voir » les plaines de l'Italie ; mais ces points sont d'un accès difficile, » 1res limités en étendue, à plusieurs heures de marche d'un » point propre à un campement, et une armée fatiguée, presque » découragée, qui venait d'échapper comme par miracle à un » combat acharné, n'allait pas à travers les neiges et les glaciers » s'élever de 300 à 400 mètres d'altitude pour voir les plaines du » Pô (page 74). »