ÉVALUATIONS APPROXIMATIVES
Il est difficile d'évaluer les effets qu'ont pu produire dans la région depuis plus de vingt siècles les érosions, les alluvions et les éboulements dont, nous venons de parler.
Il est évident que, d'après le régime même que nous avons décrit, l'érosion a du produire des modifications assez importantes autant dans les cotes de la vallée du Rhône que dans celles de la vallée de l'Isère ; d'autre part, depuis l'établissement déjà lointain du régime actuel, les eaux des petites rivières de la vallée ont pu agir elles-mêmes par érosion dans leurs bassins respectifs avec assez d'intensité. Mais dans le lac du Bourget, l'érosion n'a pas dû agir ; car si le lac s'élait épanché par un canal de plus en plus profond, les anciennes habitations lacustres, bâties suides pilotis qui ne pouvaient avoir plus de 5 à G mètres, auraient été laissées à sec; ce n'est pas ce qui s'est produit, puisque leurs restes ont été retrouvés dans l'eau.
Les alluvions anciennes du Rhône ont comblé peu à peu toute la partie nord de l'ancien lac ; plus tard, quand le bras de communication a été obstrué, celles de la Leisse ont contribué à combler la partie sud; le dessèchement progressif des marais de ces deux
(1) Menestrier. Histoire eivik et consulaire de Lyon. Lyon, 1696, pages 322 et 323.
régions est un fait historique trop connu pour que nous ayons besoin d'insister sur lui.
Quant aux effondrements, nous n'en pouvons évaluer la puissance qu'en des points très localisés ; nous croyons que celui du Granier a élé la cause (Tune perturbation très sensible dans le régime hydrographique de la région qu'il a recouverte, cl qu'il a probablement obstrué un chenal au sud-ouest du village de Myans.
On voit donc que ces différentes forces transformatrices ont pu agir assez puissamment pour amener des modifications sensibles dans le réseau hydrographique que nous étudions, mais qu'il est difficile d'en évaluer la puissance exactement. Peut-on cependant affirmer qu'elles ont à elles seules occasionné un changement de régime?
Quelques altitudes. — Pour examiner d'une façon précise cette question, déplions la carte au ^^ de l'État-major, et relevons-y quelques altitudes.
Le Rhône, au point où il reçoit le Fier, est à une altitude d'environ 250m (voir la feuille Nantua S.-E.). C'est jusque vers ce point, d'après M. Douxami, que s'étendait jadis le lac du Bourget ; c'est donc là que commençait d'après nous la branche lacustre qui établissait la communication avec le Rhône méridional.
Sur la feuille Ghambéry S.-E., nous trouvons ensuite :
La cote 238 au hameau de Praz, sur la bordure E. des marais de Y ion s.
La cote 23G à 200!n directement plus au S. dans la direction du lac.
La cote 235 au S.-O. vers les bords du Rhône, au hameau de Montuissy,
Puis nous arrivons à la cuvette qui contient le lac actuel luimême, et dans laquelle on descend a 121,;», puis à 86,1, qui est le point coté le plus bas, pour remonter ensuite à 122,5.
La cote 241 se trouve à un pontde la Leissesituéà200mau S. du lac.
La cote 219 près de \illarcher.
La cote 257 près de La Motte Servolex.
La cote 290 au S.-E. de Chambéry, sur l'Albanne.
La cote 309 dans la môme direction S.-E., sur le Bon de Lauge.
Notons d'autre part pour mémoire la cote 299 dans une autre
direction, sur les bords du petit lac Saint-André, et la cote 291 un peu plus au sud.
Sur la feuille Grenoble N.-E. nous relevons :
La cote 265 sur le cours du Glandon.
La cote 254 sur la même rivière, un peu avant son confluent avec l'Isère.
Quelles conclusions tirons-nous du simple examen de ces cotes ?
C'est que le bassin lacustre du lac du Bourget est constitué par un entonnoir dont l'altitude minimum est cotée 86 m 1, et qui se relève d'une part jusqu'au Rhône, de l'autre jusque vers Chambéry ; le lac qui jadis s'étendait au nord jusqu'à la bordure de cet entonnoir, cotée environ 250m, et qui, disons-nous, communiquait avec l'Isère actuelle, se trouve aujourd'hui réduit à des proportions bien moindres, et il est séparé de l'Isère par le seuil de Myans, à l'altitude 310 m environ.
Nous pensons que les alluvions, les érosions, les phénomènes de capture, les effondrements, pourraient suffire à expliquer les changements dans le régime de la vallée. Toutefois, nous croyons à l'intervention de forces moins connues, moins faciles à constater, et plus puissantes, et nous supposons qu'il y a eu dans cette région des mouvements du sol.