DISTANCES ET TEMPS
Les indications de distances sont au contraire précises.
Les longueurs. — De l'Ile à la montée des Alpes, 800 stades
ou 142 kilomètres. 'AwCga; $'èv V;[ji.fpatç $£y,a zspsuOci; xapiVcv irs-rajxsv
Traversée des Alpes : 1200 stades ou 213 kilomètres. Xotxai
5 al Twv *'Aaz£0)v "jTTSpjicXât, irspl ^iXbuç $iay.cjtouç (4).
Enfin Polybe compte 1400 stades ou 248 k. 6 depuis le passage du Rhône jusqu'à l'entrée des Alpes d'où Ton va en Italie : ir^o îè Tfj;
oioi^i7Z(ùç TOlî PîSavsO TropsucjJicvciç -irap' ajTCV tsv 'î:cTa|jLbv (o^ è?:': Taç 7:r^Yiç £(i)^ xpb? T^|V iva^sXfjV Twv *'Aa'::£(»)v ty;v sîç 'HaAtav ^rt/.tci T£Tpay.6ai5t (5) ;
par diflérence (1400 moins 800), on obtient du passage à l'Ile 600 stades, ou 106 k. 5.
Les durées. — Les indications de temps font retomber
dans l'incertitude : èvaTaîc; lï ctavjaa^ t\ç Ta; -jzzp^zKOLz ajTCJ xaTcJTpa-
-ztA^vj^jz vl3l\ Bj'f^j/.fpa; r.po^i^^ti^z (6). A partir de quel moment faut-il compter les neuf jours que dure la montée des Alpes? Nous
(1) C'est ainsi que la Roche blanche qui se trouve au pied du Petit Saint- Bernard à Scez est, suivant les géologues amis d'Osiander, constituée par du schiste gris-verdàtre, ce qui devient un argument contre la théorie du Petit Saint-Bernard. (Osiander. Hannibahceg, p. ;m.)
(2) Exactement : 266'40, d'après la longueur du stade que nous avons adoptée.
(3) Polybe, III, 50. 1. Ed. Hultsch, 1888, p. 2:m.
(4) Polybe, III, 39. 10. Ed. Hultsch, p. 241.
(îi) « Depuis le passage du Rhône, en voyageant le long du fleuve même « comme pour aller vers ses sources juscju'à la montée des Alpes qui mène en Italie, il y a 1400 stades. » Polybe, III, 39. 9. Ed. Hultsch, 1888, p. 241.
(6) « Le neuvième jour, il atteignit le col... » Polybe, III, 53. 9. Ed. Hultsch, 1888, p. 259.
avons vu qu'Annibal subit un arrêt d'un jour à l'entrée des montagnes ; ce jour est-il compris ou non dans les neuf ?
Au sommet des Alpes, Annibal s'est arrêté deux jours. Il est arrivé après une marche, c'est-à-dire au plus tôt dans l'aprèsmidi. A-t-il séjourné le lendemain pour parlir le surlendemain, ou bien a-t-il séjourné le lendemain et le surlendemain pour ne partir que le jour suivant? Mêmes difficultés pour les jours de la descente. Ces questions peuvent paraître oiseuses ; aussi quelques écrivains ne les ont même pas discutées ; ils se sont contentés de les trancher dans un sens ou dans l'autre.
L'époque. — Enfin, nous savons qu'Annibal était au sommet des Alpes au moment du coucher héliaque des Pléiades. Polybe
écrit en effet : t^Jç $è yiôvoq î^^^r^ i:epl tcjç axpcu^ à6pctvC[;.évir;ç lix tg
auvaTTTsiv ty;v Tfj^ ÛXeià^c; Sûatv (1). Et Tite-Live dit aussi (2) : « Fessis tœdia tôt malorum nivù etiam casus, occidentejam sidère VergUiarum, ingeïitcm terrorem adjecit. »
Les calculs de l'astronome anglais Maskelyne, confirmés par Delaunay, ont établi que ce phénomène correspondait au 26 octobre. C'est d'ailleurs la date généralement admise.
Toutefois l'astronome Neumann adopte la date du 7 novembre (3) .
Les expressions de Polybe et de Tile-Live précisent donc l'époque ; certains auteurs (4) ont prétendu cependant qu'elles n'obligent pas à une coïncidence exacte, et qu'elles signifient simplement: lemoment du coucher héliaque des Pléiades « approchait» ; cette opinion nous paraît fort discutable. D'ailleurs, même si on l'admet, on ne peut s'écarter beaucoup de la date du coucher héliaque des Pléiades sans fausser le texte; celle date étant du 26 octobre ou du 7 novembre, il ne nous semble pas qu'on puisse s'en écarter de plus d'une dizaine de jours, ce qui donne comme date extrême à adopter le 16 ou le 29 octobre. Nous adopterons le 26 octobre, qui est une date moyenne, comprise dans cet espace de temps, et qui à notre avis satisfait exactement le texte.
(1) Polybe, Liv. IIÏ, 54. 1. Ed. Hultsch, 1888, p. 259.
(2) Tite-Live, Liv. XXI, 35. Ed. Gaucher, 1890, p. 62.
(3) Osiander écrit en effet : Friikuntergang der Plejaden, der nach Neu-
manns astronomisrhen Berechnungen am 7. Not.j nach Mommsen am t6. Okt. eintritt (Hannibalweg, p. 17.)
(4) Osiander (Hannibalxceg, p. 16 et 17), d'après Mommsen.
M. Wilhelm Osiander ayant traité celle imporlanlc question de l'époque (1) très complètement dans son ouvrage, il nous parait nécessaire d'examiner la valeur de ses arguments.
