LA BATAILLE
Pour étudier les difïérenles phases de la bataille, et montrer l'acrord qui existe entre le récit de Polybe et le terrain, nous intercalerons ce récit sans lacune ni modification dans l'exposé <[ue nous allons faire.
Positions des Allobroges. — yvoùq y«p - s-px-r^lç ™v
Kzpyr^cvùiv/ OTt r.pzy.x-.iyzjziv z\ fiipftxpzi tojç îr/.yXpz-j: ~z-Z'jq, y/jvzz |Aèv v.x-x7-p-x-:-ioz!.(7xz r.pzç -xi: 6irep(3oXaïç èwéjAeve, r.pcér.t^z oé ttvaç twv xaôr^oujJ.évwv a'jToîç raXatwv yjxpw tsj xaracrx^affôai f»}v xôv ùxgvavrCwv Ixîvoiav y.al ty;v ôXr;v ûx68eatv, tov Tcpa^àvTWV to auviayOev, èTtrpcùç c orparnjYbç oti "rie [xèv Yijj.cpaç èiu|AeXôàç TtapeuxaxTCÎffi y.a: TYjpouat tî'jç toizouq cl t.z'iâ\uzi. -y.: os vJy.Tac eïç Tiva TCapaxsijJiév^v ic&Xtv àuraXXàrtovci» (1). te général carthaginois sachant être devancé par les barbares sur les positions favorables, établit son camp et s'arrêta au pied de la montée, c'est-à-dire au Bourget. // envoya quelques-uns de ses guides gaulois avec mission de reconnaître à fond les projets et les dispositions de ses adversaires. Ces ordres exécutés, il apprit que' pendant le jour, les ennemis occupaient et gardaient le terrain avec soin, mois que la nuit ils se reliraient dons une ville voisine. Ils s'installaient au Grand et au Petit Cucheron et couronnaient les crêtes jusqu'aux Plachaux.
Quant à leur ville, elle était probablement sur le petit plateau de Saint-Alban (cote 530), et pouvait constituer un lieu de refuge suffisant. Elle devait son existence aux mines de cuivre et de fer qui se trouvent au-dessus de Saint-Georges, mines que l'abondance des charbons provenant des forêts voisines rendait faciles
(1) Pol., III, 50. o. 6. 7. Ed. Hultsch, p. 255.
à exploiter. Elle était donc le siège d'une grande industrie et d'un certain commerce, ce qui explique la quantité de grains et le grand nombre de mulets qu'Annibal y trouva.
Des Plachaux par le Petit Gucheron, les Gaulois devaient metlre environ une heure^pour descendre à la ville; ceux qui occupaient le Grand Gucheron revenaient en trois quarts d'heure au plus (1). Le retour sur les positions élait un peu plus long ; mais, pour des races vigoureuses et habituées aux montagnes, il se faisait en une heure et demie à une heure et quart tout au plus. C'est ce qu'Annibal apprit par ses éclaireurs gaulois.
Occupation des hauteurs par Annibal. — •Kfsç iaJTY;v rr(v ûwèôefftv zp\xzZô\).evzç ffuveorVjcaTC zpàçiv TCiaÛTirjv. àvaAa^wv Tf,v S'jvajj.iv Tt po ffl tv k[i.yav5>ç, y.a'iauvsyyiaaçTodç cuayMpiaiq oj [J.axpàv TÔV zcXsjaiwv xoreffTpaTOirfSeiKJfe. ty|ç Se vuxrfeç £-r;£vc[A£vv;ç cruvTaraç Ta zupà xaCçiv, ib |i&V zAefov [Alpcç tî;ç Suvâ[X£o)ç ajTeU xaTéXtitc, tcùc S' £7:iTï;Sîi:TaTS'j; e'jÇwvouç zcivfca; $tfjX6e Ta (JT£và Tr,v vûxTa xa\ y.aT£uy£ tsjç ûxo twv t.z'kzfjtiwv T7zcy.aTaAY;çO£VTaç tÔttcuç, à-oy.£^o)pr/y.ÔTO)v twv jîap^aptov y.aTa ty;v auvV;6£iav etç tt,v xàXiv. c? sun.{5àvTOç xai ~f,ç r^épaq £-r;£v:;j.£vr(ç. ;;. fiâp- £apn auvO£ajâ[j.£vst tb 7£v;v:ç Tac |ilv àpyjxz âxéaTKjffav ty;; èxt^oXîJç (2), Tablant sur ces données, il combina son plan d'attaque comme voici. Il porta ostensiblement son armée en avant, et près des défilés, non loin de l'ennemi, il établit son camp, au nord et à l'est du Pontet. La nuit venue, il alluma des lignes de feux, et laissant la plus grande partie de ses forces, il fit équiper à la légère les troupes d'élite, traversa les gorges du Grand Gucheron pendant la nuit, et occupa les positions abandonnées par l'ennemi, car, suivant leur habitude, les barbares étaient retournés àla ville. Annibal se contenta d'occuper les positions du Grand Cucheron ; avec le peu de monde qu'il avait emmené, il ne pouvait occuper le Petit Gucheron ni les Plachaux. Cela fait, le jour reparu, les barbares voyant ce qui élait arrivé s'abstinrent d'abord d'attaquer.
