L'OUVRAGE ET U MÉTHODE
L'ouvrage de M. Chappuis est un des derniers en dale (1897), et, sinon le plus complet, du moins un des plus impartiaux qui aient été publiés. L'auleur montre un désir sincère d'établir la vérité et non pas une ardente envie de faire triompher un système préconçu. Dès ses premières pages, il sait nous charmer et s'attirer notre sympathie par sa méthode claire et précise, par son style élégant et sobre, par sa modestie simple, par son calme et sa modération dans les avis qu'il émet.
Nous ne saurions faire un trop grand éloge de la méthode qu'expose M. Chappuis dans les premières pages de son travail.
Tout ce qu'il a écrit sur ce sujet (1) est dicté par le bon sens, le jugement droit, et Tesprit scientifique ; il faudrait tout lire, tout retenir de ces quelques pages. Nous ne pouvons résister au plaisir de citer les passages qui nous ont le plus frappé : « D'abord » n'est-il pas évident que, dans une question qui est tout à la fois » de topographie, d'érudition, de critique et d'interprétation de » textes, il faut laisser de côté ces discussions a priori qui prélen- » dent dominer et régler les faits au nom de principes » généraux ?» Il y a là tout à la fois la meilleure définition qui se puisse donner de la question si complexe d'Annibal, et le meilleur conseil pour celui qui veut en entreprendre Tétude. « Nos vues » personnelles ne serviraient qu'à nous égarer, et disons-nous » bien que notre autorité n'est rien, et qu'il faut nous incliner » devant celle des anciens. Nous avons deux grands récits de la » marche d'Annibal, l'un par Polybe, l'autre par Tite-Live (2). » Posons en principe que nous mettrons au-dessus de tout une » solution qui reposera sur la conciliation des témoignages de nos » deux historiens . . . Lisons-les dans le texte même, et le texte des » meilleures éditions ; lisons-les sans parti pris, en donnant au » texte son sens littéral et le plus exact, en en pesant toutes les » expressions avec une attention scrupuleuse; n'admettons
» aucune interprétation arbitraire Et ces deux textes, il
» faudra aller les lire au milieu des Alpes. Il ne saurait suffire de » les étudier en érudit, au coin de son feu, une carte sous les » yeux (3) »
On ne saurait mieux dire, et M. Chappuis a vraiment défini la seule, la vraie méthode à suivre dans cette étude.
Si nous avions un reproche à faire à notre auteur, c'est de n'avoir pas assez facilité la tâche de son lecteur; il a écrit sur Annibal en homme qui l'étudié depuis quarante ans, et auquel tous les détails de l'expédition carthaginoise sont familiers, sans se rendre compte qu'il faut prévenir et documenter celui qui n'a pas fait une étude préalable de la question. Il y a certainement de l'ordre dans sa méthode, dans ses idées et dans son style; il en manque peut-être un peu dans la forme extérieure de l'ouvrage ;
(1) Pages 7 à 13. .
(2) Page 8.
(3) Page 10.
mais ne nous arrêtons pas à ce défaut tout superficiel, et cherchons plutôt s'il y a des objections à formuler sur le fond.