Il commence par dire que le texte de Polybe est sujet à deux interprétations, suivant qu'on considère le coucher des Pléiades comme ayant eu lieu au moment où Annibal arrivait au sommet des Alpes, ou comme ayant eu lieu un certain temps après ; nous venons d'exposer notre opinion à ce sujet : le texte est suffisamment précis pour interdire de reporter, ainsi que le fait cet auteur, la date du passage d'Annibal au 11 septembre (2), c'est-à-dire un mois et demi ou deux mois avant la date du coucher des Pléiades !
M. W. Osiander nous dit ensuite que la première neige tombe dans les Alpes occidentales vers la lin septembre (Auch in den Westalpcn pflegt der ente Sehnce Ende Seplember die Matten zu bedcckev) (3), et qu'Annibal avait tout intérêt à passer le col avant la mauvaise saison. Mais Annibal n'a pas choisi son moment; ou du moirts les événements qui ont allongé son itinéraire, ou .; j^r retardé sa marche jusqu'à son arrivée au col, ont dû empêcher ses désirs de se réaliser; c'est précisément parce qu'il a traversé ■ les Alpes à une saison où le passage présentait de grandes jl ,;,. difficultés, que son opération militaire a excité l'admiration de tous les historiens ; le passage en septembre eût évidemment été plus facile. Si d'ailleurs on adopte la date du 26 octobre ou du 7 novembre, on n'a pas besoin d'admettre des chutes de neige prématurées (solche verfrûhte Schneefàlle) (4). Cette date explique au contraire la présence d'une neige durcie ; remarquons en effet que la neige qui était tombée était de la nouvelle neige (Ncuschnee, comme dit constamment Osiander), mais non pas forcément Ja première neige {der erste Schnee, dont il parle d'une manière générale dans le passage cité plus haut). Le texte de Polybe indique bien d'ailleurs qu'il avait déjà neigé dans les Alpes {zf,ç îè xtsvc; fi^Yj -îrepi T5j; axpsu; àOpci;cp.£vr^ç), au moment OÙ Annibal y arriva.
(1) Die Zeitfrage f Hannibalweg , 1900, p. 16 à 20).
(2) Osiander, dans son tableau i^'Hannibaliceg, 1900, p. 19), place l'arrivée en Italie le 20 septembre, ce qui reporte l'arrivée au sommet des Alpes au 11 septembre.
(3) Hannibaltreg, 1900, p. 17.
(4) Hannibalwegj 1900, p. 17.
Cet argument de la neige ne peut servir de toutes manières à déterminer exactement le mois pendant lequel Annibal passa les Alpes.
Si d'autre part nous considérons les calculs faits par Osiander (p. 18 et 19), il nous semble qu'il part d'une donnée bien vague ; il rappelle qne les préparatifs de concentration de l'année commencèrent au début du printemps. (67:0 ty;v £apivY;v wpav, Pol. III. 34.6 ; vere primo, Tite-Live, XXI, 21) ; et, lui qui, pour le coucher héliaque des Pléiades, n'a pas voulu prendre la date déterminée par les calculs astronomiques, choisit cette fois la date du 21 mars; il aurait pu aussi bien prendre un jour d'avril. Comme ensuite, avant de partir, Annibal se rend de Carlhagène à Gadès pour acquitter un vœu en l'honneur d'Hercule, qu'il fait venir des troupes d'Afrique (Tite-Live, XXI, 21), et qu'il s'occupe longuement de l'organisation de son armée (Tite-Live, XXI, 22), Osiander accorde un mois pour ce voyage et ces opérations ; à notre avis, c'est peu. La date du 21 avril, obtenue de cette façon pour le départ de Carthagène, pourrait donc, par des calculs aussi légitimes, être reportée vers la fin mai. En ajoutant les cinq mois qu'Annibal mit à faire son voyage de Carthagène en Italie (Polybe, m, 56.3), on arriverait ainsi à la fin d'octobre.
Des observations analogues peuvent être faites au sujet du calcul sur l'intervalle de temps qui sépare la bataille de la Trébie de l'arrivée d'Annibal en Italie. Osiander remarque que Polybe place cette bataille vers Tépoque du solstice d'hiver (ou^^; $è Tfj;
(Spaç xspi )r£i;j.£ptvà^ Tpczi^ y.a\ TfJ; rjjJtipaç vt^eTJOcsj^ y.al «^u^jpaç cta^spiv-
To)c. Pol. III, 72.3), et il choisit comme date le 21 décembre ; puis il démontre que, pour laisser le temps à tous les événements qui se sont passés depuis le passage des Alpes de s'accomplir, il faut nécessairement trois mois, pas un jour de moins, ce qui reporterait, ce passage au mois de septembre. Mais on comprend qu'un tel calcul laisse trop de place à l'appréciation personnelle: avec un point de départ incertain et des estimations approximatives, on ne peut arriver à un résultat mathématiquement exact : il serait aussi facile, en faisant des suppositions légèrement différentes, en prenant par exemple comme point de départ un jour de janvier, et en appréciant autrement les durées, d'arriver à la date du 26 octobre ; le calcul ainsi fait serait tout aussi légitime. Nous conservons donc la date du 26 octobre.
Les données précédentes sont résumées dans le tableau ci-joint. Les dates indiquées sont celles qui nous ont paru correspondre le mieux au texte ; elles pourraient en bloc être retardées de quelques jours, avec la date du coucher héliaque des Pléiades, si Ton adoptait le 7 novembre, ou avancées si l'on admettait que cette date n'est pas précisée par le texte ; elles pourraient aussi être abrégées de un ou deux jours.