Marche de la Colonne. — Cependant, le reste de l'armée avait quitté le Pontet « à la pointe du jour », prima deinde
(1) C'est le temps que nous avons mis nous-même pour faire ces trajets, au mois d'août 1900.
(2) Pot., III, 50, 7, 8, 9 et 51. 1.
lace castra mola (Tite-Live, XXI, 33), c'est-à-dire vers cinq heures et demie du matin. La marche devait être lente, à cause des difficultés du terrain, et rallongement de la colonne considérable, à cause de l'exiguïté du passage. C'est donc pendant que le convoi était engagé dans le col du Grand Cucheron qu'un retour offensif des Allobroges avait le plus de chances de réussir; ils surent fort bien le comprendre.
Attaque des Gaulois. — \j.i-.y. zï -xj-y. OewpsOvTeç to tôv
iiT.o'jj- ;((>)'/ r.\rfi:: v.y.\ "jç '-~i'.ç z'jzyzpo>: èx[i,7;puonivouç v.y.1 paxpôç -y; "i'jzy^ziy.:. ïii7J.rl<)rl-y.v :j~z tcj »uu$a(vcvTOÇ èÇabrcsoflot xftç r.zziixz. toutou C3 -;£v:;;.£v;j v.y\ v.y~x xXeUd [AépVJ ïcpccncsaOVTtoV twv fî#p(3âp&)V, c>/ outwç •j-b TÔV àvlpôv (ôç LHC5 tôv tÔtcwv tcoXÙç b;ivi-o çôépoç tôv KapyYjssvuov, -/.al |AaXicrT« tôv î'-zojv -/.al tôv ûxoÇtiY&DV' quotçç -;àp oj u.svov ïrevijç xa; -pxyzixq Tijç xpOorpoXïJç âXXà •/.al fcp^u.vtoSouç, à-b xaVTSÇ v.'/rr^j.y-z; xaî icaffTjç -ypyyr^ èçépsTO v.aTi tôv xpnju.vôv 5u.0<7s TOtç fOpTfoiç ftoXXà TÔV ÛXoÇuyCwv. y.xl [AàXurra t/jv T5ia"JTr,v ~.y.zyyr,v èxcicuv cl Tp^'j;;.zTuô;j.svo'. tôv txicwv' tcutwv vàp si u.èv âvTtci auu.xiTCTCVTeç t;u ûxoÇu^foiç, ô-cts ÊiaxTOtjGéfev lx t^ sXyjy^Ç) et 5è xoctz tyjv eiç TO?j|j.xpco,0£v 5pjxT,v ISjwôcuvTeç tt^v to xapoMCÎXTOV èv Ta-:; cj77(.>pa'.ç, [Lt^txkr,^ âxsipvaÇovTC Tapa/r(v (1). Quand ils aperçurent le gros des bries de charge et les cavaliers péniblement attardés en longue file dans les terrains difficiles, ils se décidèrent à cause de l'occasion à tomber sur la colonne. C'est ce qu'ils firent, et des partis nombreux de barbares attaquèrent. Les Gaulois, trouvant le col du Grand Cucheron occupé, avaient passé par le Petit Cucheron, et, en descendant les [tentes du montTroncheret, avaient pris en flanc le convoi déjà engagé dans le col. L'ennemi et aussi le terrain causèrent aux Carthaginois des perles nombreuses, surtout en chevaux et en bêtes décharge. En effet, le sentier était étroit, raide et même escarpé ; toute agitation, tout désordre faisaient rouler au fond des précipices nombre de bêles de charge arec leurs fardeaux ; ce trouble était occasionné principale me ni par les chevaux blessés ; car ceux de la tête se rejetaient sur les bêles de charge afin d' échapper aux coups, ceux de la queue bourraient en ara ni cl précipitaient (tans l'abîme tout ce qui était tombé; ils causèrent un grand désordre. C'est bien là le désordre qui se produit dans un convoi attaqué sur un de ses lianes à un passage diflicile. Le sentier qui mène au Grand
(1) Pol., III, 51. 2. 3. 4. 5.
Cucheron est en effet étroit, raide et môme escarpé, autant à la montée qu'à la descente. Il n'y a qu'à en faire l'ascension pour se rendre compte que le moindre désordre dans la colonne suffisait à faire rouler jusqu'au bas de ces pentes dangereuses les bêtes de charge avec leurs fardeaux.
