‹ Annibal dans les AlpesChapitre 50 sur 89 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Le récit de Tite-Live. — Le récit de Tite-Live (XXI, 32 et 33) est à peu près identique à celui de Polybe, et les expressions qu'il emploie s'appliquent fort bien à la bataille telle que nous l'avons reconstituée. Ce récit demande cependant quelques développements ou explications complémentaires.

Il ressort du texle que les Carthaginois, après leur marche en pays de plaine, se trouvèrent en présence des montagnes, et ressentirent une impression d'effroi en regardant ces Alpes qu'il leur fallait gravir. Or, c'est bien en arrivant aux Cucherons que

(1) Pol„ III, 51. 10. 11.

notre itinéraire entre en pays de montagne, c'est à partir de là que le terrain devient trop accidenté pour permettre Le passage des charrois, et qu'il faut employer les bêtes de charge. G'esl aussi là que pour la première fois un voyageur qui suit cet itinéraire voit de près les grandes Alpes; le spectacle nesl plus le même que celui qu'il pouvait avoir de la vallée du Graisivaudan. Des cols des Cucherons et de toute la ligne de hauteurs qui les avoisinent, on voit en face de soi les montagnes qui tombent presque à pic dans la profonde vallée de l'Arc, et, comme la descente des Cucherons vers l'Arc est extrêmement raide, l'eflet de perspective en est accru d'autant ; la pente des versants opposés s'accentue pour l'œil, et les huttes semblent vraiment « suspen- » dues aux rochers (1). »

Tout le récit du combat est en parfaite harmonie avec celui de Polyhe : renseignements obtenus par Annibal grâce à ses éclaireurs gaulois, campement au pied des hauteurs ; occupation des hauteurs par une troupe d'élite pendant la nuit ; étonnement des Gaulois montant à la pointe du jour de leurs forts (Saint -Albandes-Hurtières. Saint-Georges-des-Hurlières) aux rochers ; la colonne coupée par une attaque de flanc ; descente d'Annibal pour sauver les bagages ; fuite des Gaulois, occupation de leurs forts.

Un seul point nous paraît au premier abord sujet à discussion: Cum précipites deruptœque ulrimque angusiiœ osent, a écrit Tite- Live, ce qui a été traduit : « Comme le défilé était borde par deux précipices escarpés (2). » Il pourrait sembler d'après cela que lé convoi aurait cheminé le long d'une crête, et dès lors l'attaque des Gaulois, le mouvement d'Annibal, qui d'après Polybe prit par les hauteurs, ne s'expliqueraient plus; Tite-Live semblerait donc s'être trompé. Mais il ne faut pas se méprendre sur le sens de sa phrase; elle veut dire que le convoi cheminait au fond d'une vallée bordée de pentes raides et même escarpées, et le col du Grand Cucheron est bien tracé en effet au fond d'une crevasse. Les accidents d'hommes et de chevaux dont il parle étaient fort possibles dans ces conditions, car ceux qui cheminaient à flanc

(1) Les « hommes sauvages et velus » dont parle Tite-Live ont à Saint- Alban des descendants qui étaient encore peu apprivoisés en 1900, comme nous avons eu l'occasion de nous en rendre compte personnellement; ils n'aiment pas plus l'étranger qu'au temps d'Annibal.

(2) Traduc. Gaucher, 1890, p. 59.

de coteau, dans un équilibre déjà peu assuré, pouvaient facilement être précipités au fond du ravin, soit par les chevaux épouvantés, soit par les Allobroges survenant à l'improviste. Ceux-ci avaient en efïet, outre l'avantage de la position, celui que leur donnait leur agilité de montagnards ; « ils s'élancent de rochers » en rochers, accoutumés qu'ils sont aux pentes les plus diflici- » les et les plus escarpées (1). » Là où les Carthaginois embarrassés de leur convoi ne s'avançaient qu'avec peine, les Allobroges se trouvaient à leur aise.

Le récit de Tite-Live n'est donc pas en contradiction avec l'exposé de la bataille tel que nous l'avons fait, et les différences de détail elles-mêmes qu'il présente avec celui de Polybe apportent un nouveau jour sur cet épisode intéressant.

Le repos. — Celte journée de bataille avait été pénible ; aussi le repos d'un jour, accordé par Annibal, était d'autant plus nécessaire que l'étape suivante allait être longue.

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(1) Tite-Live, XXI, 33. Ed. Gaucher, p. 59.

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