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LE RHONE DE STRABON

Arrivons maintenant à Strabon. Voici comment il expose la géographie physique de cette région. Elle est empruntée à la traduction de M. Amédée Tardieu (1), sans changer l'orthographe qu'il a adoptée pour les noms propres ; la ressemblance avec celle adoptée dans le cours de cet ouvrage suffît pour les faire reconnaître (Isar pour Isère, Lugdunum pour Lyon, Lemenna pour Léman, etc.).

De l'Isère à Lyon. — « Depuis l'isar, maintenant, jus- » qu'à Vienne, capitale des Allobriges, qui s'élève sur les bords » mêmes du Rhône, on compte 320 stades ; puis, un peu au-dessus » devienne, au confluent de l'Arar et du Rhône, est la ville de » Lugdunum. La distance, quand on s'y rend par terre, c'est-à- » dire en traversant le territoire des Allobriges, est de 200 stades » environ ; elle est un peu plus forte si on remonte le fleuve.

» Les Allobriges, qui entreprirent naguère tant d'expéditions » avec des armées de plusieurs myriades d'hommes, en sont » nduits aujourd'hui à cultiver cette plaine et les premières » vallées des Alpes. En général, ils vivent dispersés dans des » bourgs ; toute la noblesse pourtant habile Vienne, simple bourg )) aussi dans l'origine, bien qu'elle portât déjà le titre de métropole » de toute la nation, mais dont ils ont fini par faire une ville. .» Elle est située [avons-nous dit], sur le Rhône. »

Le Rhône et ses affluents. — « Ce fleuve descend » des Alpes déjà si fort, si impétueux, que, même au sein du lac » Lemenna qu'il traverse, son courant demeure visible sur un » espace de plusieurs stades; il se répand dans les plaines du » pays des Allobriges et des Ségosiaves, et reçoit l'Arar, près de » Lugdunum, ville des Ségosiaves. L'Arar vient aussi des Alpes ; » il forme la limite entre les Séquanes, les ^Eduens et les (Lin- » gons], puis reçoit le Dubis, autre rivière navigable, descendue » également de la chaîne des Alpes ; de là, réunis sous le nom

i I) Tome I r, [t. 306. Paris, Hachette, 1894. — Strabon, liv. IV, 11.

» dArar. quia prévalu, ces deux cours d'eau vont se mêler au » Rhône, dont le nom prévaut à son tour, et qui poursuit son » cours sur Vienne. Il est remarquable que ces trois fleuves » commencent par se porter au nord, pour tourner ensuite au » couchant, mais qu'aussitôt après leur réunion, leur courant » commun fait un nouveau coude vers le sud, et qu'en se gros » sissant au fur et à mesure des autres rivières [dont nous avons » parlé ci-dessus], il conserve cette direction au midi jusqu'au » point où, pour gagner la mer, il se divise en plusieurs bran- » ches. »

Quelques remarques. — 11 n'y a plus aucun doute. Le lac de Genève n'est plus, comme dans César, un affluent du Rhône , il est traversé par le fleuve et forme le courant principal.

Remarquons le soin qu'a pris Strabon à propos du Rhône, de l'Arar et du Douhs. Il a précisé l'endroit où chacun de ces cours d'eau perd son nom; il n'a pris cette peine pour aucun autre fleuve, ni pour le Rhin, ni pour le Pô.

Quant à celte observation que le Rhône, l'Arar et le Doubs descendent des Alpes, commencent tous trois à se porter au nord, tournent ensuite au couchant, puis une fois réunis, tournent à nouveau vers le sud, elle est étrange autant qu'inexacte. Nous y reviendrons au chapitre XIX.

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