LE POINT D'ARRIVÉE
Le point d'arrivée présente une bien autre incertitude. A quel endroit Annibal aborda-t-il les plaines d'Italie ?
Les textes. — Chez les Insubres, dit Polybe dans le texte que
nous avons reproduit : xa-fjps loXiAr^pw; zlç xi xepi tcv QaBov irsîia xal
il Twv 'Ivai[jLgp{i)v ^ôvoç (2). Chez les Tauriniens, dit encore le même
(1) Commentaires de Napoléon /". Paris, Imprimerie Impériale, 1867. Dixsept notes sur l'ouvrage intitulé Considérations sur l'art de la gueire. Les notes sont reproduites d'après le texte publié par le général Montbolon (Mémoires de Napoléon, t. VIII, p. 1 à 2o9, édition de 1830). L'ouvrage intitulé Considérations sur l'art de la guerre était publié par le baron Hogniat, lieutenant général, Paris, in-8", 1816. 17' note (p. 154) : Comparaison de la marcbe de Napoléon en 1800 avec celle d'Annibal en 218 avant J.-C.
(2) Livre III, 56. 3. Ed. Hultsch, 1888, p. 262.
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Polybe, mais dans un autre passage que nous possédons seulement d'une manière indirecte, par une citation due à Strabon (1), dans lequel il nommait les quatre passages des Alpes : $tà At^^wv
yièv TYjv I^Ytcrra tw Tuppr,vtx(|) TreXavst, sî'^t t/;v Sii Taupivwv, yJv 'Awi^aç SiîjXOsv, eÎTa ty;v oti i^aXaaawv, T£TapTif;v Se ty;v Sti PaiTwv, ôtTzitjaç
y,pr<jjLV(iBei;. Chez les Tauriniens, dit aussi Tite-Live, dont nous rappelons les expressions: aTaunni sane Galli proxima gens erat in Italiam degressa ; id cum inter omnes constet, eo magis miror ambigiquanam Alpes transieint (2).
Flottement des frontières. — Il est malheureusement diflicile de connaître la frontière des Tauriniens et des Insubres au temps d^Annibal ! Comment la préciser à époque déterminée avec des peuples toujours en guerre et en mouvement ? Non seulement ils n'occupaient pas des territoires à assiette fixe, mais il y avait même des migrations ; par exemple les Boïens, avant l'arrivée d'Annibal, étaient établis au nord du Pô dans la Cisalpine ; Tan 58 avant J.-C. nous retrouvons quelques-unes de leurs tribus réunies aux Helvètes et envahissant la Gaule par le Jura ; la même année, César les installe chez les Eduens où ils se fixent.
L'histoire n'a enregistré ces flottements que dans des circonstances exceptionnelles.
Indications géographiques. — Dans le cas qui nous occupe, Polybe, le seul contemporain, n'a donné au point de vue géographique que des renseignements sommaires. « Vers la source » du Pu étaient les Laëns et les Lébiciens ; ensuite les Insubres, » nation puissante et fort étendue. » Ti [aèv s3v TrpûTa xal irepl Ti^
xaTwxr^ffav, c [xé^taTcv ëOvc; i?<v a'jTwv (3). 11 dit aussi que Milan était la capitale des Insubres £y.y(»)pY)<7avT0)v s-çts MsîtiXavsv twv FaXaTwv,
â<rï:6p âuTi xoptcoTaTCç zbzoq Tfjç Tù)v'Iv;7i[Ji.3pt»>v "/wpa; (4). A propOS des
Tauriniens, il dit que le versant des Alpes tourné vers Tltalie est
(1) C. Mûllér et F. Dûbner. Strabonis qeographka, lib. IV, cap. VI. (p. 174. 7). Edition Firmin Didot, Paris, 1853.
(2) Liv. XXI, 38. Ed. Gaucher, p. 66.
(3) Livre H, 17. 4. Ed. Hultsch, 1888, page 133.
(4) Livre II, 34. 10. Ed. Hultsch, page 154.
habité par les Taurisques, les Agones et plusieurs antres sortes de
barbares ; Twv S' "AX^rewv éxa-répa^ T^^ ^rXsupa;, TfJ; £Zi Tcv *Pc$avbv TCTajjLbv xal t^ç st:! ?a xp5eiprj|x£va x£$(a veucuciT;^, tgjç i3c'jV(iΣi^ xal Ysti^etç t4t:5'j^ xatciy-ouai tcùç \kï^ kià tcv 'Pc$avbv xal Ti^ dtpxTou^ ècrrpajJUJiévcu^ FaXaTai TpavaaXxtvct 7:pcaaYcp£ui[JL£vci, tsjç $ £t:i Ta •î:£Bia Taupijxci xa\ ''Ayù>v£; xa\ xXEto) v-'^tQ pap^apwv £T£pa (1). Le mot qu'il
emploie est Taurisques, et non Tauriniens; est-ce un nom générique? It ajoute, en un autre endroit (2), qu'Annibal une fois descendu en Italie tâcha d'abord de déterminer les Tauriniens, peuple situé au pied des Alpes, à faire alliance avec lui. Ne pouvant y réussir, il marcha contre la principalede leurs villes, et l'emporta
en trois jours. |JL£Tà Se TauTa, 7:pcaav£iXr^9uia; f^Sr^ t^^ cuvajjLEtoç, t(ov Taupivwv, et lu^yivouGi Tzplq Tîj -apwpîta xaTCtxouvT£ç, (jTaaia^ivTwv jjiàv '::poq tsjç "Ivasjxjpa? irtŒTCjvTwv Sa toiç Kap)rr|Bcvici;, Tb |XiV xpwTSv xjzsbq Ei^çtXtav 7:p5UxaX£tTC xa\ (TU{jL|jLa)(tav, o'jy uxaxcucvTwv Se x£pi(7TpaTo::£5£Û(Ta^ Ty;v gapuTaTT^v zsXiv èv Tptjiv YjjJLipat^ £5£7:5XiôpxY;a£v. Tite-Live fait le
même récit (3) et dit que les Tauriniens étaient voisins des Insubres : « Peropportunc ad principia rerum Taurinû, proximœ
gentiy advenus Imubres motum hélium erat Cum iHacentiam
consul venity jam ex staticis moverat Hannihal Taurinorumgue unam urbcm, caput gentvi ejus, quia volentes in amicitiam non veniebant, vi expugnarat. » Mais pas plus que Polybe il ne donne le nom de cette capitale, qui à une époque postérieure fut Turin. On croit qu'elle n'a pas changé, et on admet qu'Annibal déboucha dans les environs de cette ville, ce qui ne résout d'ailleurs pas la question, de nombreuses vallées des Alpes du côté de l'Italie convergeant vers cette direction.