OCCUPATION DE LA VALLÉE DE CHAMBÉRY
Pendant que le nom de la branche méridionale du Rhône bifurqué s'eflfaçai.1 de la mémoire (\o* hommes, les vestiges qu'elle avait laissés s'effaçaient aussi du terrain. Le fond de la vallée abandonné par les eaux avait d'abord été inhabitable; c'est sur les lianes du Mont Granier qu'au temps de la domination romaine s'était fondé un centre d'approvisionnements, un magasin de grains (grànarium); plus tard, à une époque inconnue, en dessous du village, s'établit la ville de Saint-André, qui dut être la plus considérable de la région, car elle fut le chef-lieu de l'autorité ecclésiastique qui s'étendait sur toute la contrée; et, jusqu'à sa destruction, elle fut le siège du décanat de Savoie, une des grandes subdivisions de l'archevêché de Grenoble. Les évaluations tirées (\(^ dîmes ecclésiastiques portent à plus de 3,000 âmes le nombre de ses habitants (M. Ferrand). La chute du Mont Granier engloutit en même temps d'autres villages et hameaux, en 1248.
La ville qui devait succéder à Saint-André dans la domination de cette vallée était déjà fondée depuis trois siècles.
Fondation de Chambéry. — Il existe une donation à un abbé, en 1020 environ, de la terre de Léraenc (quœ vocatur Lememis), afin d'y établir un couvent (1) ; parmi les personnages importants qui interviennent à cet acte, figure un certain Witfred de Chambéry, Witfredm de Camberiaco ; « là se trouve la plus » ancienne notion qui nous soit parvenue sur Chambéry et ses » seigneurs (2). »
Dans une charte de 1057, il est fait mention de Chambéry le Vieux, Camberiacum Vêtus, hameau peu éloigné de la ville actuelle (3). Ainsi l'homme, qui dans cette région avait autrefois cherché un refuge dans des constructions sur pilotis, s'établissait
(1) Fondation du prieuré de Lémenc par Rodolphe III et sa femme Hermengarde. Voir Guichenon. Savoie, Preuves, p. 4 et 5; et abbé Trépier, p. 36.
(2) Histoire de Clin mhèrij par Léon Ménabréa. Joseph Perrin fils à Chambéry.
(3) Guichenon. Hist. de la maison de Savoie.
progressivement sur le terrain abandonné par les eaux. Il n'y avait pas encore de communication facile le long de la vallée ; mais une grande route marquée sur la Table de Peutinger la coupait transversalement : elle venait d'Aoste par Lavisco (les Échelles), et, traversant Léinenc, elle gagnait la Tarentaise et le Petit Saint-Bernard ; le tracé précis n'est pas exactement déterminé.
La circulation dut être de bonne heure facile dans la région sud-est de la vallée. Aux environs de Chambéry, et surtout au nord, les eaux stagnantes persistèrent plus longtemps ; encore aujourd'hui toute la partie inférieure de la Leisse est bordée de marécages que l'on desséche peu à peu.
Si l'on veut avoir une idée de Chambéry dans sa période de transformation, il faut lire l'intéressant ouvrage deT.Ghapperon, intitulé : Chambéry à la /in 'la XI \'° siècle. (Paris, Dumoulin, 1863.) On y voit comment les chemins, forcés d'abord de serpenter sur les coteaux, descendaient au fur et à mesure que les eaux disparaissaient. Les observations de cet historien l'ont conduit à la même certitude que des géologues ont acquise d'une autre manière : il croit que la présence ancienne des eaux dans la vallée de Chambéry « estattestée d'une manière irréfragable (chapitre I, » p. 22) » :
« 1° Par les marais qu'on trouve encore, au-dessous, à Bissy, la » iMolle, Sainte-Ombre, Voglens, le Bourget, Montaghy, Méry ; » au-dessus, à Challes et jusqu'à Apremont.
» 2° Par la nature marécageuse des terrains qui entourent la » ville, soit du côté de Mâché, soit du côté de la Cassineetdu » Colombier.
» 3° Enfin par cette expérience, qui se répète tous les jours, » qu'on ne saurait creuser le sol à quelques pieds dans l'intérieur » de la ville, sans que l'eau se présente aussitôt. »
Disparition de l'Arar. — A cent kilomètres à l'ouest, le nom de l'Arar avait depuis longtemps été remplacé par celui de Saône. Déjà au ive siècle, Ammien Marcellin disait que les habitants appelaient l'Arar Saiwonna ; elle arrosait la première Germanie et perdait son nom au confluent de Lyon ; ce point était regardé comme le commencement des Gaules. Ammien Marcellin,
décrivant le cours du Rhône, écrit en efiet (1) : « El ememus spatia » fluxuosa, Ararim, quem Sauconam adpellant, inter Germaniam » primam fluentem, suum in nomen adsciscit : qui locus cxordium » est Galliorum », c'est-à-dire : « Le Rhône forme brusquement le » coude après s'être associé l'Arar, originaire de la première » Germante, qu'on appelle dans ce pays Sauconna, et qui perd » son nom dans cette rencontre. C'est là que commence la Gaule. » Au septième siècle, Frédégaire disait Saogonna (2). Les dénominations actuelles étaient dès lors adoptées (3).