Intervention d'Annibal. — si; a ^XÉ-tovAw^aç. •/.?.• gua- /w7u5;j.svs.: éoq oiSè ~zi: %nxfuyo$(n tsv /.ivouvov Igti sM-^piz t;j oxeucçopou îwtfOapévroç, ôvaXafâwv tcjç rcpoxccTeta^VTaç tf,v vûxta Tir ûxêpjâoX^ç wp- [ayjo-s Trapa^oYjô^awv tciç tîj -zpzix icpoXaj&o^ariv. du y^vo^vw tcoXXôî ;;iv twv roXeu.&iW àxu>XXtmo six t; TroisifrO*'. rîjv Sçcîcv si: ÙTC6pîs^(wv tcv'Avvf- 3av. or/. IXdrrrous os /.a'. :wv iSCwv" b fap xaràTTjv xepefav Wpu^oç i; âjAfoîv •^'JçETc ctà ty|v :wv icpoeipiQ{i.év(i>v x,pai>Y"^v /.al (TUfXTcXox^v. èxe't ce tsùç [J.àv rcXe&rrooç t(ov'Aaa;3?'-V',)V flMcIxteivs, toùç si Xcticsùç -pvli[j.i^:: r,vâ"pMtae fUtftlv e'.q ty;v c'.y.îiav. -tôt; or; tb ;j,èv ï~>. r.zpù.ti-b\).ivov tcayjOcç tôiv ûtcoÇo- Y»ov y.ai tôv '.'--(ov [xiX'.ç xa! TaXaiTcwptoç o*tV)vu£ txç cujr/copiaç (1). .1 reZ/tf cite, Annibal se disant que sorti de ce péril il n'avait plus de chance de salut si son convoi était perdu, prit les troupes qui liraient de nuit occupé les cols, et se porta rapidement au secours de la colonne. Son intervention causa des perles importantes aux ennemis, car il avait pris par les hauteurs, et de non moins sensibles à ses propres troupes. Annibal, voyant de ses positions du Grand Cucheron le danger que courait son convoi, prit par les hauteurs, c'est-à-dire passa près du col du Petit Cucheron, arriva aux Plachaux, puis au mont Troncheret, et prit les Gaulois à revers. Des deux côtés, dans la colonne, le trouble était augmenté par les clameurs et l'enchevêtrement dont nous avons parlé. Annibal, après avoir tué beaucoup d'Allobroges, contraignit les autres à faire demi-tour et à s'enfuir dans leurs demeures; alors la masse des bêtes de charge et de la eu raie rie qui s'était trouvée coupée acheva seulement de se dégager à graîid'peine.
L'attaque des Allobroges était donc bien une attaque de flanc, puisqu'ils avaient coupé le convoi ; et l'on comprend aussi pourquoi Annibal, arrivant par les hauteurs, put en faire un grand massacre ; pris entre les troupes d'élite et Je gros de la colonne, ils ne pouvaient chercher leur salut que dans la fuite. Dès lors la route du Grand Cucheron et de la ville gauloise restait libre.
(1) Fol., III, 51. 6. 7. 8. 9.
Occupation de la ville. — srVAç 5è irovaôpofaaç oroirç rçSdvoto
TTASlVrC'JÇ EX T03 XlvâÛVOtt T,pZ(j£^x\z ~plç TT(V T73AIV £Ç ^ Ç IxOl^aVTO TYJV
&p[AY;v i;. :côXéfi.ict, xaT«Xa^«ffV oà cr/sobv spY;;j.sv 5ià tb iràvTaç èxxXy;(H}vat icpb; tx; wçs^siaç è*fXportfy; Èysvs'i -?,: ttsasoc. èx ce toûtsu -oXXà auvéjifa) tôv xpKjcrfjAwv a'jro) -p6ç te tb Kttpbv y.x\ r.pzç-b \UXkov (1). Annibal, arec
tout ce qu'ilput réunir de troupes échappées à ce péril, marcha vers la ville d'où les ennemis avaient fait irruption, et la trouva presque ride, à cause de l'unanimité avec laquelle les habitants s'étaient portés au butin : il s'en empara, et y trouva bien des commodités pour le présent et pour Vaeenir.
Cette occupation de la ville privée de ses défenseurs était toule naturelle ; on voit d'après la topographie des lieux que les Allobroges, même s'ils eussent été en nombre après leur échec, n'eussent pas eu le temps d'y devancer Annibal, qui pouvait suivre la route directe par le Grand Cucheron.
Le récit de Polybe s'accorde donc d'une manière absolument parfaite avec la configuration du terrain dans cette partie de la vallée du Gélon ; non seulement il n'est pas un mot dont il faille chercher à modifier le sens, mais tous au contraire, pris dans leur sens le plus naturel, apportent une confirmation nouvelle à notre manière de voir. Les phases de la bataille se développent d'une façon simple, et sont suivies des résultats logiques qu'un général devait en tirer.