LE COL DU CLAPIER
« Il fallait que des camps, sans fatigue et tout naturellement, » on put contempler ce magnifique spectacle. Un seul point » réunit toutes ces conditions, c'est le col du Clapier (page 74). »
Le col. — « Après avoir passé à côté du lac de Savine, si, au » lieu de gagner le col directement, on appuie de 200 à 300 mètres » vers la droite, on voit à ses pieds le lit rempli de neiges presque » toule l'année, où coule le torrent descendu du glacier de » Savine ; de ce point on aperçoit la belle vallée de la Doire, les » plaines du Pu et Turin. Il était très facile à toute l'armée de » contempler, sans fatigue et en quelques heures, ce charmant » spectacle, et, de toutes les Alpes, c'est le seul point qui puisse » satisfaire au récit de Polybe. Certes, il est d'autres cols d'où l'on » aperçoit les plaines du Pô, mais il faut de grandes fatigues pour a y arriver, et quelques hommes isolés auraient pu tout au plus » s'y hasarder (page 01). »
Une élimination. — Les cols auxquels fait allusion la dernière phrase correspondent à la haute vallée de l'Arc et sont situes sur la frontière italienne. Ce sont principalement :
Le cl Girard, qui traverse les glaciers où l'Arc prend sa source. « On dil que du col on voit les plaines d'Italie, et, avec une bonne
» lunette, la ville de Turin ; je n'ai pu m'en assurer à cause des » brouillards qui couvraient la plaine (page 189). »
Le col de Lautaret (3,087m), écrit l'Autaret sur les cartes (ne pas le confondre avec ses homonymes), à 15 kilomètres à l'est du Mont Genis; la frontière y est indiquée par une croix de bois. « On peut, en appuyant de cent mètres à l'est de cette croix, » apercevoir, lorsque le temps est propice, ce qui est très rare, » toutes les plaines du haut Pô et de l'Italie (page 177). »
Enfin, le glacier de Rochemelon, qui n'est pas un col, mais qui peut être traversé. Depuis le sommet (3,548m), « on aperçoit non » seulement toutes les plaines de l'Italie, mais la rivière de » Gênes (page 172). »
Le col d'Ambin, à 6 kilomètres au S.-O. du col du Clapier ; il a des vues étendues sur l'Italie, principalement sur l'Assiette, mais il n'y a pas de terrain de campement à proximité. Le colonel Perrin ne lui a pas consacré, comme aux autres, un paragraphe particulier.
Il n'est d'ailleurs pas à notre connaissance que personne se soit avisé sérieusement de faire passer Annibal par un des cols que nous venons d'énumérer.
La vue des plaines du Pô a une telle importance, que nous allons nous arrêter un instant sur le texte de Polybe.
Le texte de Polybe. — On peut se demander à quelle forme de terrain répond la phrase que nous avons traduite : « Car telle est la situation de ce pays au pied des montagnes dont » nous avons parlé, que, si on regarde d'un côté ou de l'autre, les » Alpes présentent la disposition d'une citadelle de l'Italie tout » entière. »
C'est le mot à mot du texte grec : sJto); -fi? ù-s-s—oV/.si wtî TCpoetpYJiiivôtç :ps7'.v w<tts juvOôo)(scu;j.£v(ov ô}j.?oîv ày.psTrôXswç fa(vs.o$ai Stiôemv lyivt txç "Aa-îi; ~ftz oXvjç 'I-raXiaç (1).
Quelle configuration du terrain a pu inspirer ces lignes? Par quels contours Polybe aurait-il exprimé son impression si, au lieu d'être écrivain, il eût été peintre ? C'est ce qu'on reconnaît immédiatement sur le terrain. Le tableau qu'on a sous les yeux peut se représenter géométriquementpar le schéma ci-contre, où
(1) Polybe, liv. III, 54-2. Ed. Hultsch, 1888, p. 2G0.
Phot. Joannon. Août 1900.