LES POINTS INTERMÉDIAIRES
Si on cherche à fixer des points intermédiaires de Titinéraire, on rencontre aussi des obscurités et des contradictions.
(1) Livre II, 15. 8. Ed. Hultsch, page 130.
(2) Livre IIl, 60. 2, 8 el 9. Ed. Hultsch, page 266.
(3) Livre XXI, 39. Ed. Gaucher, p. 66 et 68. *
Les Contradictions.
Diaprés Polybe.
Parti de l'Ile, Annibal a suivi
« le fleuve ». 'Awigaç B'èv fiiJLspai?
^éxaT^cpsuOsi^xapiTbv zoTa{ji.bv sic
::p5^ Tiç "AattcIç iva^sAfJç (1).
Quel est « le fleuve » suivi ?
Le Rhône, semble-t-il ; plusieurs écrivains admettent comme non moins évident que c'est raffinent, c'est-àdire le Scoras ou Tlsère.
Il n'est pas question de la Druentià.
C'est dans l'Ile même que les deux frères se disputent le pouvoir : xpcç f^v àçtxiixcvcç,
xai xaTa)va3<*>v èv ajTîj Bj' iBsA^cùç
jUTa cTpaTO-Kécwv ivTixje6Y;[;.évsu^ aXXT^jAsi^. . . . (2).
Les Allobroges sont en dehors de nie. Ce sont en effet d'autres peuples que ceux sur lequels régnent les deux frères:
tbîc |ji.lYir:5v, ejXa^o)^ Biay,£t{j.évct^ zp:ç T/;v cti twv 'AAAo^pCvtov xaAsu|Aévo)v FaXatoiv "iTopctav à-supa^rijaç jASTa tI;^ crosTtpa; cuv2(jLc(i)^ àj^aXîJ zapsaxs'.'acrs TYiv
D'après Tite-Live.
Parti de Tlle, Annibal atteint le Druentià, qui est le nom latin de la Durance, et delà, par un chemin en plaine, il gagne les Alpes.
Cum jam A Ipes peteret
haud usquam impedita via priusquam ad Druenliam flumen pervenit (3) . . . Hannibat ab Druentià campestri maxime itinere ad Alpes cum bonapace incolentium ea loca Gallorum pervenit {i).
C'est parmi les Allobroges queles deux frères sedisputent le pouvoir.
Les Allobroges sont près de
nie.
« Incolunt propc Allobroges, gens jam inde nulla Gallica gentcopibus aut fama infenor, Tum discors eiat: regni certamine ambigebant fratres{6). »
La contradiction avec Polybe est donc la suivante : la querelle entre les deux frères a lieu, non plus dans l'Ile, mais chez les Allobroges, et ces Allobroges habitent près de- nie.
(1) Polybe, Liv. III, 50. 1. Ed. Hultsch, 18aS, p. Z'yl'y.
(2) Polybe, Liv. III, 49. 8. Ed. Hultsch, 1888, p. 2;)4.
(3) Tite-Live, Liv. XXI, 31. Ed. Gaucher, p. 54.
(4) Tite-Live, Liv. XXI, 32. Ed. Gaucher, p. 56.
(5) Tite-Live, Liv. XXI, 31. Ed. Gaucher, p. 54.
accBcv ajTsî;, eo); tjYYwav Tfj twv (( Incolunl prope )) donne d'ail- "AXttewv urspgcX^j (1). leurspour ce peuple un empla-
Ainsi donc, le roi rétabli cernent assez vague, mais accompagne les Carthaginois signifie bien qu'ils habitent «à travers les Gaulois nommés « près de Tlle (3). » AUobroges (2). » IlfautremarquerquePolybe
et Tite-Live ne disent ni Tun ni Tautre qu'Annibal est entré dans nie.
Repères qui restent. — Il nous reste en tout comme indication de terrains un parcours en plaine après rile, puis un défilé à rentrée des Alpes, un autre défilé où Annibal a été attaqué et a dû passer la nuit sur un rocher dénudé, puis la vue de l'Italie près d'un campement et près du col de passage, enfin, à la descente, un escarpement de trois demi-slades.
Voilà.les repères que nous possédons. Encore les derniers ont-ils donné lieu à mainte querelle, même le rocher dénudé, le leucopetron en grec, que tous les dictionnaires à notre connaissance
(1) Polybe, Liv. III, 49. 13. Ed. Hullsch, 1888, p. 21)4.
(2) U faut ici suivre rigoureusement le texte de Polj be, et le traduire d'une manière impartiale, sans vouloir y introduire ce qui n\y est pas contenu. Il n*est dit en aucune façon qu'Annibal est entré dans l'Ile ; il a accueilli le frère aîné, et il l'a aidé à chasser le cadet, nous ne savons par quels moyens. Le roi rétabli a aidé à son tour les Carthaginois à traverser sans encombre le territoire des AUobroges, en faisant arrière-garde avec ses propres troupes ; ce roi ne se trouvait donc pas sur ses états, et rien n'indique que les AUobroges étaient ses congénères ou ses alliés. Osiander (Hannibahceq, p. 29) nous paraît tirer du texte des conclusions peu justiliées ; il n'y a qu'à lire Polybe sans parti pris, pour convenir que « les barbares » escortant Annibal n'étaient pas « des AUobroges » : il écrit en ellet plus loin :
£0)^ |JL£V Y^P £v "5t; 'frivrAlzi^ i^cav, OLT.tiyz'^'o r^^'tz ajtîov ci y.aTa
[Xfpo; Tf;Y£[JL5V£; TWV ^AXXcgplYWV, Ta \}.ï^ TCJ^ ITT'jrîlÇ C£CliT£; Ta lï TOJÇ
•::apa7:i{JL7:cvTa; ^ap^ip^'-»?* £^£t^^ o' £y.£tvst [ji.àv £'ç Ty;v 5!y.£iav aKrjXXaYr|jav, o: C£ z£pl Tsv 'Avvt^av -i^pcavTC 7:pca7£iv £:;Ta; $'j(7*/o)piaç, T6T£auva6pst(7avT£^ c' Twv"AAAc3piY0)v f,Y£I^2V£ç. (Pol. III, ;k). 2 et 3.' Ed. Hultsch, 1888, p. 255.)
(3) 11 ne nous parait pas naturel de traduire Incolunl prope AUobroges autrement que par : « Près de là sont les AUobroges. » L'interprétation d'Osiander nous semble vraiment étrange quand il écrit : Ich fasse daher prope modal icie fore, utid ûbersetze : die lieuohner slnd nahezu flauterj Allobroger (Hnnnibalireqy p. 28, note 4), c'est-à-dire quand il traduit : « Les habitants (de l'Ile) sont presque tous (rien que) des AUobroges », Osiander nous parait vouloir donner k prope un sens qu'il n'a pas, pour mettre le texte d'accord avec un système. Nous reviendrons sur celte question des AUobroges.
traduisent bien par rocher nu ou dénudé ; on a traduit quelquefois par rocher blanc, en insistant sur Ja couleur (1), sur le blanc, qui indiquait une roche gypseuse. D autres écrivains ont discuté sur les trois demi-stades ou les 270 mètres (2) d'escarpement; ils ne savaient pas s1ls devaient les compter suivant la verticale ou suivant la pente du terrain.